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 La Vie est un Théâtre

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Markhal
Souverain Maudit de Soras
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MessageSujet: La Vie est un Théâtre   Lun 9 Aoû - 21:06

Plic.

Cinq ans déjà. Enfin, à peu de choses près. Il fallait avouer qu’ici, la notion de temps avait tendance à se perdre. Au début Markhal parvenait à se repérer par rapport au jour de sortie, qu’il avait une fois par semaine, mais à présent, il ne peut compter que sur les changements de garde pour situer le temps. Après sa tentative de fuite, on lui avait interdit les sorties extérieures pendant des semaines, pour finalement ne les limiter qu’à deux heures dans une salle où la seule vue sur le monde était une lucarne située trop haut pour qu’il puisse même voir dehors. Ils faisaient même attention à ne pas le faire sortir à la même fréquence, ni au même moment de la journée. Si c’était une question de sécurité, ou juste pour lui pourrir encore plus la vie, il n’en savait rien, mais pour la deuxième proposition, ils y arrivaient à merveille. Comme d’habitude. Markhal ne comprenait pas la raison de cette restriction. Après tout, n’était-ce pas l’un des fondements de l’Empire ce concept qu’était la liberté ? Pourquoi lui en voulait-on de vouloir la retrouver ? Bandes d’hypocrites.

Les gardes n’avaient rien vu venir. L’occasion était idéale. Cela devait faire trois ans qu’il était enfermé, les Chevaliers commençaient à se perde dans la routine, exactement comme il l’avait prévu. Ces imbéciles ne faisaient même plus attention à ce qu’ils faisaient, se satisfaisant seulement du fait qu’il était attaché. Ce devait être des nouveaux Chevaliers, tout fraîchement promus à leur fonction, car un ancien aurait su le danger qu’il représentait, même enchainé. Le premier n’avait même pas eu le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait. Son cou se brisa net dans un craquement parfait. Pour le deuxième, Markhal se savoura de ses gargouillements étranglés alors qu’il s’étouffait, les chaînes du prisonnier écrasant ses voies respiratoires. Le semi-démon se rappelait encore de ses mains cherchant à l’atteindre, de la lenteur que ses gestes gagnèrent peu à peu jusqu’à ne plus bouger du tout… Il put à peine dépasser le terrain de sa prison qu’il fut rattrapé. Décidément, Leonis prenait vraiment son travail à cœur. Ce fut ce jour-là que le Traître s’empara d’un poignard qu’il avait encore aujourd’hui. Malgré tous les efforts de ses gardiens, ils n’avaient jamais réussi à la trouver dans son cachot ou même sur lui. L’enseignement du dragon avait peut-être ses avantages finalement…

Ploc. Plic. Plic.

Avantages ?! Il commençait à verser dans le délire, là ! Torturé, transformé en dragon, présenté complètement nu devant toute l’armée ennemie, pour finir enfermé dans une prison et – encore – torturé ! Où se trouvaient les points positifs dans cette histoire ?! Markhal se retint de lâcher un petit rire. S’il aurait été sarcastique, cynique ou désespéré, il ne le saurait sans doute jamais. Sûrement un peu des trois. Après tout, sa vie n’avait jamais été pavée que de ces émotions négatives, mais tellement puissantes qu’elles l’avaient toujours poussé à continuer d’avancer… Malheureusement pour lui.

Il se trouvait – comme toujours depuis cinq ans maintenant – dans sa cellule. Oh rien de très impérial, rassurez-vous chers Habitants de l’Empire ô combien haï par ce Traître. Au contraire, les gardes semblaient avoir tout fait pour que Markhal se souvienne de sa misérable déchéance et pitoyable condition de prisonnier. Ainsi allait l’Empire : aujourd’hui tout, demain rien. Sauf qu’ici on se trouvait déjà à la case de demain. Inutile d’imaginer ce que lui réservait l’après-demain. Donc : hier des fenêtres, aujourd’hui des murs. Hier un lit en bois sculpté, aujourd’hui une planche en bois accrochée au mur. Hier des draps en soie, aujourd’hui une paillasse bourrée de paille… Vous avez compris le principe ?

Ploc. Plic. Ploc.

Assis sur le sol, le dos contre le mur, Markhal regardait devant lui, le regard fixé sur un point quelconque du couloir sombre qui conduisait à sa cellule. Juste à l’entrée de ces ténèbres, à côté de chacune des deux torches qui l’éclairait, se trouvaient un chevalier. Le métis les connaissait tous les deux pour les avoir côtoyés depuis un moment. Dän, celui de gauche, était peu loquace et se révélait capable de garder son calme… la plupart du temps. Markhal avait pris un malin plaisir de le faire sortir de ses gonds et depuis... le chevalier ne lui adressait plus la parole. Kelrar, au contraire, avait le sang bouillant, ce qu’il devait sûrement à son sang démoniaque. Il semblait mépriser Markhal du plus profond de son être et le lui montrait bien quand il montait la garde seul. Le démon semblait avoir un répertoire assez intéressant sur les méthodes de torture. Markhal en avait retenu quelques-unes, pour en parler avec Lilou. S’il la revoyait un jour…

Mais Markhal, dans cette pièce dénuée de décorations et du confort basique, même habillé d’une simple chemise blanche et d’un pantalon brun, tous deux dans le plus simple des tissus, avait de la prestance. Malgré les années, il n’avait jamais abandonné son air noble et dont on devinait l’arrogance et le mépris qui s’y cachaient. Il n’avait pas perdu de sa verve et de sa morgue. Il s’était battu contre l’ennui, contre les pensées suicidaires et dépressives, même si elles revenaient souvent pour le hanter.

Ploc. Ploc. Ploc.

Markhal poussa un soupir et passa sa main dans ses cheveux en regardant vers le cie… enfin, le plafond. Quatre mètres de largeur sur trois mètres de profondeur, trois mètres de hauteur. Pas mal comme dimension pour une cellule, n’est-ce pas ? Mais la taille de la pièce ne faisait qu’accentuer le dépouillement de celle-ci. Les pierres qui faisaient office de sol avaient été dégagées dans un coin par les soins de Markhal, coin où le Traître s’occupait à écrire ou à dessiner pour se défouler. Au début on lui avait permis d’avoir du parchemin et une plume, mais on craignit vite qu’ils n’envoient des messages à l’extérieur. Finalement on lui confisqua le matériel après qu’il ait utilisé la plume pour trouer la main d’un chevalier qui l’avait approché d’un peu trop près à son goût. Soudain, au loin, il entendit le cri d’un rat qui traversait le couloir. Saleté d’animal !

« Aram, mange-moi vite ça… »

Aram… Aram était mort, imbécile ! Faire appel à Aram, même après des années, était encore un réflexe. Perdre la moitié de son âme était difficile à assimiler. Markhal avait encore du mal à réaliser la chose. Pourtant cela faisait cinq ans… Sa poitrine commença à lui faire mal, comme s’il brûlait de l’intérieur. Il mit sa main sur son cœur, sentant la cicatrice en forme de griffon pulser au même rythme que celui-ci. Ça faisait mal. Aram… Krynn ! Que ça faisait mal.

« Aram n’est plus là… » fit-il calmement, malgré le désordre qui régnait à l’intérieur de lui.
« Heureux que tu t’en rendes compte » répondit Kelrar.

Plic. Ploc. Plic. Ploc.

Comme si Markhal lui avait adressé la parole. À cet instant, il souhaita qu’il fût juste en compagnie du démon, pour que le chevalier le fasse souffrir. Il voulait avoir mal. Assez fort pour oublier cette autre douleur qui le déchirait à l’intérieur. Assez fort pour oublier…

Ploc.

Qu’il était seul.

Markhal n’entendit pas tout de suite les pas qui résonnaient dans le couloir, approchant à un bon rythme. Il ne leva pas les yeux tout de suite pour regarder qui était là. Il n’avait entendu qu’une série de pas, mais qui savait qui était son visiteur. Peut-être était-ce encore un de ces fous qui avait graissé la patte à un chevalier pour venir jusqu’ici, juste pour venir voir l’état pitoyable de celui qui a déchiré l’Empire. Pour venir voir si les rumeurs de sa folie s’avéraient vraies…

Plic… Plic…

En tout cas, si cette goutte d’eau n’arrêtait pas de tomber, elles allaient l’être. Markhal, sans perdre sa contenance, se leva lentement, prit un peu de paille et entreprit de boucher le trou d’où tombait l’eau. Au même moment où il y parvint, les bruits de pas s’arrêtèrent juste devant sa cellule. Il se tourna pour faire face à son visiteur. Après tout, s’il était un spectacle, autant qu’il soit à la hauteur. La cellule était sa scène, les barreaux n’étaient certainement là que pour empêcher les fans de se jeter sur lui pour le déchiqueter et le décor se voulait minimaliste par souci de style… Maintenant il allait faire connaissance avec son public.

Que le spectacle commence !

________________________________

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Dernière édition par Markhal le Ven 20 Aoû - 5:45, édité 1 fois
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Illéam'm Nazed'd
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Ven 20 Aoû - 1:09

Illéam'm suivait sans parler le magicien Elfe qui le guidait à travers le dédale des couloirs. L'incube avait fait son choix. Vu que rien dehors ne pouvait lui apporter gloire et honneur, autant devenir l'héroïque et sublime garde qui déjouera toutes les tentatives d'évasion du Fléau de Krynn. Alors, fort de cette résolution, il avait accepté l'offre de Robin de Langcaster. Il était devenu un Chevalier du Dragon.

Donc, il suivait de bon matin l'Elfe du Soleil, un prétentieux du nom d'Azur. Ce dernier l'avait pris de haut dès qu'il s'était présenté à l'aube du jour. Il l'avait détaillé de haut en bas, scrutant le démon à la recherche du moindre détail pouvant le faire partir loin de cette prison, et loin de sa personne. Ill' n'avait pas bronché. Il avait gardé son sourire impertinent, son air nonchalant mais toujours plein de grâce et de volupté. N'ayant rien de concret à fournir à Léonis Ourha, le magicien n'avait rien dit et avait suivi les ordres : « Accompagne Nazed'd jusqu'à la cellule et informe le des différentes procédures à suivre. »
L'elfe semblait vraiment l'avoir pris en grippe, car le long du chemin, composé de six étages, vingt postes de gardes, quarante six portes disposant de pièges magiques et/ou de chevaliers surentraînés et sur-armés.... et enfin d'un nombre incalculable de couloirs, il n'avait absolument pas desserré les lèvres.


« Aram, mange-moi vite ça… »
« Aram n’est plus là… »

« Heureux que tu t’en rendes compte »


Aram... Lui qui n'était pas humain ne pouvait pas comprendre la douleur causée par la mort de son gardien. Par contre, il se souvenait du dit Gardien ! Le terrible Griffon, mi-lion, mi-aigle, immense, majestueux, puissant, et aussi terriblement dangereux et envoûtant. Il ne put s'empêcher de penser que le gardien ressemblait à son maître... Les deux l'avait profondément marqué par leur prestance, leur charisme, et pourtant, ils ne pouvaient accepter l'existence d'aucun des deux.

* Il est plus célèbre que moi... Il est déjà une légende vivante... Moi, il me reste du chemin à parcourir... Mais... Ce sera grâce à lui si j'entre dans la légende... À partir d'aujourd'hui, je serais son pire ennemi. Si je le terrasse, je serais le sauveur de l'Empire. S'il me bat, je serais le Martyr qui l'a blessé dans sa fuite.... *

Pendant qu'il rêvait à sa gloire future, Ill' venait de parcourir le peu de chemin qui lui restait à accomplir. Il nota la présence des deux gardes au niveau de la porte. Les deux, un homme et un démon, portaient l'armure réglementaire. Lui même avait eu un traitement de faveur... D'une parce qu'il refusait de quitter sa propre armure (question d'image et d'allure !), et de deux parce que parmi tous les chevaliers du Dragon, présents et passés, aucun n'avait la carrure aussi fine et longue qu'il présentait... Donc s'il devait porter l'uniforme, il devait se le faire forger. Ce qui prendrait du temps, coûterait de l'argent... donc on lui avait laissé son armure si particulière.

Il regarda dans la cellule et fut stupéfait. Markhal, le grand guerrier, le traître, l'homme qui a divisé l'Empire, pactisé avec Krynn en personne... Cette légende vivante, était en train de boucher un trou dans le plafond.
Ill' s'arrêta devant les barreaux, restant tout de même à une longueur de bras de distance, pas fou pour deux sous ! Azur s'était arrêté au niveau de la porte et l'Ombre-chevalier entendit un pouffement dédaigneux et moqueur de sa part. Dans un coin de sa tête, il se promit de tuer cet impertinent. Mage ou pas, Elfe ou pas, supérieur hiérarchique ou pas.......

L'incube regarda l'ancien Roi de Soras dans sa cage. Il s'était redressé, et malgré son état famélique, malgré ses cinq ans de captivité, il était toujours aussi impressionnant. Majestueux. Royal. Dédaigneux, mais Ill' savait que cela faisait parti de son charme. Il se plongea dans ses souvenirs. Et à part quelques détails, quelques années supplémentaires marquées au fer rouge, il était le même. S'en était troublant. Il s'attendait presque à revoir surgir son père, et à devoir le combattre à nouveau, sous le rire démoniaque du Roi assis devant lui.

Chassant ses idées, il ne put que dire :


« Vous aviez raison, nos routes se sont de nouveau croisé ! Mais pas de la manière dont vous comptiez ! Je me trompe ? »

Il sentit la tension des trois personne derrière lui. Ils venaient de contracter chaque once de muscles qu'ils possédaient. Ill' entendit de la part de ses nouveaux collègues :

«  Le fou.....
- Le dernier à l'avoir provoqué est mort dans le moi...
murmura l'elfe.
- Je paris qu'il mourra dans la semaine !
- Je n'espère pas... Sinon, je serais tenu pour responsable...
plaisanta Azur
- On prend les paris ? »

Ill' se retourna d'un geste fluide et attrapa le démon, auteur de la dernière phrase, au niveau de la gorge, le coinçant au passage contre le mur... De sa main libre, il maintint l'épée du chevalier dans son fourreau alors que ce dernier avait eut l'intention de dégainer. Dans un murmure, l'Ombre-chevalier articula calmement :

« Tu bafoues mon honneur en pensant qu'un homme, enfermé, et enchaîné de surcroît, puisse me terrasser en une semaine !
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Markhal
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Ven 20 Aoû - 5:43

Surprise. Un nouveau visage ! Enfin… un nouveau visage connu. À vrai dire, il était difficile d’oublier quelqu’un comme le démon qui lui faisait maintenant face. L’armure noire tranchant sur sa peau blanche était particulièrement marquant. L’affront qu’il lui avait fait l’était encore plus. L’incube était à peine plus petit que lui et pourtant Markhal fit son possible pour lui faire ressentir tout le mépris qu’il éprouvait envers ceux qui se trouvaient du bon côté des barreaux. Ainsi il conservait son honneur. Ainsi, on ne saurait pas le briser. Mais à vrai dire, voir quelqu’un à qui il avait offert une place à ses côtés, avoir préféré son neveu, cette masse informe de bonne volonté hypocrite et de bonté dégoulinante d’orgueil, faisait très très mal à son orgueil. Et Krynn savait à quel point Markhal avait besoin de son orgueil pour survivre ici-bas. C’était douloureux. Et pour la cinquième fois depuis le début de la garde de Kelrar, Markhal souhaitât qu’ils soient seuls pour que la douleur ressentie soit plus primaire, plus basique, et beaucoup plus facile à gérer.

« Vous aviez raison, nos routes se sont de nouveau croisées ! Mais pas de la manière dont vous comptiez ! Je me trompe ? »

Le sarcasme ne fit pas mouche. Peut-être un peu. Mais face aux quolibets que le roi subissait tous les jours, celui-ci était plus piquant, car il retournait contre lui ses propres paroles. Il y avait quelque chose d’humiliant quand on citait vos propres mots pour vous rabaisser. Markhal entendit le cuir des armures des chevaliers derrière son « nouveau » visage craquer. Les chevaliers et le magicien étaient tendus comme des arcs, le souffle coupé devant l’aplomb de l’incube face au traître. Le roi leur adressa un sourire de dérision, se moquant d’eux sans un mot, ses yeux véhiculant parfaitement le dédain qu’il ressentait. Le magicien, plus particulièrement, semblait à la fois terrifié et rempli d’une joie mauvaise face à la prouesse de la nouvelle recrue. Sûrement une question d’affaire personnelle. Markhal ne comprenait pas toujours les rouages hiérarchiques de sa prison. Il s’en foutait complètement en fait. Que la personne qui le garde soit le capitaine de deux autres gardiens ou le trouffion qui léchait encore les bottes de son supérieur pour une promotion l’intéressait autant que de connaître le fabricant du papier toilette.

Les quelques remarques échangées par les trois comparses leur attira un reniflement hautain de la part du roi. Comme s’il était un barbare ! Il y avait une différence entre sarcasme et provocation. Et même si les deux étaient désagréables, le premier n’attirait pas toujours les foudres du semi-démon… Enfin… d’accord, cela dépendait des jours. Et de l’humeur du prisonnier. Et de la température dans sa prison. Et… D’accord, j’avoue, il l’aurait déjà étripé s'il avait pu. Mais voilà, Ill’ était un peu plus intelligent que la moyenne des nouveaux et s’était mis juste hors de sa portée. Markhal résistait d’ailleurs à l’envie de vérifier sa théorie, se disant qu’il aurait juste l’air stupide s’il passait le bras à travers les barreaux qui se refermerait dans le vide…

Soudain, dans un mouvement fluide et de la grâce de ceux qui vivent avec leurs épées à la main, l’incube se jeta sur son confrère démon et le plaqua contre les énormes roches rectangulaires qui servaient de mur à ces souterrains, une poigne menaçante autour des voies respiratoires de Kelrar. En même temps, il l’empêchait de sortir son épée et le maîtrisait ainsi complètement. Le spectacle était tout simplement jouissif. Markhal était impressionné. Il se rappelait de la sauvagerie féline dont faisait preuve Ill’ quand il combattait, de sa souplesse et de sa technique parfaite avec ses rapières. Certes, Kelrar ne faisait aucunement le poids contre un homme comme lui. Même sous-alimenté, Markhal pouvait le mettre à terre sans aucun souci. Il ne s’attaquait pas à Kelrar, parce qu’il lui apportait ce que de rares autres lui donnaient également : une souffrance juste suffisante pour qu’il oublie l’endroit et l’état pitoyable dans lequel il était et qu’il se concentre juste sur cette soudaine lave brûlante qui traversait son corps.

« Tu bafoues mon honneur en pensant qu'un homme, enfermé, et enchaîné de surcroît, puisse me terrasser en une semaine ! »
« Et si on disait deux semaines ? »


La voix de Markhal avait résonné dans la pièce. Elle n’avait été que très légèrement moqueuse, le ton général étant resté froid et détaché, comme son propriétaire. Markhal était maintenant quasiment contre les barreaux, ses mains enchaînées ayant agrippé deux d’entre eux juste en face de lui. Il avait l’air nonchalant, détaché, mais dans ses yeux couvaient une lumière inquiétante. Oui, même enchaîné, maigre comme un clou et désarmé, Markhal respirait le danger. Il fit alors un pas en arrière, laissant ses mains glisser sur les barreaux pour finalement les laisser retomber devant lui. Le métis fixa de ses yeux vairons son nouveau bourreau et sourit de cet air qui n’appartient qu’à lui, à la fois sarcastique et froid, distant et pourtant noble.

« Tu as raison, Illéam’m Nazed’d. Je croyais que tu ferais de plus grandes choses que gardien de prison… »

La pointe d’insolence finissait de couronner la réplique du prisonnier à la provocation du gardien. Effectivement, Markhal s’était plutôt attendu à le croiser dans d’autres circonstances que dans la pièce de sa propre cellule. Le roi retourna aussi soudainement à son visage impénétrable et se détourna pour se diriger vers l’extrémité de sa cellule. Alors qu’il marchait vers celle-ci, il n’ignorait pas qu’on pouvait apercevoir les écailles du dragon qui pointait légèrement en dessous de sa chemise, ainsi que les premières qui couvraient le bas de sa nuque sous ses cheveux. Elles dégageaient toujours cette chaleur irréelle, mais après des années à cohabiter avec elles, Markhal avait fini par presque s’y habituer. Finalement il s’appuya contre le mur et laissa ses yeux, comme son esprit, vagabonder sur Ill’.



**Dix ans plus tôt**

Markhal s’était levé d’un bon pied ce matin-là. Soras avait accueilli peu de temps auparavant d’excellentes recrues qui assuraient de nombreuses victoires sur les quelques attaques de frontières que Lilou et lui avaient prévu dans les mois à venir. Il aimait pour l’instant titiller l’esprit des Elendiliens en lançant ses attaques et embuscades surprises qui massacraient tous les soldats en poste et se retiraient aussitôt dans le territoire sorassien, inaccessible pour la plupart des représailles ennemies. Certes, ils ne conquerraient pas le royaume d’Elendil de cette façon, mais affaiblir moralement était aussi une forme de conquête…

Il s’était immédiatement dirigé vers la salle des armes. Comme il était très tôt, elle n’était que très rarement occupée. Et si c’était le cas, ses occupants se trouvaient vite autre chose à faire pour laisser le roi faire ses deux heures d’entraînement quotidien tranquillement. Aram se coucha dans un coin de la salle, baillant ostensiblement. Pour lui, les frasques de Markhal n’étaient absolument pas nécessaires. Si quelqu’un le touchait, le griffon aurait vite fait de le découper en morceau et après de se repaître de son cadavre. Et pourtant, le métis s’évertuait à garder une forme olympique. S’il devait le réveiller à l’aube pour ces bêtises, Aram avait le droit de montrer qu’il n’aimait pas ça. Ainsi, comme chaque matin, il boudait dans son même coin et poursuivait ce rêve que Markhal avait interrompu par ses caprices. Cet homme… si Aram n’avait pas été lié à lui, cela aurait fait longtemps qu’il lui aurait ouvert le ventre, pensa le gardien avec une certaine tendresse toute griffone. Et il savait que la réciproque, lorsqu’Aram se comportait comme l’animal magnifique et fier qu’il était (et d’une arrogance insupportable qui allait avec la supériorité qu’il possédait par rapport à n’importe quel être de ce monde), était vraie. À vrai dire, au final, qu’ils s’étripent ou se respectent, Markhal et Aram étaient fait pour être ensemble.

Ce fut après seulement une heure d’exercices que Markhal fut stoppé dans son élan. Il se retourna d’un air courroucé vers son âme sœur. Si Aram et lui n’avaient pas la capacité de pouvoir discuter ensemble, comme l’avaient les autres Humains de Krynn, leurs émotions et leurs quatre sens respectifs étaient étroitement liés. Par exemple, comme à cet instant précis, Markhal ressentait soudainement une terrible envie de rat. Et là ce n’était que du rat ! Si vous voyiez le comportement d’Aram quand Markhal lui demande d’être seul dans sa chambre en charmante compagnie… Plusieurs fois la porte et le lit du roi devaient être réparés suite à l’enthousiasme de son Gardien. Le semi-humain décida donc exceptionnellement d’arrêter là sa danse mortelle pour aller déjeuner.

Pour descendre parmi les gens de Soras, Markhal portait un manteau qui était devenu sa marque, sa caractéristique principale. C’était un manteau fait de peau, en un cuir parfaitement travaillé et d’excellente facture, même s’il avait quelques années maintenant. Il l’avait fait lui-même durant ses années d’entraînement avec le dragon. Mais la particularité de ce manteau était sa capuche. En effet, Markhal portait toujours sa capuche remontée et celle-ci cachait dans son ombre une grande partie de son visage. Son œil rouge était continuellement caché, laissant visible uniquement l’oeil bleu électrique qui glaçait le sang. La rumeur prétendait que ceux qui voyaient le rouge, mourraient alors avec cette dernière vision. Purs racontars, mais elle ajoutait à la légende du roi. Donc, à par son œil bleu, on ne distinguait d’autre que le bas de son visage : ses lèvres fines maquillées d’un sourire continuellement moqueur et son bouc finement dessiné. Étonnamment, après quelques incursions en Elendil, l’avis de recherche avait pour description, non son vrai visage, mais au contraire cette face dans l’ombre, cachée. Il plaisantait souvent en se disant que les Elendiliens étaient bien stupides de craindre un homme sans visage. En même temps, cette relative absence d’identité rajoutait au mystère et à la crainte révérencieuse qu’il suscitait.

Quand Markhal entra dans la salle des banquets qui était également la grande salle du Château Ébène, un silence respectueux l’accompagna. Il sentit le griffon à ses côtés se rengorger de cette attention, tandis que lui l’accueillit plus dignement, marchant avec prestance sur le chemin principal menant à son trône. Posé sur une estrade à laquelle on accédait par quelques marches, c’était un simple trône en pierre. Pourtant, une fois que Markhal gravit les marches et s’y installa, Aram à son flanc droit, le trône était bien plus impressionnant que s’il avait été en or et brillant de diamants. D’un hochement de tête respectueux, Markhal leur enjoignit de reprendre leurs activités. Il n’avait pas besoin de leur attention obligée ou hypocrite. Il ne voulait pas d’une déférence qui l’agacerait et lui rappellerait trop douloureusement la Cour de l’Empire. Non, leur haine pour l’Empire de Krynn lui suffisait, car la haine était la plus fidèle des loyautés, car jamais elle ne faiblissait, surtout lorsqu’elle avait atteint un niveau aussi intense que le sien.

Il remarqua en contrebas la présence de Zorill’, le chef de ces nouvelles recrues si prometteuses. Il était un peu agacé par l’arrogance de ce dernier, mais ils étaient tous ainsi au début. Alectö, son chef des guerriers, aurait bien vite fait de le faire descendre de son piédestal. Markhal aurait pu s’en charger, mais c’était à Alectö de gagner leur respect. Markhal l’avait déjà, pour avoir détruit à lui seul, devant leurs yeux, une escouade entière de soldats elendiliens avec une facilité déconcertante. Il s’arrangeait toujours de temps en temps de leur montrer la preuve de sa force, histoire qu’on n’oublie pas qu’il n’était pas le roi uniquement pour son autorité, mais aussi pour son pouvoir dangereux et mortel que possédaient ses deux cimetières.

Alors qu’Aram se régalait de ses rats tant désirés et que Markhal buvait discrètement de l’eau pour ne pas s’émousser l’esprit en ce début de journée, quelque chose attira son attention… Voilà qui lui promettait un spectacle bien plus intéressant qu’un petit-déjeuner de ses soldats !

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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Ven 20 Aoû - 18:59

« Et si on disait deux semaines ? »

L'Ombre-chevalier garda son attention tournée vers le garde, qui prenait doucement une teinte rougeâtre, bientôt bleuâtre, et qui cherchait de plus en plus de l'oxygène. Cependant, il devait résister à l'envie grandissante de dégainer, de foncer vers cette cellule et de passer sa rapière au travers de ce Roi Maudit. Car la voie légèrement moqueuse, mais froide avait fait mouche. Mais s'il craquait bêtement, il serait sûrement mort dans le quart d'heure. Le Roi était sous-alimenté, mais même dans ces conditions il était loin d'être inoffensif ! Ill' ne doutait pas de ces chances face au Roi... Seulement, le Fléau de Krynn était puissant, avec une épée, à main nue ou par sa magie. Donc par précaution, pour éviter de mourir en mettant fin à la vie de l'ex-monarque, Ill' faisait tout pour garder son sang froid.

« Tu as raison, Illéam’m Nazed’d. Je croyais que tu ferais de plus grandes choses que gardien de prison… »

Ill' sentait le regard du Métis dans sa nuque. Il avait aussi sentit le ton sarcastique du prisonnier... Ainsi que les bruits de pas attestant que le monarque était retourné au fond de sa cellule. Mais le chevalier comptait rester maître de lui même ! Le Roi se donnait en spectacle ? Il gardait ses grands airs ? Même enfermé dans cette cellule si ridicule pour le Seigneur qu'il avait été ? Et bien, s'il voulait du spectacle, il lui en donnerait ! Et ignorer le Roi semblait être approprié ! Aussi garda-t'il toute son attention fixée sur l'homme qui suffoquait sous sa poigne...

« Quel est ton nom ? Demanda l'Ombre-chevalier en desserrant légèrement sa prise pour que son « camarade » puisse répondre.
- Pourquoi je te le dirais ? Lâcha-t'il d'un ton dédaigneux.
- Je tiens ta vie au creux de ma main...
- Kelrar, finit par cracher le démon, après qu'Ill' ait accentuer la pression de sa main sur sa trachée. »

Un sourire carnassier apparu sur le fin visage de l'incube. Il avait une soudaine envie de jouer. À lui de montrer tous ses talents ! Il eut un regard mauvais vers l'elfe du Soleil, pour lui signaler de bien retenir les évènements qui allait suivre. Faire d'une pierre deux coups... Un avertissement de ce qui attendait le magicien...
L'Ombre-chevalier se pressa contre le corps prisonnier du démon. Il laissa son pouvoir séducteur faire un peu de chemin dans l'esprit de Kelrar, et lorsque la confusion s'installa dans son esprit, il reprit d'une voix caressante.


« Tu n'es rien. Tu es tendu... Tu trembles devant un homme enfermé. Tu n'es qu'un lâche !
- Ce n'est qu'à cause de ta présence... murmura l'homme, déjà perdu et envoûté par l'incube.
- Je t'ai maîtrisé.
- Comment pourrais-je ne pas être soumis ? »

Voir un démon, grand, puissant, viril, être si facilement soumis émoustilla Ill'. Il allait peut être pouvoir s'amuser certains soirs avec ce pantin... Il posa ses lèvres sur celle de Kelrar et fut surpris lorsque l'homme approfondit de son propre chef le baiser. Il mordit donc fermement la lèvre inférieur du chevalier, se dégageant avec un sourire appréciateur. Le goût n'était pas des plus mauvais... Pourtant...

« Tu n'es rien ! Tu ne feras rien sans mon autorisation ! »

Il s'écarta du garde. Une part de lui-même regretta de mettre fin à cet échange. Le goût métallique du sang, la couleur vermeille si magnifique qui coulait sur le menton de l'homme le mettait dans un état proche de la folie... État de manque... Ce soir, il lui faudrait de la compagnie... N'importe qui ? Non il savait que ce soir il craquerait... Alors Azur ? Possible ! Une certaine chaleur l'envahit, et il souhaita être déjà le soir...
Il relâcha son pouvoir. La douleur causée par sa lèvre ensanglantée tira rapidement le démon hors du sortilège de l'incube. Il poussa un hurlement de douleur, porta sa main à sa lèvre et essuya le sang qui coulait abondamment de la plaie. Ill' aurait avec plaisir léché lui même le sang. Il dût se contenter de celui qui avait légèrement coulé sur son propre menton. Le garde regarda avec un air terrifié l'Ombre-chevalier. Ce fut comme si les souvenirs des deux minutes écoulées lui revinrent en pleine face.
Ill' venait de l'humilier. De le soumettre. Et lui, non content de le reconnaître, il avait même apprécier l'échange. De rage, il fonça sur l'incube, à mains nues. Ill' avait plus ou moins prévu la réaction du garde. Sa main jaillit, avec rapidité et sauvagerie, et du tranchant il frappa au niveau de la pomme d'Adam. Kelrar s'effondra dans un cri, mélange d'exclamation de douleur et de gargouillements incontrôlés.

Sans plus d'intérêt pour le garde dorénavant au sol, dont les deux autres s'occupaient déjà, Ill' se tourna vers le Roi Déchu. Celui-ci laissait son regard courir sur Ill'. Dans l'état de manque dans lequel il se trouvait, se regard lui parût révélateur et délicieux. Le Roi préférait les femmes ? Il pourrait toujours s'en accommoder !


« Je suis flatté. Si vous vouliez me vexer, vous auriez dû parier sur deux jours... J'ai donc une certaine valeur à vos yeux pour penser qu'une semaine est trop courte pour me tuer. Quant à mon destin... Quoi de plus noble et grandiose que de tenir emprisonner le Fléau de Krynn, Markhal de Langcaster. Les gens me connaîtront. Je vous empêcherait de sortir. Et si j'échoue, je serais l'homme qui vous traquera jusqu'à votre mort. Que je vous donnerais naturellement. »

Lors de leur dernière rencontre, Ill' n'avait pas été aussi grandiloquent... Il faut dire que ce jour là, le roi était en pleine possession de ces moyens, entouré de toutes ses troupes, fort de tout son pouvoir....


**Dix ans plus tôt**

Ill' était au bord d'un précipice... Au sens figuré ! Depuis combien de temps était-il à deux doigts de sombrer dans la folie ? Depuis qu'il avait vingt ans... Et il en avait cent-seize ! Quatre-vingt-quatorze ans d'entraînement, d'alcool, de douleur, de drogue, de blessures, de prostitutions, de combat... Tant d'années, où son esprit s'était torturé par une haine indéfectible, des envies de vengeance qu'il ne pouvait pas mettre en oeuvre... Des années pendant lesquels il avait parcouru en long et en large le territoire de l'Empire, courant après Zorill', suivant les rumeurs, poursuivant ses fantômes...

Mais depuis un an, une nouvelle l'avait sortit de sa torpeur. Ses recherches allaient pouvoir aboutir... Son père, Krynn sait qu'il ne supportait pas l'idée que ce démon soit son père ! Son père allait enfin payer. Payer pour son enfance, payer pour sa mère, payer pour cette blessure, payer pour toutes les années qui venaient de passer ! Cette nouvelle grandiose était la formation de Soras par Markhal. Et ce nouveau royaume faisait la guerre à Elendil. Regroupant plus de bandits, de renégats que toutes les prisons du continent ! Alors si Ill' avait une chance de retrouver son père quelque part, c'était bien là !
Sa haine n'avait cessé de grandir depuis qu'il avait pris connaissance de la nouvelle ! Il était sortit de sa torpeur, avait affûté son épée et son esprit, et ensuite avait entreprit un long voyage, peuplé de grand trous noirs dans sa mémoire. Qu'avait-il fait pendant ses moments d'absences ? Aucune idée... Plus d'une fois il s'était réveillé les mains pleines de sang, jamais du sien. Cependant, il s'en réveillait toujours plus vigoureux. Puis il avait enfin atteint le Royaume séditieux. Il avait franchi la frontière, se laissant guider par les gens qu'il croisait. Car après tout, avec ses origines et son apparence, comment ne pas le croire lorsqu'il disait rechercher un refuge face aux autorités. Il avait donc voyager pendant près d'un moi avant de trouver le Château Ébène.

L'incube y était arrivé à l'aube. La ville se réveillait à peine, et lui recherchait déjà de précieuses informations. Des esclaves, des guerriers, des assassins, des marchands, des hommes pendus au gibet... Tout ça dans un même lieu, de la manière la plus naturelle qui soit... La plus brutale aussi ! Les cris de suppliciés parvenaient au oreille du démon. Ces hurlements réveillèrent en lui des souvenirs douloureux... Pendant son enfance, ces gémissements avaient été ce que Zorill' considérait comme une berceuse des plus mélodieuses... Et Ill' lui même avait poussé des cris déchirant lorsque son père passait ses nerfs sur son corps frêle... Ces réminiscences douloureuses eurent un effet bénéfique sur le jeune homme. Elles firent de sa haine un mur en acier trempé qui contenait toute la détermination de l'incube. Il terrasserais son père. Cela, plus qu'une promesse était une prophétie. Pour lui. Mais il était convaincu que cela était gravé quelque part. Dans le marbre...

Il questionna les passants.
« Je cherche l'armée de Soras » était les seuls mots qui franchissait la barrière de ses fines lèvres. Certains ne lui répondaient pas, d'autres se moquaient de son allure frêle. Il eut tôt fait de les passer au fil de sa lame. Un jeune garçon bien inspiré le mena jusqu'au château. Le petit humain, qui n'vait pas plus de dix ans, le conduisit vers la clameur qui montait de la salle du banquet. Ill' sentait son sang bouillir comme jamais. Il le sentait ! Il touchait au but ! Il accorda un regard au gamin qui l'avait amené jusqu’ici. Sa main se porta à sa bourse, et il en sortit de nombreuses pièces. Le môme fila loin avec son butin, sans demander son reste.

Tel un grand seigneur, Ill' franchit la grande porte du banquet. Il avait le menton haut, toute sa haine avec lui, toute sa fierté aussi et surtout tout son charisme. Rien ne pouvait l'arrêter. Dut-il se battre contre tous les soudards de son père pour l'affronter enfin ! Il se retrouva à un bout d'une salle pleine, bruyante où festoyait une grande partie de l'armée Sorassienne. À l'autre bout de la salle trônait Markhal, grand seigneur, charismatique, imposant, terrifiant ! Ainsi que son Griffon, qui complétait à merveille son maître. Seulement, de cela, Ill' en avait à peine conscience. Il s'était focalisé sur une seule personne.

Zorill'.

Tant haït...

Tant craint durant l'enfance...


« Zorill' ! Cette lame, ce n'est pas mon fantôme qui la tient. Mais elle sera quand même l'instrument de ma vengeance ! »

Il avait dégainé, se tenant majestueux au milieu de la porte. Sa sauvagerie ne demandait qu'à s'exprimer. Sa folie était loin derrière lui. Il n'avait qu'un but : tuer.
Le reste ? Aucune importance !
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Sam 21 Aoû - 4:30

Ill’ l’avait ignoré jusqu’ici, mais le roi ne s’en formalisa pas. Après tout, sa phrase ne demandait pas de réponse. C’était au contraire lui qui répondait à l’incube pour sa première provocation qui avait ouvert les hostilités. Néanmoins, l’agacement teinta légèrement les traits du roi quand Ill’ s’était adressé à Kelrar sans même lui accorder un regard. Bordel ! S’il devait passer les prochaines années avec Markhal, il avait intérêt à comprendre qu’il ne pouvait pas faire certaines choses ! Heureusement que le démon lui offrit une autre forme de spectacle au métis. Disons que cela suffisait pour que Markhal oublie qu’Illéam’m venait de se foutre complètement de ce qu'il venait de lui dire.

Soumission. Désir. Luxure. La température de la pièce venait de monter de plusieurs degrés. Le sang coula. Markhal sentit malgré lui son excitation augmenter devant le liquide rouge vermeille qui coulait sur le menton de l’agresseur et l’agressé. Le métis ne put s’empêcher de fixer d’un air envieux le nectar divin, la langue de l’incube le lécher et le savourer avec délectation. Bordel, Markhal se sentait d’envie de défoncer un ou deux murs uniquement pour une seule goutte… Car il ne fallait pas l’oublier, le roi était à moitié démon. Pire, moitié succube. Et apparemment, sa mère lui avait transmis bien plus qu’un œil rouge et une haine envers son paternel. Markhal s’en rappelait soudain cruellement... Peut-être était-ce le fait qu’on le maintenait constamment affamé, peut-être était-ce tout simplement un jour à tendance démoniaque. Toujours était-il que pour la première fois depuis des années, il avait envie de se retrouver à la place d’Ill’ et même la première fois de toute son existence qu’il désirait embrasser un homme uniquement pour connaître le goût de ses lèvres ensanglantées…

Il refusa aussi vite l’idée qu’elle lui était venue. Les hommes ne l’intéressaient pas. Et si jamais ça ne faisait que lui effleurer l’esprit le souvenir de son ancien professeur, son corps musclé et en sueur se pressant contre lui, l’étouffant dans une étreinte pressée et excitée, tuait aussitôt l’envie dans l’œuf. Quand Ill’ se tourna finalement vers lui et que leurs regards se croisèrent, Markhal eut le coin de sa bouche qui tressaillit. Le regard du démon lui rappelait justement celui de Xandar, aussi affamé de sang et de débauche. Même après des années et l’exécution de l’elfe pour vengeance, Markhal était encore sensible sur ce sujet. S’il avait passé la case du traumatisme, les souvenirs de son humiliation et de l’horreur restaient comme une marque au fer rouge dans son esprit. Il avait encore l’impression de sentir les mains de son instructeur le caresser lascivement et éveiller en lui un désir que son corps ressentait mais que son esprit rejetait. Xandar avait essayé plusieurs fois après de le coincer pour poursuivre ce qu’il avait commencé, mais heureusement Markhal avait à chaque fois trouvé le moyen d’éviter la confrontation. Leur dernière recontre datait d’il y a très longtemps, quand le maître d’armes avait été condamné et attendait dans sa cellule l’aube qui sonnerait l’heure de son exécution. Markhal avait été le voir. Le semi-démon s’était approché de lui, puis l’avait embrassé et mordu la lèvre, exactement comme Ill’ l’avait fait avec Kelrar aujourd’hui. Ensuite, il lui avait souri et avait lâché d’un ton sardonique : « Alors c’est ça qu’a le goût de la mort… » Xandar semblait avoir compris que tous ses malheurs avait pour origine ce petit garçon dont il avait abusé plus jeune et qui maintenant se vengeait. Il avait sûrement aussi découvert que les meurtres impériaux avaient été commis par Markhal, mais il ne put jamais le dire, sa langue ayant été arrachée par ce même baiser langoureux qu’il venait de lui offrir. Pourtant, l’elfe ne pensa pas à cet instant à son innocence pour les crimes dont il était accusé. Non. Il regretta juste de ne pas avoir pu faire de cette bête sauvage, indomptable et hypnotique grâce à ses yeux si rares, son jouet et esclave. La rumeur dit que Xandar regardait fixement quelqu’un dans la foule jusqu’à ce que sa tête quitte ses épaules. Markhal, cependant, savait que ce regard avait trouvé son destinataire. Et qu’il avait reçu un baiser de la main en retour. L’elfe était mort en silence et le sourire aux lèvres…

Depuis cette expérience, il n’avait plus jamais laissé un homme le toucher autrement que pour servir ses propres besoins. Et encore, il avait toujours délimité sévèrement les règles à ne pas dépasser, même si quelques doigts avaient dû servir d’exemple… C’était également depuis ce jour qu’il n’avait jamais vu les femmes avec qui il couchait que comme des jouets au service de son bon plaisir. Des jouets qu’il s’empressait de vite réduire au silence pour sa sécurité et sa tranquillité d’esprit. Puis elles étaient arrivées. Ces femmes qui lui offrirent non seulement leurs vies, mais leur loyauté. Mais c’était auprès de l’une d’elles plus particulièrement que Markhal avait appris que les femmes avaient beaucoup plus à lui offrir qu’une nuit de plaisir et un petit déjeuner au lit à Aram… Une femme qui avait été pour lui une mère, une sœur et une amie… Une femme qui lui avait obéi jusqu’au bout et qui devait sans doute se trouver très loin à cet instant. Elle lui manquait terriblement. Elle seule parvenait à le pousser à bout et qu’il soit content qu’elle l’ait fait. Les idiots qui lui servaient de gardiens l’énervaient tout court et Markhal n’était content qu’ils l’aient fait qu’une fois qu’il leur avait fracassé le nez contre le mur.

Markhal croyait souvent que c’était lui qui était la bête de foire dans cette prison. Mais pour une fois, le spectacle était de l’autre côté des barreaux de sa cage. Voir Kelrar à terre, rabaissé comme un objet après sa faiblesse face à l’attirance physique qu’il avait éprouvé pour Illéam’m, provoqua des vagues de plaisir que Markhal entreprit de cacher derrière un visage impassible. Pourtant, nul n’aurait pu se méprendre sur la lueur de joie perverse qui brillait dans ses yeux quand ils se posèrent sur la masse informe du garde. L’attaque de revanche de Kelrar fut vite balayée, ce qui prouvait la supériorité de l’incube sur son confrère démon. Et apparemment, Ill’ voulait que cela serve d’avertissement pour les deux autres. Markhal ne savait pas s’il était stupide, inconscient ou juste courageux. Après cette action, il venait de se faire un ennemi, et le roi n’était pas certain que les autres chevaliers apprécient qu’un de leurs amis soit ainsi humilié, surtout devant le prisonnier. D’un autre côté, Ill’ était assez fort et avait une bonne réputation pour ne pas avoir trop de problèmes. Et puis, après un ou deux autres exemples, les Chevaliers comprendraient vite à qui ils avaient affaire. Markhal, pour sa part, avait un excellent jugement sur ce genre de choses… Jugement qui ne l’avait pas trompé à leur toute première rencontre…


** Dix ans plus tôt**

Un cri avait déchiré la salle. En temps normal, personne n’y aurait fait attention, puisque tout le monde dans cette salle criait, hurlait et s’égosillait, pourtant le silence se fit. C’était la haine pure et vivace qui avait balayé tous les autres bruits dans la pièce. Les guerriers, comme des mouches attirées par la merde et la pourriture, s’étaient tus devant la rage animale qui habitait le propriétaire de la voix. La silhouette de l’homme se découpait dans l’embrasure de la porte. Le port altier, le menton relevé dans tout son orgueil, cet homme avait l’air d’être au-dessus de tous ces hommes qui constituaient l’armée sorassienne. Même si Markhal ne prenait que les meilleurs, ceux qui avaient prouvé une bonne maîtrise de leur arme, quelle qu’elle soit, quand l’inconnu dégaina sa lame, le roi frémit. Cet homme-là était fort. Rien que dans ce simple geste, Markhal avait vu ses muscles parfaitement dessinés se plier souplement, sa prise sur la garde témoigner de son habitude et la position de son corps prouver que l’utilisation de son arme n’avait qu’un seul objectif : tuer.

Des idiots pensèrent en voyant l’homme à l’allure un peu frêle qu’ils auraient vite fait de réduire au silence cet inconscient. Les plus saouls d’entre eux posaient déjà leur main sur la garde de leur épée et se levaient pour corriger l’inconnu. Voyant déjà la catastrophe se profiler, Markhal leva la main et un croassement lugubre d’Aram, bien qu’il fut discret, fit retourner toutes les têtes. Les guerriers, sur un autre geste de la main de leur roi, s’inclinèrent et retournèrent s’asseoir. Même avec cinq tonnelets de bière derrière eux, aucun d’eux n’étaient encore assez beurrés pour oublier quels supplices attendaient celui qui oserait désobéir à Markhal. Le plus doux étant de devenir le jouet de la conseillère si le soldat était assez beau pour la satisfaire, le pire, de devenir celui de Markhal. Aucun des deux n’était enviable, mais si Lilou torturait à moitié pour le plaisir, à moitié pour se nourrir, Markhal n’y éprouvait que l’étanchement de ses pulsions les plus primaires. Là où sa délicieuse conseillère utilisait des instruments de torture ou un fouet de sa collection personnelle (voire un de ses poisons si la fantaisie était au rendez-vous), Markhal n’utilisait que ses cimeterres et tranchait avec une précision chirurgicale pour lentement humilier son adversaire avant de l’achever… Si l’envie lui en prenait. Certains avaient parfois passé plusieurs semaines dans une cage accrochée à l’extérieur du Château à plusieurs mètres du sol, pourrissant au soleil et mourant de froid la nuit, maintenus en vie uniquement pour allonger leur supplice. On ne plaisantait pas avec la loyauté à Soras. Une fois le pacte signé, il ne se défaisait qu’une fois son heure sonnée. À eux de choisir quand, où et comment ils entendraient la cloche de l’enfer les appeler.

« Je crois que c’est toi qu’il cherche, Zorill’ » fit le roi au démon qui n’avait pas esquissé de mouvement face à celui qui l’avait interpellé, sur un ton amusé. Mais il ne s’amusait pas de celui qui agressait Zorill’, mais au contraire de Zorill’ lui-même.

Le bâtard des deux races commençait à voir un plan se dessiner dans son esprit alors qu’il faisait signe au démon –en tout cas le présumait-il devant sa peau blanche et ses yeux rouges – d’approcher vers son trône. L’occasion était excellente pour apprendre à sa nouvelle recrue qui était le roi et qu’il n’était qu’un guerrier parmi d’autres. Doué, d’accord, mais juste un soldat. Il n’aurait pas besoin d’Alectö pour la leçon pour une fois. Une fois qu’il fut à portée de voix, Markhal s’adressa au nouveau venu, encore plein de sauvagerie qui menaçait d’éclater à tout instant.

« Avant de lancer ton défi, démon, tu dois savoir que tout guerrier est tenu de se présenter devant moi et de m’en demander la permission… »

Il avait dit cela sur le ton d’une remarque, comme si on rappelait à quelqu’un qu’on ne mettait pas les coudes sur la table pour manger ou qu’on ne découpait pas quelqu’un en morceau avant de bien l’avoir regardé dans les yeux pour y lire la peur… Les règles de politesse de base, à vrai dire. Il attendait de cet homme qu’il lui dise au moins son nom. Les raisons de ses griefs envers Zorill’ lui importaient guère, comme il ne serait qu’un instrument pour l’humiliation de celui-ci, mais s’il les lui contait, Markhal était prêt à entendre une bonne histoire qu’il pourrait toujours utiliser plus tard… Maintenant, si le guerrier inconnu désobéissait… Vous connaissez maintenant le châtiment qu’il risquait.


**Présent**

« Je suis flatté. Si vous vouliez me vexer, vous auriez dû parier sur deux jours... J'ai donc une certaine valeur à vos yeux pour penser qu'une semaine est trop courte pour me tuer. Quant à mon destin... Quoi de plus noble et grandiose que de tenir emprisonné le Fléau de Krynn, Markhal de Langcaster. Les gens me connaîtront. Je vous empêcherais de sortir. Et si j'échoue, je serais l'homme qui vous traquera jusqu'à votre mort. Que je vous donnerais naturellement. »
« À mon tour d’être flatté que tu braves les couloirs sombres et puants de la prison pour devenir le cent et unième gardien du Traître à l’Empire. Je suis certain que les gens t’adoreront et t’acclameront devant la grandeur et la difficulté de la tâche… »

Le sarcasme dégoulinait de sa voix comme du poison. Il ne voyait rien de glorieux à garder les couloirs de sa prison. Certes, c’était bon pour son orgueil que quelqu’un comme Ill’ considère cela comme un honneur, mais c’était stupide. Si Markhal décidait de s’échapper, ce ne serait pas les Chevaliers qui lui poseraient problème, c’était la prison en elle-même. Déjà quand il habitait à Soras, il lui arrivait de se perdre dans les tunnels de Naekor. Lilou avait fait faire plusieurs passages secrets et raccourcis pour l’utilisation de son roi, qu’elle avait mis à sa disposition sans énoncer le fait que son sens de l’orientation était déplorable. Encore une des raisons pour lesquelles la succube était la meilleure et un des éléments les plus précieux de Soras.

« Et les deux semaines, c’est le temps qu’il faudra à tes nouveaux amis pour ramasser les morceaux et faire disparaître les tâches. » dit-il juste pour le plaisir. « Naturellement » ajouta-t-il pour imiter le ton condescendant qu’Illéam'm avait utilisé un peu plus tôt concernant sa mort s’il s’échappait. Néanmoins, pour une fois, aucune de ses paroles n’avaient été dites sur un ton moqueur ou amusé. Il avait été sérieux. Il ne venait pas de le provoquer, il venait de lui faire une promesse. Et ce n’était pas parce que Ill’ s'était moqué de lui qu’il le ferait, il le ferait parce qu’il représentait ce que Markhal serait devenu s’il avait réussi à mettre de côté ses désirs de pouvoir.

Les deux comparses avaient finalement réussi à remettre Kelrar sur pied et le ventilaient. Mais le regard du démon n’était pas tourné vers eux. Il regardait Markhal, ses yeux lui promettant déjà une nuit de délicieuses souffrances quand tous ces imbéciles seraient partir. Markhal ne put s’empêcher de laisser un sourire dépasser ses lèvres. Un sourire qui témoignait de toute la folie et de tout le chagrin qui demandait à être évacué d’une façon ou d’une autre. Plus tard, promit-il d’un regard. Pour l’instant il avait une autre occupation qui se révélait des plus divertissantes. Illéam’m était de ses gens qui voulaient laisser une trace dans l’histoire. Pour sa part, Markhal l’avait déjà fait, mais passer le reste de sa vie dans une prison ne lui suffisait pas. Il voulait plus. Qu’Ill’ cherche à écrire sa légende en l’empêchant de le faire l’amusait.

« Quel temps fait-il dehors ? »

Il cacha l’intérêt maladif qu’il éprouvait pour cette question derrière un masque froid et impassible. L’Ombre-Chevalier verrait-il la fébrilité de sa demande ? Après tout cela faisait bientôt deux ans qu’il n’avait pas quitté les souterrains. Il n’apercevait pas le ciel depuis la lucarne trop haute de sa salle de « promenade ». Avoir des informations sur la météo pouvait sembler bénin et sans intérêt, mais pour lui, c’était comme donner un verre d’eau à un homme assoiffé : cela n’étancherait pas totalement sa soif, mais au moins aurait-il eu pendant un court instant la possibilité de se rappeler les sensations de la fraîcheur de l’eau dans sa bouche et du court soulagement que cela lui procurerait ensuite. Ce serait comme un avant-goût d’espoir. Markhal ne savait pas si on lui avait expliqué les restrictions des informations qu’on donnait au prisonnier : c’est-à-dire aucune. Techniquement, Leonis avait même interdit de discuter avec lui, mais avoir des gardes pour garder les gardes serait bête et coûteux. Alors le règlement était souvent brisé.

Maintenant, à savoir si Ill’ préférerait s’y conformer ou pas… C’était une autre histoire. Dans l’attente d’une réponse, Markhal s’approcha lentement, mais d’un pas sûr vers l’incube qui se trouvait devant sa cellule et passa sa main dans ses cheveux pour dégager les quelques m èches qui se trouvaient devant. Ses yeux vairons se posèrent dans les yeux rouges démoniaques de l’homme.

Alors ? Répondra ou répondra pas ?

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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Sam 21 Aoû - 19:48

« À mon tour d’être flatté que tu braves les couloirs sombres et puants de la prison pour devenir le cent et unième gardien du Traître à l’Empire. Je suis certain que les gens t’adoreront et t’acclameront devant la grandeur et la difficulté de la tâche… »

S'il n'avait pas été un démon à la peau diaphane, Ill' aurait rougit de honte sous l'affront. Car ce n'était pas la première fois que cet argument arrivait à ses oreilles... Son conteur attitré, Daniel, originaire du duché de Solaris n'avait d'ailleurs pas été avare en commentaires plus désobligeant les uns que les autres... Car il est vrai que même Ill' n'était pas convaincu du bien fondé de sa propre décision. Il sortait ses grands airs, se montrait enchanté et honoré de cette tâche, mais le premier qu'il cherchait à convaincre n'était autre que sa petite personne ! Il avait besoin de changement.
La politique ? Avec son lot de rond de jambe, de politesse et de faux-semblant ? Pas pour lui !
Tacticien ? Stratège ? Non, se battre chez lui c'était instinctif... Donc la stratégie militaire lui semblait bien futile.
Continuer de courir les chemins ? Après une vie humaine d'errance, et les quinze dernières années à battre la campagne pour se mesurer aux Sorassiens ou aux bandits locaux, il souhaitait prendre une pause. Et surtout, il n'avait pas eu vent de la présence d'une liche, d'un ogre, d'un troll, d'un griffon ou de je ne sais quelle autre créature sur les terres de Krynn ou au-delà contre laquelle une victoire aurait gonflé sa réputation !
Alors, intégrer l'ordre plutôt prestigieux des Chevaliers du Dragon, c'était une bonne alternative. Voilà les raisons de son arrivée ici, en tant que gardien de cette prison souterraine.


« Et les deux semaines, c’est le temps qu’il faudra à tes nouveaux amis pour ramasser les morceaux et faire disparaître les tâches. »

Le ton était froid. Pas de moqueries... Pas de provocation... Enfin, la phrase en elle même était provocante. Mais cela sonnait autrement. Ill' venait de se faire un ennemi. Pas étonnant de la part de ce Roi enfermé depuis cinq ans dans cette cellule, coupé du monde. Pas étonnant de la part d'un homme, qui avait tué son père, sa belle-mère, son beau-frère, sa soeur s'il avait pu pour accéder au trône. Mais cette phrase, elle lui était personnellement dédiée. À lui. L'Ombre-chevalier. Et Ill' en était certain, tout comme il savait dix ans plus tôt que la victoire sur son père se trouvait écrite quelque part, que cette victoire du Roi sur sa personne était déjà décidée par les Dieux eux-même.

« Naturellement »

Ce mot, le nouveau Chevalier du Dragon le reçut comme un coup de fouet. C'était la réponse directe du monarque à son propre « naturellement ».
Un combat de gens vaniteux au possible. Voilà ce que c'était.
Ill' savait qu'il avait un destin. Et peut être que ce demi-démon en face de lui allait l'aider à bâtir sa légende. Il était déjà connu, déjà apprécié par le peuple. Seul cette liesse populaire faite à son passage l'aidait à ne pas sombrer dans les ténèbres de sa folie. Car, il le savait, s'il venait à être oublier, il ne lutterait plus. Il sombrerait. Il se laisserait glisser dans les ténèbres si tentante, chemin dicté par son sang démoniaque. Un chemin sanglant, dépravé, plein de désespoir et de débauche. Ill' le savait. Cela ne pouvait pas être autrement. Sa certitude lui venait du passé. Des années avant sa vengeance.
Markhal avait déjà vécu des heures Glorieuses. Sanglantes et Sauvages, mais Glorieuses. Et là, Ill' se tenait devant lui, faisant une promesse au Roi : le reste de sa vie, l'Ombre-chevalier fera en sorte qu'il la passe dans ce cachot minable, loin de la grandeur dans lequel il avait passé de nombreuses années.
Un constat... Juste une idée. Sa gloire l'empêchait de devenir comme le Roi Déchu qui se tenait devant lui. L'Ombre-chevalier cherchait sa place dans la légende. Le Roi avait cherché sa place au pouvoir. On l'en avait éloigné, il avait sombré, emportant tout un royaume avec lui... Si on écartait Illéam'm de la légende, il réagirait de manière identique. Il basculerait. Emportant autant de gens que possible dans sa chute.

Mais il en était conscient. Ou plutôt, il en avait pris conscience. Et il acceptait ce destin. Car même ainsi, son existence entrera dans la légende. Pas comme un Héros, mais comme un Sauvage. Comme le Roi en face de lui...
Et il ne savait pas quel sentiment dominait lorsqu'il pensait au Roi...
De la haine ? Non... Il ne s'était passé rien de personnel entre eux jusqu'à ce jour... Quoique...
De la rancoeur ? Possible !
De la terreur ? Non, mais la peur qu'il inspirait été présente chez tous !
De l'admiration ? ... ?
De la jalousie ? Certain....... Ça, il ne pouvait se mentir à lui-même.

Pour faire croire qu'il considérait ses menaces comme insignifiante, et surtout pour montrer qu'il n'était en rien impressionner, Ill' lança :


« Tout le monde adore et acclame Robin qui vous a mit en prison. Sa clémence est connue de tous... Et tout le monde adore et acclame Léonis Ourha, qui a pour but principal de vous garder dans votre prison. Alors, il en est de même pour vos gardiens, vous pouvez l'imaginer ! »

Frapper là où ça fait mal... La base. En combat comme à la cour ! S'il était un piètre orateur, Ill' avait quand même retenu cela. Crier et menacer ne sers à rien. Lancer sur un ton neutre un sujet douloureux pour la personne qui vous fait face est bien plus percutant. Car vous restez alors dans l'estime des gens. Ils retiennent votre intelligence, qui vous permet de rester digne. Et vous terrasser votre ennemi, sans un mot plus haut que l'autre... De votre part du moins !

Ill' s'interessa de nouveau à ce qui l'entourait. Et il observa Markhal. Qui lui gardait son regard fixé sur Kelrar. Alors il fit de même. Il ne put retenir un ricanement à la vue du chevalier soutenu par ses deux comparses. Il avait l'air hagard, mais une aura de haine se dégageait de lui. Et cette haine n'était pas dirigée vers l'Ombre-chevalier, mais vers le prisonnier... Et ça, Ill' ne parvenait pas à le comprendre. Certes, le Roi allait avoir contre le garde une « arme » pour humilier le chevalier, et Ill' la lui avait servie sur un plateau. Mais cette hostilité aurait du être dirigée vers lui. Car l'incube était la source de ses blessures, tant physique que morale !


Quel temps fait-il dehors ? »

La question d'une banalité affligeante laissa Illéam'm sans voix ! Il s'apprêtait à répondre lorsque les trois personnes derrière lui se tendirent à nouveau. Sujet sensible ? Comment le savoir puisque cet orgueilleux d'elfe du soleil ne lui avait rien dit ! En même temps, comment la température et la météo pouvait être un sujet sensible ? Le Matis semblait quand même y porter une certaine importance. Il s'était levé, se rapprochant ainsi des barreaux et de son interlocuteur, et passa une main (fébrile ?) dans ses cheveux. Une idée fit jour dans l'esprit d'Illéam'm... Il savait que les tortures étaient plus ou moins monnaie courante dans la prison. Torture physique... Mais qu'en était-il des harcellements moraux ?
Ill' souhaitait lancer une nouvelle mode. Faire saliver ce Roi.


« Le soleil chauffe agréablement la peau. C'est un pure délice ! Une nouvelle mode à la cour consiste à arborer un teint halé, ce qui est plaisant ! Les femmes de la cour se font un plaisir de pouvoir se poser au soleil, plus ou moins vêtue suivant leur bonne moralité. Un régal ! »

Les souvenirs de la peau délicatement hâlée de Dame Osila lui revinrent en mémoire... Un pur délice... Mais rien de comparable avec l'image de perfection de la conseillère Lilou Askaràn, qui se trouvait à côté de Markhal, dix ans auparavant...

**Dix ans plus tôt**

Ill' naviguait dans un épais brouillard, avec pour seul phare Zorill'. Le reste lui échappait. Ou plus exactement, il s'en moquait. Il avait vu les mouvements de certains hommes, la main sur leur arme, prêt à se jeter sur lui. L'Ombre-chevalier avait simplement assoupli sa position, lui permettant de bouger de manière fluide et rapide. Le cuir entourant la poignée de sa rapière avait légèrement crissé sous sa propre poigne. Tous ses muscles s'étaient préparés aux mouvements souples de la dangereuse et majestueuse danse dans laquelle il allait se lancer. Car même s'il comptait tuer, il ne pouvait laisser de côté son style de combat. De grandes courbes fluides, des pas en cadence, des feintes et des ripostes, tout cela au sein d'une chorégraphie mortelle. Et il était prêt... Prêt pour emmener à la faucheuse, ou plutôt en enfer tout ceux qui se dresserait sur le chemin de sa vengeance.
Le médaillon d'Ill' produisait une chaleur remarquable. Comme s'il répondait à la haine du jeune homme. Son talisman. Et la seule cicatrice qui refusait de s'effacer sur le corps de l'incube le démangeait. Comme lorsque sa blessure guérissait avec la lave se répandant dans sa plaie. Un brûlure malvenue, dérangeante, mais pleine de sens pour le chevalier. Souvenir douloureux. Mais qui donnait un sens à toutes ses années, et au combat qu'il allait engager...

À l'autre bout de la salle, un croassement et un geste avait suffit à arrêter tous ces soudards.
Ill' ne doutait pas de sa victoire. Qu'ils l'attaquent ! Il était fin prêt. Sa rage le rendait aveugle, mais elle décuplait aussi ses forces. Une phrase attira cependant son attention.


« Je crois que c’est toi qu’il cherche, Zorill’ »

L'auteur de la phrase se trouvait dans un trône. Simple, sans ornement. Il était sur une estrade, et seules quelques marches séparaient le Roi du reste de la salle. Le roi et une femme d'une incroyable beauté, et dont les courbes généreuses ne pouvaient appartenir qu'à une succube. Mais quelle succube ! S'il n'était pas dans un état de rage, proche de la folie, Ill' aurait sans aucun doute courtisé sa congénère.
Le roi n'avait aucun ornement particulier. Deux cimeterres, aussi réputés que leur possesseur. Une cape, dont le capuchon rejeté pour manger laissait voir un visage dont les yeux vairons, bleu électrique et rouge sang, fixaient Ill'. Pas un regard pour Zorill'. Tout pour l'incube, minuscule et insignifiant qui dansait dans la paume du seigneur des lieux. La preuve : au signe du monarque, Illéam'm obéis mécaniquement et s'avança vers le trône. Le fait que son père se situait aussi dans cette direction expliquait sa docilité.
Mais de ça, l'Ombre-Chevalier en avait à peine conscience. Il fixait l'homme qui se moquait de l'homme qu'il détestait. Il fixait l'homme qui sans l'ombre d'un doute était déterminant. Pour sa mort immédiate, avec l'aide d'un unique geste s'il le désirait, ou pour obtenir enfin son combat, sa vengeance. Au moment où son attention allait de nouveau être happée par sa haine envers son père, une phrase du monarque retentit :


« Avant de lancer ton défi, démon, tu dois savoir que tout guerrier est tenu de se présenter devant moi et de m’en demander la permission… »

Pas une menace, ni une demande. Un ton neutre. Mais qui n'appelle aucun refus.

* Entre dans la légende. Tous tes faits et gestes seront dans l'esprit des gens. Que le spectacle commence ! L'heure de la vengeance. Profite et donne ! Mère, pour toi, pour moi... Regarde et apprécie. *

Quelques pas supplémentaires. Démarche noble et digne, tel un félin sauvage, indomptable. Jeu de sa musculature lors de son avancé, d'un pas conquérant et majestueux. Main sur sa deuxième rapière, prouvant qu'elle n'est pas une décoration, mais bien une arme. Inclinant légèrement le buste, toujours la tête droite et fixant le monarque, Illéam'm se présenta :

« Je suis Illéam'm Nazed'd, l'Ombre-Chevalier. Je suis le démon qui tient la lame de la vengeance. Je suis le meurtrier de Zorill'. Mère m'en soit témoin, comme toutes les personnes présentes, son crime ne sera pas impuni. »

Un geste inconscient lui fit porter une main à sa poitrine. Poitrine que fixait aussi son père. Sa main se referma sur son collier. La chaleur s'en dégageant était toujours plus intense.

« Vous êtes surpris « père » ? Le grand guerrier que vous vous figurez être n'a pas su tuer un démon de vingt ans ? Même en lui plantant une épée en travers de la poitrine ? Vous auriez du me trancher la tête. Car aujourd'hui, je suis venu trancher la votre ! Et se souvenant des paroles de Markhal, il ajouta d'un ton arrogant : Avec votre permission seigneur ! »

Ill' savait ce qu'il en ferais de sa permission... S'il refusait qu'un de ses guerriers risque de mourir, il passerait outre et se jetterait sur son père. Même si ce geste serait son dernier. Zorill' ne s'en tirera pas.

C'était écrit !
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Markhal
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Dim 22 Aoû - 5:25

Un de ses sarcasmes avait fini par faire mouche. C’est qu’Ill’ se sentait dans une position de supériorité assez haute pour ne pas avoir été atteint par les remarques du roi. Jusqu’à ce que Markhal touche là où ça faisait mal. Sa fierté, comme celle du traître emprisonné, était ce point faible qu’ils avaient en commun. Un domaine très fragile où toute attaque pouvait la blesser, comme elle pouvait la renforcer et le conforter dans son arrogance. Il était dangereux de se frotter à l’orgueil de quelqu’un, mais cela semblait suicidaire une fois que des démons étaient concernés. Et ici-même, il y en avait deux représentants de la plus haute qualité. Kelrar ne comptait pas vraiment vu qu’il venait de se faire mettre hors course par Ill’ après sa soumission totale à la tentation qu’offrait le corps de l’incube. Si tous les démons avaient des besoins et des envies différentes, on pouvait considérer que Markhal et Ill’ en avaient des assez semblables pour ressentir l’envie de se mesurer pour rester le dernier sur le chemin. Que ce chemin soit pavé d’ambition ou de désir de reconnaissance n’avait pas d’importance, car il conduisait toujours vers un même but : un nom écrit dans la pierre de l’histoire.

« Tout le monde adore et acclame Robin qui vous a mis en prison. Sa clémence est connue de tous... Et tout le monde adore et acclame Leonis Ourha, qui a pour but principal de vous garder dans votre prison. Alors, il en est de même pour vos gardiens, vous pouvez l'imaginer ! »

Le roi ne retint pas son sourire. Mais Markhal était comme les animaux : son sourire ne marquait pas sa joie ou ne témoignait pas de son humour – inexistant chez le semi-démon quand cela ne concernait pas la destruction morale de son adversaire. Non, il indiquait au contraire que son taux d’agressivité montait d’un cran et qu’il était sur le point d’attaquer. Beaucoup de femmes avaient répondu à ce sourire avant de se rendre compte – généralement trop tard – que ce n’était pas sourire qu’il faisait : c’était montrer les dents, comme aurait fait un félin avant de sauter sur sa proie. Markhal se sentait suffisamment offensé pour montrer son mécontentement. Mais au moment où il s’en rendit compte, sa démonstration bestiale se mua en un sourire – véritable cette fois – mêlant la surprise à un doux mépris.

« Vraiment ? Je suis si heureux de bénéficier alors de la clémence de notre Empereur Bien-Aimé et de l’honneur de la présence de son Chef des Chevaliers... »

Clémence ?! Foutaises ! Le tuer aurait été clément. L'enfermer dans une prison et laisser son esprit s’étioler lentement était cruel. Markhal s’en voulait presque de ne jamais y avoir songé. N’importe quel homme, plus particulièrement un humain, aurait achevé le roi après la mort de son Gardien. Cela aurait été faire preuve de pitié et de compassion. Non. Robin n’avait pas voulu témoigner de sa bonté ce jour-là sur le champ de bataille. Dans son regard, Markhal avait vu la même lueur qui brillait dans les yeux du nouvel empereur : une envie viscérale de faire souffrir, de torturer jusqu’à plus soif l’origine de ses souffrances. Il l’avait reconnue pour l’avoir souvent vue dans son propre reflet à chaque fois qu’il songeait à Shirkhal. À la fin, son père n’avait même pas encore assez souffert pour que Markhal sente sa soif comblée. Quant à Robin, le métis se doutait bien que pour l’instant, le fait qu’il croupisse en prison en souffrant de toutes les fibres de son être après la mort d’Aram lui suffisait amplement. De ce côté-là, on pouvait le considérer bon. Ou faible. Cela dépendait du point de vue. Quant à Leonis… un jour, Markhal l’énerverait assez pour qu’il ose enfin faire l pas. Assister à la défection du Chef des Chevaliers si adorés sera pour le roi la plus douce des douceurs dans ce monde souterrain…

« Je suis tant honoré d’être l’instrument de leur gloire et de la tienne. Dommage qu’il n’y a que des restes après cinq ans… Mais je suis sûr que tu t’en contenteras. »

Ill’ était peut-être très bon dans les joutes, qu’elles soient oratoires ou physiques, mais Markhal avait grandi à la Cour Impériale. Il avait été la cible de tous ces nobles pendant toutes les années où il y avait vécu. Il n’était pas seulement bon. Il était excellent. Sans oublier l’entraînement quotidien qu’exerçait sa verve sur ses gardiens. Rendant coup pour coup, le roi visait sans aucun état d’âme les espoirs d’Ill’ qu’il avait entraperçu à travers son discours. La gloire. Quel petit mot pour une si grande chose. Ill’ aurait pu l’acquérir de tant de façons différentes, et pourtant c’était auprès de Markhal qu’il la recherchait. Certes, Markhal le possédait ce trésor si convoité par l’incube, mais il n’était pas sûr que ce soit de ce genre de gloire dont Ill’ rêvait. Il n’y avait pas beaucoup de gens qui aimeraient qu’on tremble à la simple énonciation de son nom, qu’on prenne un air outré lorsqu’on l’utilisait comme insulte, ou qu’on se pisse dessus de terreur si on menaçait d’être envoyé dans sa prison. Markhal, lui, adorait ça. Enfin, il l’adorerait s’il était au courant que c’était le cas. Seules les réactions de quelques visiteurs non-chevaliers devant lui témoignaient de cette étrange réputation dont il était la victime (ou le bénéficiaire ?)

Il fut étonné devant la réaction d’Illéam’m. Quoi ? Cela ne se faisait pas de converser sur des propos neutres ? Ah ! qu’il était bête, il avait presque failli oublier qu’il s’adressait à un de ses nouveaux bourreaux. Ça lui apprendrait à être poli avec les gens qui le détestaient ou qui profitaient de lui pour devenir célèbre… Markhal faisait le fier dans tête, mais son corps trahissait de l’envie pressante qui le taraudait d’avoir des informations sur le monde extérieur. Quelqu’un qui n’avait pas passé deux années sans sentir la caresse de l’air, sans toucher de ses doigts l’herbe soyeuse ou contempler la voûte céleste... Cette personne-là ne pouvait pas comprendre. Entendre les quelques remarques des gardes, c’était comme donner trois petites gouttes d’un vin précieux à un assoiffé. C’était cruel et cela rappelait à l’assoiffée la douloureuse soif dont il souffrait.

« Le soleil chauffe agréablement la peau. C'est un pur délice ! Une nouvelle mode à la cour consiste à arborer un teint halé, ce qui est plaisant ! Les femmes de la cour se font un plaisir de pouvoir se poser au soleil, plus ou moins vêtue suivant leur bonne moralité. Un régal ! »

Markhal stoppa, sa respiration soudainement retenue. Quand il s’en rendit compte, il la relâcha doucement. Quelle époque de l’année était-on ? L’été ? Le printemps ? En entendant les paroles de l’incube, il était presque capable de sentir la chaleur du soleil sur son visage. Perdu dans ses pensées, il imaginait les prostituées d’Aloïs sur leurs terrasses, habillées de leur pagne et s’éventant doucement, au rythme de la musique de la cithare. Markhal en avait joué pour elles à une époque, quand il n’était encore qu’un jeunot désirant oublier ses problèmes dans une étreinte éphémère. Il prétendait alors être borgne et cachait son œil rouge derrière un bandeau de cuir. Les dames du plaisir avaient toujours eu la discrétion de ne jamais lui poser plus de question. Leur discrétion était toujours récompensée par quelques pièces d’or en bonus.

Pourtant, penser à la beauté d’un teint hâlé ne fit que dériver ses pensées vers la beauté lunaire de sa conseillère. Lilou avait toujours porté un teint d’un blanc nacré, comme une perle pure. Il se demandait si elle aussi avait suivi la mode impériale. Il ne parvenait pas à l’imaginer légèrement bronzée. Dans son esprit, l’image de la femme restait la même, de sa beauté claire et limpide, sauvage et fragile. Non, Lilou n’aurait jamais permis que sa peau parfaite ne soit ternie par une mode ridicule, même par déguisement. L’imaginer parmi les femmes de la cour, un diamant au milieu de la boue, fit sourire le roi. Et pour la première fois, son sourire fut incroyablement tendre et sincère.

Sans comprendre pourquoi, sa nostalgie poussa sa conscience encore plus loin. Les yeux légèrement dans le vague, Markhal sentait son esprit dériver sans pouvoir l’empêcher de le faire. Il sentait qu’une crise allait bientôt arriver. Mais il n’avait aucun moyen de la stopper. Il se trouva quelques instants plus tard appuyé contre le mur gauche de sa cellule, le regard stupidement perdu dans ses souvenirs, même si on pouvait y déceler toute la frustration que son état pouvait lui procurer.

« Aram aussi aimait beaucoup le soleil. Il avait les plumes qui devenaient dorées à la lumière… Tu sais, il n’arrêtait pas de s’en vanter et disait que je ressemblais à de la cire à cause de mon teint blafard… »

Mais tais-toi, tais-toi, tais-toi ! Ferme-la, pauvre abruti. Markhal savait qu’il se donnait en spectacle, mais une fois qu’une crise survenait, difficile de l’arrêter de son propre chef. Généralement, elle prenait fin d’elle-même. Markhal n’arrêtait pas de se frotter avec les ongles, sans s’en rendre compte, la cicatrice sur son cœur. Et plus il parlait, plus ses ongles s’enfonçaient, plus la marque en forme de griffon se dessinait. Il commença à saigner. Pourtant, continuant de déblatérer des propos sans aucun sens, mais où le nom d’Aram revenait souvent, il se détourna et débuta une espèce de promenade dans sa cellule. Il avait envie de se cogner la tête contre le mur, mais la douleur devenait de plus en plus forte et ne semblait s’évacuer qu’avec les paroles qui continuaient de sortir sans dans un flot qu'il ne parvenait pas à endiguer.

« Pauvre fou » murmura Dän, compatissant. Markhal n’en avait rien à foutre de sa pitié. Il ne voulait pas de la pitié de quelqu’un qui ne pouvait pas comprendre. Comprendre ce que ça faisait de perdre une partie de son âme. Une partie de ce qui faisait de soi-même un tout.
« Quel malade mental, oui ! » laissa exploser Kelrar qui aurait mieux fait de se faire oublier. Sa voix était encore enrouée à cause des derniers événements. Bien fait.

Aram avait toujours été à ses côtés. Ces démons et elfes ne pouvaient même pas effleurer l’idée du lien qui existait entre un Humain et son Gardien. La survie de Markhal relevait du miracle. Ou de la malédiction. Une partie de lui se demandait ce que Illéam’m pensait de cette situation. Après tout, il l’avait connu au faîte de sa gloire, bien avant que tout ça n’arrive. À l’époque Aram était vivant.

A cette époque, il était encore entier.


**Dix ans plus tôt**

La rage. Quel moteur magique pour toute vengeance ! Markhal en était la preuve vivante. C’était sa rage qui l’avait conduit à survivre dans les terres de Soras. C’était la rage qui l’avait conduit à survivre à l’entraînement du dragon. Et c’était sa rage qui le conduisait aujourd’hui devant les pires rebus de Krynn pour obtenir ce qu’il voulait : l’empire. Son Empire. Le droit qui lui avait été refusé. Tout cela à cause d’un œil rouge, d’un peu trop de magie qui coulait dans ses veines, d’un peu trop de convoitise qui brillait dans ses yeux. Il connaissait le dangereux pouvoir d’une haine si décuplée qu’elle s’emparait des membres, mais aussi des esprits. Il le connaissait et pourtant, il s’en moquait. Ici, il était le maître des lieux. Si l’incube désirait voir sa rage être libéré, il devrait d’abord passer par le monarque.

Le démon avait obéi à son geste et avança vers lui. Markhal ne sentit pas le besoin de se tourner vers Lilou pour qu’elle remarque ce qu’il pouvait voir à cet instant. La puissance. Une puissance travaillée, contenue dans le corps de cet être qui traversait une salle remplie de personnes qui pourraient se jeter sur lui pour le déchiqueter en morceaux mais qui ne montrait aucune crainte face à cette éventualité. Le roi frémit imperceptiblement quand l’inconnu posa sa main sur la deuxième arme qu’il portait à sa hanche. Un ambidextre. Voilà qui était grandement intéressant. D’un simple pas, cet homme venait d’en dire plus sur lui qu’aucune parole. Il était confiant, souple et sa posture ne laissait aucun doute sur son talent… L’intérêt du roi fut soudainement émoustillé à propos du personnage et non plus seulement de ce qu’il pouvait apporter à la leçon de Zorill’.

« Je suis Illéam'm Nazed'd, l'Ombre-Chevalier. Je suis le démon qui tient la lame de la vengeance. Je suis le meurtrier de Zorill'. Mère m'en soit témoin, comme toutes les personnes présentes, son crime ne sera pas impuni. »

Markhal resta silencieux, mais son esprit marcha à du cent à l’heure. Apparemment, l’homme était le meurtrier de la mère du démon ici présent. Sans comprendre pourquoi, Markhal se rappela de sa propre mère. Si belle… Assez puissante pour attirer l’attention d’un Empereur et devenir sa maîtresse dans le plus grand secret. Assez stupide pour en tomber amoureuse. Assez forte pour échapper aux assassins qu’il avait envoyés à ses trousses. Assez femme pour élever un fils dont elle n’avait pas voulu… et assez mère pour finir par l’aimer. Elle avait terminé par succomber à l’amour qui l’avait dévoré des années plus tôt : on l’avait retrouvée dans sa maison, pendue. L’enquête avait évidemment conclu à un suicide. Quand on avait interdit à Markhal de voir le corps, puis d’assister à la cérémonie de jet dans la lave, il avait compris. Les yeux de son père étaient beaucoup plus expressifs que celui-ci aurait voulu le croire… Sa main se serra légèrement sur la poignée de son trône. Mais sa réaction passa inaperçue derrière celle de Zorill’, abasourdi devant l’apparition.

« Vous êtes surpris « père » ? Le grand guerrier que vous vous figurez être n'a pas su tuer un démon de vingt ans ? Même en lui plantant une épée en travers de la poitrine ? Vous auriez du me trancher la tête. Car aujourd'hui, je suis venu trancher la vôtre !... Avec votre permission seigneur ! »

Un court silence suivit sa déclaration. Il fut interrompu par ce qui ressemblait à un rire. Aram, le griffon, semblait avoir éclaté de rire. Mais ce rire résonnait étrangement dans la salle. Il n’était pas moqueur, même si l’arrogance en transpirait, mais au contraire réjoui. Car il savait ce que pensait son alter-ego. Si Markhal n’en montrait rien, sa décision avait déjà été prise dès l’instant où le mot « mère » avait été prononcé. Et cela amusait grandement le griffon qui attendait de voir ce qui allait se produire.

« Alors Zorill’ ? Qu’attends-tu pour répondre au défi de ton fils ? »
« Mais, seigneur– »
« Tu me contredis ? »
Le ton de la voix de Markhal était resté froid, mais la menace s’y lisait facilement. Le démon tressaillit, mais c’était plus de la colère que de la peur. Zorill’ n’était pas un couard, mais il n’avait pas l’habitude d’obéir à quelqu’un. Cela allait lui coûter la vie, un jour… Il se leva pour s’incliner et alors qu’il se dirigeait vers son fils, Markhal sourit à celui-ci.
« Avec ma permission, Illéam’m Nazed’d, Ombre-Chevalier… Que ta vengeance s’accomplisse ou que tu meurs en essayant. La mort ou la gloire. »

Comme si ces paroles étaient un signal, les tables s’écartèrent pour laisser une aire de combat se dessiner dans la salle des banquets. L’instant d’après, les deux adversaires se faisaient face, chacun à l’extrémité de l’arène improvisée. D’habitude, les duels se déroulaient dans la salle d’entraînement et on laissait deux heures aux combattants pour se préparer. Mais Markhal ne voyait pas ici la nécessité de ces fadaises. Les deux hommes ne supporteraient pas l’attente. Le roi craignait qu’ils ne décident de s’étriper en son absence. Et il serait désappointé s’il manquait l’affrontement. Devant la solennité du moment, il garda le silence, laissant sa présence écrasante parler pour lui.

Que la bataille entre le père et le fils commence. Que le sang coule et que vengeance soit faite.

La mort ou la gloire.

________________________________

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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Mer 25 Aoû - 18:29

Suite à l'évocation de Robin et de son Chef des Chevaliers, Ill' eut froid dans le dos. De toutes les réactions du roi, ce fut elle qui le pétrifia au plus haut point. Il venait de sourire. Ill' n'aurait jamais pu se méprendre sur la signification de ce sourire. D'instinct, une sueur froide avait descendu le long de son dos, ses poils s'étaient hérissés et il avait inconsciemment resserré sa main autour de la poignet de sa rapière. Comme si le temps venait de s'arrêter, l'Ombre-chevalier cessa même de respirer. Puis doucement, pour éviter de se faire remarquer, il déglutit péniblement. Sa musculature fine était tendue au possible. Ill' se traita mentalement de tous les noms. Il venait de montrer sa peur devant une réaction sauvage d'un homme enfermé et affamé. Même si le Roi décidait de le tuer dans la seconde, tant que Ill' restait hors de portée, rien n'arriverait ! Alors, le chevalier pris une décision : ne jamais relâcher son attention. Et au grand jamais se trouver à moins d'une longueur de bras de l'ancien monarque. Sa vie en dépendait... Cependant, pendant qu'il prenait cette excellente résolution, la sensation de bestialité se dissipa rapidement, pour laisser place à un sourire plus moqueur.

« Vraiment ? Je suis si heureux de bénéficier alors de la clémence de notre Empereur Bien-Aimé et de l’honneur de la présence de son Chef des Chevaliers... Je suis tant honoré d’être l’instrument de leur gloire et de la tienne. Dommage qu’il n’y a que des restes après cinq ans… Mais je suis sûr que tu t’en contenteras.»

Cette phrase le laissa dubitatif... Le roi n'était vraiment pas diminué. Ou plutôt, il ne correspondait pas à l'image qu'Ill' se faisait d'un homme diminué. Il fallait bien regarder la peur qu'il provoquait encore rien que sa présence et ses réactions primaires. Ou encore la tension qui régnait dans la pièce depuis son arrivé. L'ancien monarque n'était plus au sommet de son existence, comme lorsqu'il dirigeait Soras, mais beaucoup aurait envié l'état physique dans lequel il se trouvait. Malgré le peu de nourriture que ses tortionnaires voulaient bien lui donner, il gardait sa musculature fine et nerveuse. Le manque de soleil aurait plongé plus d'une personne en dépression, mais si Ill' devait utiliser un mot pour décrire l'état du monarque, ce ne serait certainement pas celui de dépressif... Lequel utiliserait il d'ailleurs ? Rancunier ? Comment pourrait il ne pas l'être.... Grandiloquent ? Ça il l'avait toujours été... Mais il ne pourrait certainement pas utiliser le mot diminué ou dépressif !

Mais il est sûre que le monarque n'était plus le même qu'il y a dix ans.... Vraiment différent. Mais dans cette prison, Ill' ne pouvait se résoudre à se dire qu'il contemplait les « restes » du dirigeant de Soras...

** Dix ans plut tôt**

Après sa présentation face au seigneur des lieux, et la demande officielle de défier son père, un son étrange attira l'attention d'Ill'. Il provenait du majestueux Griffon, installé à côté du trône de Markhal. Un rire. Bestial, arrogant, mais tout de même un rire. Ce rire provoqua dans la salle un frisson de la part de beaucoup de soldats. Si Ill' n'avait pas été aussi concentré et déterminé, cette manifestation du gardien l'aurait certainement glacé. Tous ces muscles, déjà tendus, prêt à agir en fonction de la réponse du monarque, semblèrent capable de se tendre d'avantage... À en être douloureux.


« Alors Zorill’ ? Qu’attends-tu pour répondre au défi de ton fils ? »

Un rictus apparut sur le visage fin de Ill'. Cette phrase. Elle ressemblait à une promesse ! Par cette question, le chevalier avait maintenant la certitude que son combat allait lui être accordé ! Cependant, il ne supporta pas le fait qu'on fasse référence à lui en tant que fils de Zorill'. S'il ne pouvait nier son ascendance, ce n'était pas une raison pour lui de l'apprécier pour autant !

« Mais, seigneur– »

Le démon semblait ne pas comprendre ce qui lui arrivait. Son fils, qu'il croyait avoir tué de ses propres mains, revenait plein de haine pour prendre sa revanche. Le démon se revoyait encore, avec une jouissance rare, tuer Lacéam'm dans un geste de rage. La succube n'avait pourtant rien fait de particulier... Elle s'était juste trouver au mauvais endroit, au mauvais moment... Et d'un geste, il lui avait brisé la nuque avant de se défouler de ses poings sur le corps sans vie de sa « compagne ». Une pensée nostalgique le traversa... À de nombreuses reprises, il avait regretté son geste. Il aurait aimé la faire souffrir avant de la tuer... Mais ne pouvant revenir en arrière, il n'en avait gardé qu'un tas de sensations agréables... Les os craquant sous ses coups, la chair molle devenir de plus en plus froide...
C'était pendant ce moment de sauvagerie intense que l'incube qu'il avait engendré s'était jeté sur lui, avec une lame. Le gamin l'avait fait rire ! Zorill' ne lui avait jamais laissé toucher une épée. Pourtant, il fit quand même attention pendant le pseudo combat qu'ils avaient livré. Car la rage dans laquelle s'était trouvé son fils avait décuplé ses maigres forces et surtout l'avait rendu peu sensible à la douleur. Zorill' avait d'ailleurs reçu des coups, dont un au visage qui lui avait laissé une cicatrice encore visible aujourd'hui. Puis las de ce combat, le démon avait planté son épée dans le coeur du jeune incube. Il se rappela avec délectation la sensation de sa lame s'enfonçant dans la chair, râpant l'os, le brisant à la sortie. Mais aussi il remémora l'odeur âcre du sang, les gouttes délicieusement chaude qui avait jailli de la blessure pour éclabousser son propre visage. Puis la sensation dure de sa garde frappant le torse, enfonçant les côtes... Et il se souvint aussi du visage de son fils, mélange de douleur, de stupeur, de rage et de désespoir.... De si belles expressions, qui lorsqu'elles sont réunies sur un même visage sont dignes du plus beau tableau de maître ou des plus belles couleurs d'un couché de soleil sur la mer...
Et il l'avait laissé comme ça. Il avait rit, le regardant se vider de son sang, alors que brûlait encore dans ses yeux des flammes de rage. Le jeune incube avait essayé de bouger. Une de ses mains était toujours fermement refermée sur la poignée de sa lame, l'autre avait agrippé le sol, à la recherche d'une quelconque aspérité qui aurait put le faire avancer vers son père. Zorill' avait écouté avec ravissement le son rauque et sifflant de sa respiration, mais aussi tout les sons rudes et rocailleux de son fils, attestant de sa douleur intense. Il n'avait pas cherché à récupérer sa rapière. Il s'était seulement moqué en déclarant : « Que ton fantôme revienne me tuer avec cette lame, si tu le peux... Je tuerais à nouveau cet ectoplasme avec plaisir ! ».
Maintenant, cette phrase avait un autre sens... Cette phrase avait forgé l'esprit de son fils. Esprit plein de haine, de rancoeur, d'envie de vengeance et de détermination.


« Tu me contredis ? »

Illéam'm vit avec régal le tressaillement de son père. Un sourire carnassier apparut sur son visage fin. Son père avait trouvé un maître devant lequel il ne pouvait que se courber et obéir ! Qu'il en soit ainsi !

« Avec ma permission, Illéam’m Nazed’d, Ombre-Chevalier… Que ta vengeance s’accomplisse ou que tu meurs en essayant. La mort ou la gloire. »

Ces mots résonnèrent dans la tête d'Ill'... La mort ou la gloire... Il fit rouler les mots, appréciant grandement leur sonorité, leur association et surtout leur signification ! La mort ou la gloire... De bien petits mots, mais qui avaient une force bien plus grande ! Celle de la vengeance. La fin d'une vie humaine d'errance. La Vengeance. La Haine. Le Désespoir... Tout cela prendrait fin avec ce combat. La mort ou la gloire... S'il perd, il mourra, et tous les sentiments qui l'habitent s'éteindront avec lui. S'il gagne, la gloire sera sienne ! Il pourra prendre la tête de son père, le privant ainsi des rituels sacrés offerts aux morts afin qu'ils reposent en paix. Jamais son corps ne retournera dans la lave qui fit de lui un homme. Ça Illéam'm s'en fit la promesse ! Car Zorill' ne méritait pas de mourir serein.
Pendant que les hommes dégageaient une place pour le combat, Illéam'm resta debout, fixant de ses magnifiques yeux rouges sang son père. Il laissa son esprit vagabonder. Il revécut le jour de sa « mort », puis sa renaissance dans le puit de lave. La douleur et la brûlure qu'il avait ressenti s'imposa à lui de nouveau. Il se remémora les heures qui avaient suivies. Il avait extrait son corps faible de la lave, puis s'était traîné jusqu'au corps de sa mère. Lacéam'm, qui avait été d'une grande beauté, était méconnaissable. Zorill', non content de la tuer, l'avait tabassé. Le visage fin et délicieusement sensuel de sa mère, dont il avait hérité, était tuméfié, brisé, sous les trop nombreux coups portés. Et Illéam'm avait pleuré devant ce spectacle. Il avait hurlé son désespoir et son chagrin. Le chevalier se souvenait que des charognards étaient venu, mais qu'ils avaient fuit devant la bête qu'il était devenu. Sa détresse le submergeait. Tout son monde venait de partir en fumée avec le meurtre de sa précieuse mère. Il lui avait fallu de nombreux jours avant que son chagrin se mue en rage incontrôlable, que sa douleur se transforme en une volonté inébranlable. Il avait rendu le corps de sa mère à la lave, s'était relevé, et avait récupéré l'épée de son père... Ainsi avait commencé ses années d'errance...

Les souvenirs, loin de l'avoir replongé dans le chagrin, avaient renforcé sa determination et poussé sa fureur jusqu'à son paroxisme. Il s'était placé d'un côté de l'espace maintenant dégagé, et faisait face à son père. Sa cape gisait par terre, pour lui permettre la plus grande liberté de mouvement. Toutes les tensions qui l'assaillaient tout à l'heure s'était dissipées. Ses muscles s'étaient détendus, le mettant dans les meilleures conditions possibles pour se battre. Il avait dégainé sa deuxième rapière. Ses yeux experts se posèrent sur celle qui avait jadis appartenu à son père. Sa lame brillait d'un éclat splendide. Son tranchant était impeccable, et malgré l'âge, aucune rayure ne la souillait grâce à l'attention constante que portait Ill' à cette épée pleine de signification.

Il était prêt. Comme son père, il semblait attendre un signe pour se jeter dans la bataille. Qui n'aura que deux alternatives...

La mort ou la gloire.

**Présent...**

Faire saliver le Roi.
Il ne pensait pas qu'une si petite phrase, concernant le sujet le plus anodin abordé depuis le début de la conversation, aurait un effet aussi dévastateur sur l'ancien souverain ! Car même si ses phrases avaient atteint son but initial, Ill' les avait lancées sans grande conviction quant au résultat !

Illéam'm observa les faits et gestes du Fléau de Krynn. Il avait d'abord sourit, sans doute grâce à un doux souvenir. Son visage en un instant était devenu calme et serein, sans aucun faux-semblant. Même ses yeux, qui durant toute leur joute verbale étaient restés froids et calculateurs, étaient à présent gagnés par la douce mélancolie qui semblait envahir l'esprit de Markhal.
L'ancien souverain s'était levé, l'esprit manifestement ailleurs, et était venu s'appuyer contre le mur de sa cellule. Ill' put voir ses mains griffer le mur, semblant vouloir s'ancrer à ce mur qui faisait parti du présent... Présent qu'il quittait à sa plus grande frustration manifestement...
Une phrase, presque un murmure parvint aux oreilles d'Illéam'm


« Aram aussi aimait beaucoup le soleil. Il avait les plumes qui devenaient dorées à la lumière… Tu sais, il n’arrêtait pas de s’en vanter et disait que je ressemblais à de la cire à cause de mon teint blafard… »

Ill' fixa le métis. Il plongeait vraisemblablement dans un délire profond. Toujours appuyé contre le mur, le balai de ses mains continuait. Mais si l'une d'entre elle frottait avec beaucoup de conviction le mur, la deuxième s'était frayée un chemin à l'intérieur de la chemise de Markhal, grattant son torse jusqu'au sang. D'un mouvement, le souverain se détourna du mur et commença à tourner en rond dans sa cage. Il débitait de nombreuses phrases qui n'avaient aucun rapport entre elles, sauf la présence d'Aram dans chacune d'elles.

* Un lion en cage... Les restes d'un homme...*

Car maintenant, la phrase de Markhal prenait tout son sens ! Le démon ne pouvait pas l'imaginer de lui-même mais sans son gardien, le métis face à lui n'était plus entier... Certes, il n'était pas diminué physiquement, ni même mentalement... C'était son âme que l'on avait scindé en deux. Et le souverain n'était qu'une partie, contraint de vivre sans sa moitié... Il ne pouvait pas mesurer tous les enjeux de ces deux vies liées à jamais, mais les déambulations du seigneur de Soras le poussait à imaginer à quel point sa souffrance devait le ronger jour après jour...

« Pauvre fou...
« Quel malade mental, oui ! »

Ill' préféra garder le silence. Il se dirigea vers l'entrée, passant entre les deux chevaliers et le magicien. Il avait repéré à son arrivé un recoin avant la salle du prisonnier d'où montait une agréable odeur de pain et de vin. Il s'en approcha, attrapa le broc d'eau et but à même la cruche. Quand il ne resta plus que quelques gorgées, il retourna dans la salle avec le broc. Ses camarades levèrent vers lui un sourcil d'étonnement, d'incompréhension et même de crainte. Ill' passa devant eux sans leur accorder un regard. Il s'approcha des barreaux, s'arrêtant tout de même à bonne distance au cas ou le traître simulerait. Il attendit un moment, essayant de capter le regard de l'ancien Roi. Quand il fut certain d'avoir attirer son attention, Ill' lui jeta le reste d'eau à la figure...

« Je connais beaucoup de chose pour oublier les souffrances du coeur. La drogue, les femmes et la boisson sont les manières les plus douces. Malheureusement, elles vous sont toutes prohibées. J'en connais d'autres... La douleur.... »

Jamais il ne ferais de meilleur proposition au Roi. Un élan d'empathie s'était emparé du jeune incube. Mais le monarque allait-il le voir de la même manière ?
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Markhal
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Ven 27 Aoû - 13:44

**Dix ans plus tôt**
Markhal était envieux. Il regardait l’incube avec des yeux jaloux, mais également respectueux. Il aurait lui aussi voulu un duel entre son père et lui. Il aurait voulu que l’enfoiré le regarde, qu’il lève son épée vers lui et que leurs lames se rencontrent vers une fin sanglante. Shirkhal n’avait parlé à son fils que deux fois dans toute son existence. Le reste du temps, quand il voulait lui poser une question, il ne le regardait pas et s’adressait à la foule, en général. C’était le plus souvent un des nobles qui méprisaient Markhal qui répondaient. Le roi n’avait même pas souvenir que son père et se soient jamais regardés dans les yeux plus de dix secondes. Souvent, il se demandait ce que l’Empereur voyait en lui. Peut-être les yeux vairons de son fils lui faisaient honte et lui rappelaient les délicieux péchés commis avec sa succube de mère. Peut-être ne ressentait-il que du dégoût pour cet avorton faiblard qu’il était, puis l’adolescent solitaire qui mettait mal à l’aise tout le monde, et enfin l’adulte silencieux qui transpirait le danger et la luxure par tous les pores de sa peau. Markhal passait beaucoup de temps à regarder son père. N’était-ce parfois que pour retrouver ses propres traits, se rappeler que ce n’était pas un cauchemar, qu’il était bien le bâtard de l’Empereur, et qu’il ne s’échapperait pas de cette réalité où il était obligé de survivre. À vrai dire, la seule fois où son père l’avait fixé longtemps, l’étincelle de vie qui y brillait s’éteignit un peu plus tard. Ironie des ironies, Shirkhal l’avait regardé avec des prunelles devenues aussi rouges que celle qu’il détestait tant chez son fils. « Bonne nuit » lui avait-il souhaité. Mais au fond de lui, il savait qu’il avait souhaité que cette nuit ne soit peuplée que de cauchemars, cauchemars auxquels il n’échapperait pas. Tout comme avait été la vie de Markhal dans sa Cour.

Markhal regarda les préparatifs dans la salle, puis se concentra sur les deux assaillants. Il connaissait le style de Zorill’ pour l’avoir vu se battre plusieurs fois, que ce soient dans l’arène, la salle d’entraînement, ou même lors d’une de ces escarmouches contre Elendil. C’était un combattant hors pair. Brutal, mais subtil dans ses attaques. Sournois, même. Ce n’était pas le genre de personnes que l’on aimerait avoir derrière soi lors d’une bataille. Néanmoins, il serait parfait en première ligne. S’il survivait à son fils. Markhal réfléchit un instant à la possibilité de victoire d’Illéam’m. C’était une option tout à fait envisageable. Même s’il ne l’avait pas vu manier son épée, son corps parlait pour lui. Sa démarche létale et silencieuse avait été un bien meilleur indicateur que n’importe quelle bataille. Le démon était tout aussi bon que son père. Meilleur ? On le verrait bientôt.

Zorill’ tira une épée. Une rapière, nota Markhal. Étrangement semblable à l’une des deux d’Illéam’m. Markhal frémit d’excitation. Non seulement il allait assister à un combat familial, mais les épées étaient elles-mêmes jumelles ! Le résultat de ce combat serait donc basé sur la technique, car la qualité de leurs armes respectives ne rentrerait pas en compte. Il avait hâte. Krynn ! il avait vraiment hâte de découvrir qui des deux allait gagner. Qui des deux allait survivre. Qui des deux le servirait à Soras. Dans les deux cas, il était gagnant. Le plus faible éliminé, il ne lui resterait plus qu’à s’assurer de la loyauté de celui qui resterait. Lorsque le corps d’Illéam’m se détendit, prêt à l’affrontement, le roi se pencha légèrement en avant, puis se remit droit dans son trône, se composant la figure la plus impassible possible. Ainsi, Ill’ avait laissé sa rage de côté. Il avait raison, la rage, si elle permettait de survivre, était mauvaise conseillère dans un combat. Elle poussait à la stupidité et l’imprudence. Zorill’, de son coté, n’avait pas l’air d’avoir compris cet état de fait. Son corps était encore tendu par la frustration d’avoir dû obéir au semi-humain, et les yeux qu’il posait sur son fils était sans équivoque : cette fois, il s’assurerait de sa mort. Dommage que l’effet de ses yeux soient gâchés par la colère qui y brillait et non la détermination glacée qu’on aurait dû y voir. Mais tout le monde n’était pas aussi doué que Markhal pour ce genre de chose. Tout le monde n’était pas aussi doué que Ill’…

Ils se faisaient face. Le silence avait suivi le bruit des raclements de table. Tout le monde retenait sa respiration. Tout le monde attendait qu’il fasse un signe. Markhal déposa sa main dans les plumes d’Aram, glissant sa paume sur les ailes de sa moitié. Il faisait monter la tension, jouait sur les nerfs des deux adversaires. Quand il jugea que son public était sur le point de craquer, Markhal arracha soudainement une plume du Gardien. Celui-ci poussa un cri de douleur et de surprise, tout cela résonnant dans la salle comme le son d’une mise à mort. Quand Aram se tourna vers lui pour essayer de lui déchirer la main du bec, quitte à lui-même souffrir en même temps que son âme-sœur, Markhal éclata de rire. Un rire démoniaque et funeste qui ne promettait rien de bon pour le survivant, quelqu’il soit.

« Arrête Aram, j’aimerais regarder le spectacle… »

Cela ressemblait à une boutade, le rire encore coincé dans sa gorge. Certaines personnes le regardèrent, effarés qu’il s’amuse et plaisante à un instant si grave pour les deux combattants qui venaient juste de commencer. Ses yeux se fixèrent d’ailleurs sur les deux hommes, les deux générations qui se battaient à quelques pas de lui pour la vie, la mort et la vengeance. Et si son Gardien claqua du bec dans un signe de mépris et de promesse de revanche, il se tourna également pour observer l’affrontement. L’un vaincrait et l’autre mourrait. Ainsi était la règle. Ainsi était conduit Soras. Mais même si la pitié avait été permise, Markhal savait pertinemment qu’aucun des deux démons ne se seraient laissés. À la fin il n’en resterait qu’un.

Les minutes suivantes allaient leur dire qui.

**Présent**

Aram… Aram… Aram… Que ce nom le torturait ! Que ce vide lui faisait mal ! La souffrance, il voulait l’ignorer, la faire partir, mais rien ne marchait. Il avait beau gratté de toutes ses forces sur sa poitrine, sur son cœur où la douleur était plus aigüe au fur et à mesure des minutes, rien ne fonctionnait. Sans oublier l’ignoble logorrhée qui s’échappait de ses lèvres, se répétant par écho dans sa tête douloureuse où les pensées étaient devenues confuses et embrouillées. Les souvenirs se confondaient. Hier était devenu aujourd’hui. Tantôt au passé, tantôt au présent, il parlait à tort et à travers, de tout et de rien. Lui-même ne comprenait pas toujours ce qu’il disait, même si sur le moment ses paroles étaient tout ce qu’il y avait de plus clair à son esprit. C’était embarrassant. Il se sentait honteux de se comporter ainsi, même s’il savait que ce n’était pas sa faute. La frustration l’étouffait et il sentait sa gorge devenir sèche et enrouée. Après tout, le roi n’avait pas l’habitude de parler autant…

À l’instant où il formula cette pensée, il remarqua qu’Illéam’m était près de sa cellule, le fixant d’un air insistant. Un instant, le semi-démon le regarda, continuant son monologue sans queue ni tête, mais s’adressant maintenant à Ill’, ajoutant dans son discours des anecdotes sur les démons, sur les succubes, sur les incubes, tout ce qui lui passait par la tête à chaque fois que ses origines étaient citées devant lui. C’est-à-dire un tas de choses. Si Aram était cité dans chacune de ses phrases, cela n’était que pour rendre son discours encore plus incompréhensible. Pourtant, pour une oreille plus attentive, ce qu’il racontait n’était que le reflet de la fierté qu’il retirait d’être issu de deux peuples, mais de l’humiliation qu’il subissait à chaque fois que quelqu’un la méprisait. Pour lui, être métis n’était pas une faiblesse ou une erreur : c’était la particularité qui faisait de lui un être unique.

Soudain, son discours fut enfin interrompu. Aspergé d’eau, Markhal réussit à reprendre ses esprits. Du moins en partie. Il assembla quelques-uns des morceaux épars de son esprit pour contenir son discours incohérent un moment, essayant désespérément de contrôler à la fois la douleur de son âme et la folie de son esprit. L’incube, une cruche d’eau dans la main – vide à présent, attendait qu’il soit plus ou moins là, avec lui, pour finalement prendre la parole, voulant toucher la conscience du roi. Le roi qu’il avait connu. Le roi qui était encore, mais qui n’était plus à la fois.

« Je connais beaucoup de chose pour oublier les souffrances du cœur. La drogue, les femmes et la boisson sont les manières les plus douces. Malheureusement, elles vous sont toutes prohibées. J'en connais d'autres... La douleur.... »

L’éclair qui passa dans le regard du semi-humain ne laissait aucun doute : il savait de quoi le démon parlait. Sans le vouloir, son regard se porta derrière l’épaule d’Ill’ pour se poser sur Kelrar qui le regardait lui aussi, mais sans la même lueur dans les pupilles. Markhal savait que l’incube voulait l’aider. Quelque part, le démon voulait résoudre son problème par le seul moyen qui était permis au roi dans cette prison souterraine où tout lui était interdit. Mais Markhal ne voulait pas de son aide. Il ne la voulait pas de quelqu’un qui le ferait souffrir en sachant que cela le soulageait pour un temps de son autre souffrance intérieure. Kelrar, lui, le faisait souffrir parce qu’il aimait ça. Le traître le laissait faire parce qu’il en avait besoin. C’était une relation où les deux partis étaient satisfaits de ce qu’ils donnaient et recevaient, malsaine dans son équilibre. Si c’était Ill’ qui le lui faisait, l’incube le ferait en sachant qu’il aidait le roi. Rien que cette pensée était une trahison en soi. Heureusement pour l’incube, Markhal semblait avoir été le seul à comprendre la proposition qui venait de lui être faite. Et il s’assura qu’il soit le seul.

Se positionnant face à un des murs de sa prison, Markhal savait ce qu’il avait à faire. Rejetant sa tête en arrière, ses cheveux noirs dégageant son visage et ses yeux devenus brillants à cause des larmes qui menaçaient de couler, Markhal prit sa respiration avant de se lancer en avant. Quand son front rencontra les briques, un craquement se fit entendre. Immédiatement, l’esprit de Markhal s’accrocha à cette souffrance, assez intense pour lui faire oublier le reste, beaucoup plus facile à gérer. Tout se passait très vite. Rejetant à nouveau sa tête en arrière, il recommença encore et encore, se concentrant sur son front qui lui brûlait tant il avait mal. Markhal était beau dans sa folie, magnifique dans sa souffrance. Un animal qui refusait de se laisser attraper par ses démons, qui se mutilait pour conserver le peu de fierté qu’il avait en lui, qui repoussait l’aide des autres par peur de croire en ce qu’on voulait lui offrir. Soudain, la douleur fut trop forte. Il s’en rendit compte quand son visage fut couvert de son sang et que sa vue se brouillait pour devenir de plus en plus noir. Il se retourna, se plaqua contre le mur pour rester debout, mais ses jambes n’avaient plus suffisamment de volonté et de force pour le soutenir. Se laissant lentement glisser, il regarda vers le plafond, s’imaginant qu’à la place se trouvait le ciel.

« Tu voulais que je souffre, démon ? Voilà chose faite ! »
*Pas besoin d’aide… Pas besoin d’autres bourreaux… Pas besoin d’un autre traître dans cette prison, Illéam’m Nazed’d*


Markhal planta ses yeux dans ceux d’Ill’. La compassion n’avait pas de place ici. L’empathie n’avait pas de place ici. La pitié n’avait pas de place ici. Les souterrains n’accueillaient que les ténèbres des cœurs des hommes. Markhal n’acceptait que ceux-ci. Devant la lumière, il avait peur de fondre en larmes de reconnaissance. Heureusement qu’il avait abandonné depuis longtemps l’espoir d’en ressentir. Avait-il aidé Ill' ? Rien n'était moins sûr... Peut-être éprouvait-il le besoin de l'empêcher d'être compris par un autre être. peut-être éprouvait-il le besoin d'éloigner quiconque qui pourrait devenir proche de lui... Quand il sombra dans l’inconscience, il ne s’en rendit même pas compte. Pour lui, qu’il soit endormi ou éveillé, c’était toujours un cauchemar.


La salle était comble. Les gens s’étaient tournés vers eux et souriaient à la jeune fille qu’il tenait à son bras. Markhal lui sourit quand elle le regarda avec la peur se lisant dans les yeux. Lui tapotant la main dans un geste qui se voulait rassurant, il la sentit se détendre immédiatement. La musique se mit en route. Lentement, ils avancèrent à travers l’allée. Pas à pas, ils progressaient lentement, mais cela ne dérangeait pas leur public qui ne semblait avoir d'yeux que pour le couple. Ils étaient beaux à couper le souffle. Leurs habits avaient été confectionnés par les couturiers Impériaux. Leurs tenues brillaient par leur simplicité, décorées d’un unique diamant dont ils possédaient chaque le jumeau. Il reporta de nouveau son regard sur la femme, ignorant le protocole qui exigeait qu’il regarde devant lui. Son cœur menaçait d’éclater d’amour et de passion. Il l’aimait. Oui, il l’adorait. Mienne, pensa-t-il. Quand elle lui jeta un coup d’œil amusé, il ne put que laisser un sourire déconfit lui maquiller les lèvres. Krynn, qu’elle était belle…

Finalement, ils arrivèrent à l’autel. Les nobles réunis murmurèrent quand il approcha du couple. Le sourire de joie de Markhal se mua en un visage froid et impassible. Il inclina la tête face à lui. L’homme lui rendit son salut et prit la main de la femme. Markhal croisa le regard de celle qu’il aimait, qu’on venait de lui voler à l’instant à jamais. Il recula de deux pas, ne la quittant pas du regard comme elle ne le faisait pas non plus. Ne quitte pas mon visage des yeux. Ne te détourne pas de moi. Mais la femme tourna finalement son regard devant elle, prenant enfin la décision de se comporter comme ce qu’elle deviendrait aujourd’hui : l’Impératrice.

« Nadiane… »

Son nom échappa de ses lèvres en un murmure. Il souffrait intérieurement. Il débordait de tendresse et d’amour. Ce nom, il aurait voulu l’hurler, le crier à renfort de gestes, l’attraper et l’emmener loin avec lui. Mais c’était impossible. Aujourd’hui elle se mariait. Et ce n’était pas avec lui. Aujourd’hui elle devenu Impératrice. Et non lui. Il aurait dû la détester, la haïr, mais il ne parvenait pas. Une lumière subsistait encore dans son cœur. Une lueur d’espoir qu’elle vienne vers lui et décide de le suivre où qu’il aille. La cérémonie se passait à une vitesse hallucinante pour lui qui regardait la courbe de son corps, ses lèvres galbées, ses mains qui l’avaient soigné si souvent, son visage qu’il avait réconforté quand il grimaçait de tristesse ou avec qui il avait ri lorsqu’elle plaisantait. Mienne. Le griffon se tenait à l’arrière de la salle avec les autres gardiens, grimaçant sous l’effort de garder son âme-sœur sous contrôle pour qu’il ne se jette pas sur l’homme.

Quand elle se tourna vers lui, son cœur rata un battement. Jusqu’à ce qu’elle lève les yeux vers son nouvel époux alors qu’il baissait son visage vers le sien. Quand leurs lèvres entrèrent en contact pour sceller leur mariage, des cris de joie et des applaudissements éclatèrent dans la salle. Pour lui, la lumière parut soudainement aveuglante. Et pour se protéger de cette souffrance, il abandonna la lumière qui restait dans son corps pour trouver le confort et la consolation des ténèbres. L’amour se transforma en haine. Il garda son regard sur le visage de celle dont il n’aurait pas dû tomber amoureux, de celle qu’il aurait dû tuer en même temps que ses parents il y a deux ans. À cet instant, Markhal sut qu’il ne lui pardonnerait jamais pour ce qu’elle venait de faire. Nadiane allait mourir. Pour son mariage. Pour Aloïs. Pour son trône. Pour lui.

Jamais il ne lui pardonnerait.
Je te hais.
Je t’aime.
Tu seras mienne. Dans la vie…
Ou dans la mort.


Soudain, Markhal sut qu’il avait repris conscience. La lumière de la salle du mariage s’était transformée en la noirceur de sa cellule ; la délicieuse odeur du banquet qui allait suivre la cérémonie en la puanteur de ses cachots. Derrière sa vue brouillée, il distingua une forme penchée sur lui sur le point de le toucher. Mû par ses instincts de tueur, Markhal attrapa l’homme par la gorge tout en bondissant pour se lever. En quatre pas, il le plaqua contre le mur en face dans une colère violente, sans barrage pour l’endiguer. Il ne voyait toujours pas le visage de celui qui allait mourir, mais sa main exerçait une prise suffisante sur sa gorge pour l’empêcher de bouger.

« On ne me touche pas sans ma permission. Jamais. »

C’était un grognement de fureur. La réaction d’un animal blessé vers ce qui pouvait être une tentative d’agression extérieure. Sa vue s’éclaircit peu à peu… assez pour qu’il puisse découvrir sa prochaine victime.

________________________________

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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Ven 27 Aoû - 19:25

**Dix ans plus tôt**

Ses yeux écarlates fixaient son père. Ill' nota avec satisfaction que Zorill' passait d'un pied sur l'autre, attendant avec impatience le signe qui lui permettrait de s'assurer de la mort de l'incube. Il tenait dans sa main une rapière, d'aussi bonne qualité que le leg qu'il avait fait sans le vouloir à son fils. Elle était légèrement plus longue, plus lourde aussi, mais cela ne gênait en rien le démon qui avait une carrure bien plus musculeuse et imposante qu'Illéam'm. Le regard de son père aurait fait fuir n'importe quel badaud. Des yeux sanguins, dont Ill' avait hérité, pleins d'une colère noire, bouillante, fulminante... Son visage, baré d'une cicatrice sous son oeil gauche, s'était figé en un rictus dédaigneux et haineux. Les longs cheveux noirs de son père étaient retenus en une multitude de dread dans lesquelles étaient maintenus des fragments d'os. Il portait une armure de cuir, légère, qui ne valait pas son habituelle armure de plate que l'incube lui avait toujours connu. Le fait qu'ils soient dans une citadelle, loin des combats lui avait fait sans doute adopté cette armure plus confortable. Ses bras puissants étaient parés de nombreux bracelets, tous en or, qui s'accordait avec le teint halé du démon. Ses jambes incroyablement développées était légèrement pliées, prête pour se jeter au combat dans l'arène improvisée. Un grand calme s'était emparé de l'Ombre-chevalier. Sa haine, il l'éloigna du combat. Sa détermination, il en faisait son épée et son bouclier. Même si sa chair devait être meurtrie, même si ses muscles venaient à être arrachés de ses os, même si son squelette se trouverait brisé, il tiendrait debout, par sa seule volonté. Elle était sa plus fidèle alliée. Ne lui avait-elle pas permi de tenir pendant ces si nombreuses années. Car s'il n'avait pas abandonner sa chasse, c'était bien grâce à sa pugnacité.

Il était impatient. Son sang bouillait dans ces veines, répandant une chaleur jouissive dans tout son corps. Il triturait inconsciemment sa lèvre inférieure, que ses dents finirent par entailler. Le goût du sang l'émoustilla d'avantage, réveillant en lui les instincts les plus primaires et les plus sauvages qu'il possédait.. Le voilà maintenant excité. Un sourire carnassier étirait à présent ses fines lèvres que parcourait sa langue, avide de récolter le précieux nectar répandu plus tôt. Excitation partagée par l'ensemble de la salle. Le moment était grandiose. La situation exceptionnelle. Le défi promettait d'être bestial, pour la plus grande joie du Roi et de son armée. La salle s'était figée alors que les combattants n'attendaient qu'un signe pour se jeter dans la bataille. La salle osait à peine bouger à la vue des champions qui resserraient leur prise sur la garde de leur rapière, si semblables dans l'éclat mortel qu'elle projetait. La salle retenait son souffle pendant que la respiration de Zorill' se faisait pesante dans l'attente, et que celle d'Ill' s'était faite légère, libérée du poids des années précédent sa vengeance. Tous était avide de la même chose : que le sang coule. Que son odeur âcre emplisse les lieux. Que sa couleur vermeille recouvre le sol. Qu'il jaillisse tel la pluie attendue après des mois de sécheresse.

Alors que l'attente poussait les combattants et leurs spectateurs jusqu'au bout de leur patience, Ill' se sentit glisser dans un état second. Les tables repoussées délimitaient l'espace de sa concentration.
Sa vue s'était focalisée sur son adversaire. Notant avec précision les inégalités des dalles, la tension dans les muscles de son père, sa position sans faille apparente...
Son odorat s'était fixé sur l'odeur alléchante de son propre sang. Rien d'autre ne pouvait plus le stimuler.
Son ouïe s'était fermé à tous les sons extérieur pour n'entendre que les battements forts et régulier de son coeur, le bruit du cuir craquant sous sa poigne, le tintement des pièces d'argent de son armure, le bruit de sa respiration légère, et de celle de son père, lourde et pesante.
Le goût du sang lui apparaissait comme celui d'un doux nectar, accroissant son désir de goûter enfin à celui de son père...
Quant à son toucher, il lui faisait prendre conscience du sol régulier sous ses pieds, de la tension de ses muscles, de la protection parfaite de son armure au niveau de son torse et de son bras gauche, du poids familier de ses deux fourreaux, de la tension au niveau de sa poitrine, là où sa cicatrice le brûlait, de la légère tension de son médaillon, de la chaleur qu'il dégageait aussi, mais également de la sueur qui descendait le long de son dos et qui perlait sur son front, du jeu de ses cheveux causé par un léger courant d'air, qui parcourait délicieusement sa peau veloutée dénudée par endroit...

Soudain.

Le signe tant attendu.

Le cri rauque du Griffon.

Et les deux combattants se jetèrent de toute leur force dans la bataille. Pas d'esbroufe. Pas de coup retenu ou tape à l'oeil... Que des coups pour tuer, blesser, déchiqueter la chair, briser les os !
Durant sa course, Zorill' leva en un arc de cercle parfait sa longue rapière avec ses deux mains puis l'abattit vers la tête du jeune homme, cherchant à écraser par sa force la défense de son fils. Ill' fit un pas de côté, immédiatement suivit d'un autre vers l'avant, pour plonger sa lame dans l'espace ouvert par l'attaque au niveau du flanc gauche. Son père changea habilement et rapidement la trajectoire de sa lame, contrant ainsi l'attaque rapide et perfide. Il releva sa lame, écartant ainsi la rapière d'Ill', et lâcha sa garde d'une main pour venir frapper au niveau de la pomme d'Adam. Le coup aurait pu mettre le chevalier hors d'état de nuire si ce dernier n'avait pas esquivé au dernier moment. Sous la force du coup, son père fut légèrement entraîné vers l'avant, et son côté droit était totalement sans défense. La contre attaque fut rapide. Mais elle fut déviée par la lame du démon. Ill' feinta. Sa lame maîtresse fendit l'air, pour ne rencontrer que du vide. La rapière de Zorill' s'abattit en un sifflement mortel. Pour rencontrer la deuxième épée de l'incube. Qui profita du temps de la parade pour envoyer un coup de genou. Qui atteint son but, au même moment où l'épaule de Zorill' entrait douloureusement en contact avec sa mâchoire. Un grognement lui échappa, qui mua en rugissement quand il planta ses crocs dans le cou si proche de son paternel. Un sursaut brutal lui fit lâcher prise, emportant quand même entre ses dents au morceau de chair.

L'assaut avait à peine duré une minute. Les deux combattants s'écartèrent pour reprendre momentanément leur souffle. Ill' cracha le bout de peau qu'il avait arraché, et se lécha les lèvres. Le sang avait un goût âcre, métallique, mais Ill' fut loin d'être écoeuré. Il avait souhaité vivre ce moment depuis bien trop longtemps. Zorill' porta une main à son cou, et son grognement fut le signal. Ils se jetèrent à nouveau dans la bataille. Attaque. Feinte. Riposte. Parade et contre-attaque. Contre puis esquive. Feulement rauque quand la lame le mordit au niveau du genou. Sa rapière se fraya un chemin sanglant dans l'épaule du démon. Puis il hurla de douleur quand Zorill' frappa au niveau de son coude, manquant de déboîter les os. Il retira son épée, tout en parant de l'autre. Son bras droit tremblait légèrement. Il changea ses rapières de main. Sa lame maîtresse rejoignit enfin sa main gauche. Car Ill' est un vrai gaucher... Qui était devenu un vrai ambidextre... Il fonça sur son père. La lame droite fut déviée, mais la gauche se fraya un chemin pour se planter profondément dans la cuisse du démon... Il la dégagea, envoyant le pommeau au contact de la mâchoire de son père. La douleur décupla la rage du démon. Il ne laissa aucun répit à Ill', faisant pleuvoir les coups. Le chevalier interrompait ses contre-attaques afin de parer. La précision mortelle de Zorill' était à l'oeuvre. Bientôt, l'incube compta près d'une dizaine de blessures, plus ou moins grave. Du sang lui coulait dans un oeil, résultat d'une plaie à l'arcade sourcilière. Son bras droit était maintenant parcouru par une estafilade qui laissait échapper le liquide vital. Son genou, déjà touché dès le début du combat comptait deux blessures supplémentaires, heureusement très superficielles. Sa lèvre était fendue.

Et pourtant, il souriait. Comme un dément. Appréciant sa douleur. Dégustant l'intensité du combat. La brutalité de l'échange. Savourant l'odeur et le goût du sang. Vénérant la sensation de la chair qui se déchire sous la lame, se l'os qui crisse lorsque les rapières dérapaient sur lui... Il parvint à reprendre une certaine distance face à l'épée de son père. Un frisson d'excitation lui parut son corps, délicieusement courbaturé par l'effort intense. Il lécha langoureusement l'hémoglobine qui arrivait au niveau de son poignet. Du revers de la main, il essuya le sang qui lui obstruait la vue. Puis il se rua de nouveau dans la bataille !

Les rôles furent inversés. Ill' dansait tel un dieu guerrier, ses lames suivant le mouvement. Dans un instant de grâce peu commune, le chevalier prit le dessus. Il prenait un malin plaisir à prendre son père à contre-pied, à frapper depuis l'angle le plus improbable, à changer toutes les trajectoires que ses rapières prenaient au premier abord. Les minces tentatives de contre-attaque de son père se soldait par la morsure féroce d'une lame assoiffée de sang.

La rapière pénétra dans la poitrine. Le moment d'extase de Ill' s'arrêta net. Il se dégagea, toussant et crachant du sang, cherchant son oxygène... Son père... Il se tenait au milieu de l'arène, cherchant les hourra de la foule. Les deux bras levés, sa rapière maintenue au dessus de sa tête, poussant des rugissements de joie bestiale...

La tête lui tournait. Tout son corps se rappelait à lui... Ses oreilles bourdonnaient... Son sang pulsait au niveau de ses tempes. Chacune de ses tentatives pour respirer se faisait dans d'atroces douleurs, où trop peu d'air s'infiltrait dans son unique poumon encore valide. Sa vision était de plus en plus teintée de rouge... Il tomba à genou. Le choc remonta jusqu'au sommet de crâne, faisant monter en lui une nausée violente. Il serra les dents... Ce seul mouvement lui demanda un effort effroyable. Mais il ne voulait toujours pas abandonner.

Ça non. Jamais. Il n'abandonnerait pas !

Pendant que son père fanfaronnait toujours, il se saisit de son médaillon. Il l'avait créé lui-même... Il était retourné dans la région des puits de lave. Il avait rendu hommage à sa mère... Et pour garder un souvenir d'elle, il avait fabriqué ce talisman en modelant la lave encore en fusion... D'un geste brusque, il tira sur le précieux médaillon, dont la corde céda. Il émettait une chaleur incomparable. D'un geste sure, car déjà fait deux fois, il le brisa. Et il enfonça la roche taillée dans sa blessure...

**Présent**

Sa phrase avait provoqué une réaction chez le roi. Elle l'avait sortie de sa torpeur. Et il avait dirigé son regard vers les chevaliers derrière Ill'... Mais, il sut aussi que ses mots n'avaient pas plut au seigneur. Il le toisait, et l'Ombre-chevalier reconnu ce regard. Il avait déjà eu le même quand un homme qui venait de la battre lui avait tendu la main pour l'aider à se relever. Il l'avait déjà eu quand une succube qui s'était refusée à lui avait ensuite, par pitié, proposé de l'accompagner dans une ballade... La pitié... L'empathie... Elle n'était pas la bienvenue entre ces murs... Car personne ne devait montrer de pitié à ce monstre... Personne ne devait comprendre la souffrance du Fléau de Krynn, car lui ne l'avait pas fait pendant toutes ces années... L'humanité était bannie de ce lieu, car le prisonnier était tout sauf humain. C'était un métis. Il avait été un Roi sanguinaire, ambitieux, ne passant qu'à lui même... Il avait agi comme ce qu'il était à moitié... Comme un démon... Égoïste. Cruel. Méprisant. Assoiffé de pouvoir et de sang. Et c'est pour cela qu'il était là...


*Mais que m'est-il passé par la tête ? Il ne mérite pas de pitié, de compassion. Il ne mérite pas d'être libéré de sa souffrance. Si cela avait été le cas, Robin l'aurait tué, là-bas, dans les plaines désolées de la Bataille du Dragon...*

Cependant, son idée avait du paraître être la bonne solution pour Markhal. Car il se dirigea vers un mur de sa prison. En le voyant se tenir bien droit devant la paroi vide, Ill' ne savait pas bien ce que l'ancien monarque avait en tête. Il le sut dès qu'il le se pencher vers l'arrière. Il ne fit aucun mouvement pour l'empêcher de le faire. Premièrement, parce qu'il n'aurait pas eu le temps d'ouvrir la porte de la cellule, se ruer à l'intérieur pour arrêter le Roi dans son mouvement. Deuxièmement, parce qu'il ne comptait pas ouvrir la cellule, se ruer à l'intérieur et arrêter le Roi qui aurait alors tout le loisir de l'étriper... Troisièmement, parce qu'il lui avait proposé lui-même d'avoir recourt à la douleur pour supprimer les souffrances de son âme... Il fallait être un peu logique, et regarder la vérité en face. Ill' n'était pas particulièrement doué pour torturer quelqu'un... Car pour lui s'était plutôt lâche. Voir même totalement déloyal. Et ça n'allait pas avec l'image qu'il se faisait d'une personne prétendant à entrer dans la légende... Donc, il n'aurait éprouvé aucune joie (du moins les premières secondes....) à torturer Markhal... Une fois que le sang aurait coulé à flot, là, il prendrait son pied. Mais, il en était certain... Au vu de ses habitudes libidineuses, il aurait lamentablement dérapé... Et ça ce serait mal fini... Il l'aurait probablement tué à la fin d'ébats luxurieux...

Donc l'incube resta figé devant le spectacle de déchéance que montrer l'ancien monarque. Il regarda avec un grand intérêt (présence de sang oblige) le va et vient violent que faisait le roi. Le front du métis frappait durement le mur, émettant plus d'une fois des bruits de craquements. Son sang démoniaque le brûlait devant la vue du liquide vermeille qui coulait le long de son visage. Au bout d'une vingtaine de choc, le monarque cessa tout mouvement. Ses jambes tremblaient, pourtant il trouva la force de se retourner. Cela ne dura pas longtemps et il se laissa glisser le long du mur.


« Tu voulais que je souffre, démon ? Voilà chose faite ! »

Ill' ne tenta même pas de répondre. Il n'y avait rien à répondre. Et puis les yeux vitreux du métis ne laissèrent de place à aucun doute : il avait sombré dans l'inconscience... Il se recroquevilla légèrement, toujours appuyer dos au mur.

« Qu'est-ce que tu lui as dit pour le faire réagir comme ça ? Demanda Dän, le souffle visiblement coupé devant tant de démence.
-Peu importe. Il débloque depuis très longtemps ! » Cracha Kelrar, loin d'admettre qu'il avait admiré la vitesse à laquelle Illéam'm avait réussi à comprendre comment fonctionnait le monarque et comment réussir à le mener aussi loin sur le chemin de sa propre folie.

Ill' resta silencieux. Ces deux collègues, il s'en fichait. Leur jalousie ou leur admiration ne l'atteignait pas. Il gardait les yeux fixait sur le prisonnier prostré au sol. Ses yeux bougeaient dans leur orbite, attestant que son inconscience l'avait amené dans des rêves. Pas plus doux que sa vie actuelle apparemment. Son visage, presque éclairé par un sourire quelques secondes auparavant, avait pris un rictus haineux avant que ne franchisse un nom.
« Nadiane… ». À peine plus qu'un murmure.
Ill' se tourna alors vers les deux chevaliers et le mage. Il les toisa puis dit d'un ton moqueur :


« Mage, va voir comment il va !
-Pourquoi moi ! Vas y toi ! C'est avec ce que tu lui as dit qu'il s'est jeté la tête contre les murs.
-Couard !
Laissa échapper dédaigneusement Ill'. On pouvait sentir toute le dégoût de l'incube. On dit que celui qui sait guérir connaît tous les moyens de tuer. L'inverse est faux. Je suis un guerrier qui connais tous les moyens de tuer, mais je ne sais absolument pas guérir.
-De toute façon, il est robuste, il va pas crever comme ça ! Ricana Kelrar
-Ce serait dommage qu'il ait des séquelles. Allez l'elfe, rentre la dedans ! Aboya Ill' d'un ton qui n'admettait aucune réplique. Et toi, ouvre lui. » Ordonna-t'il à Dän.

Le chevalier s'avança, sortit la clef et l'introduit dans la serrure. Une fois ouvert, il laissa passer le mage. Ill' entra à sa suite, l'épée dégainée. Sur un mouvement de l'Ombre-chevalier, Dän referma la porte, et se plaça à une distance de sécurité de la porte. L'incube remarqua avec indifférence le regard inquiet du chevalier et celui moqueur de Kelrar. Ce dernier murmura :


« Content de t'avoir connu. Rendez-vous en enfer... »

Ill' s'était déjà détourné. Quant à lui, Azur s'était penché sur le roi. Au moment où il s'apprêtait à vérifier le pouls du prisonnier, celui-ci ouvrit les yeux. Dans la même seconde, sa main avait jailli et s'était refermé violemment sur la gorge du mage. Dans un bond prodigieux, il l'avait plaqué avec force contre le mur opposé de la cellule. Ill' observa froidement l'action. La tête d'Azur entra brutalement en contact avec les briques, laissant une trace ensanglantée.

« On ne me touche pas sans ma permission. Jamais. »

La terreur se lut sur les traits de l'elfe. L'odeur caractéristique de la peur se fit sentir. Prononcée. L'Ombre-chevalier n'hésita pas. Il s'avança dans le dos du monarque, encercla ses épaules de ses deux bras tout en plaçant habillement sa rapière sur la gorge de Markhal.

« Au moindre mouvement, je te tranche la tête... À moins que tu ne relâches le mage. »

La menace était loin d'être fictive. Ill' était collé dans le dos du monarque. Ses propres bras étaient passés entre ceux du métis et son torse. Une main sur la garde, l'autre sur la lame, toutes les deux prêtes à ramener l'épée vers soi, mouvement qui par conséquence décapiterait proprement Markhal. Le fait de l'avoir ceinturé ainsi provoqua une réaction totalement attendue de la part de l'incube. Il apprécia la chaleur dégagée par le corps musclé qu'il tenait à sa merci. Il avait d'ailleurs le cou du roi à porter de ses lèvres... La situation l'émoustillait énormément. Il ne put retenir une remarque, qui fit d'une voix étrangement rauque.

« Prenez votre temps pour vous décider... La situation m'est plaisante... »

Pour bien faire comprendre ses paroles, il souffla allégrement dans le cou du monarque, dégageant ainsi les cheveux. La peau de l'homme se trouvait si proche... Mais Ill' se retint de goûter avec sa langue la peau si tentante... Car se serait assurément sa dernière action s'il le faisait...
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Markhal
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Sam 28 Aoû - 0:13

La première chose qu’il vit fut l’horreur. La terreur inscrit sur les traits de sa victime. C’était tellement jouissif que cela devait être interdit. Maintenant que Markhal avait repris ses esprits, il était à présent en plein possession de ses moyens. Et en voyant l’homme en face de lui commencer à hoqueter à la recherche d’air, il garda un visage impassible. Ni plaisir, ni réjouissance, juste une résolution comme une autre lorsqu’on venait de prendre une décision. Alienor n’aurait pas mieux fait que lui. Il ne montra plus aucune émotion… Après avoir prouvé sa démence, nul besoin de s’épancher encore plus devant des gens. Rien ne comptait d’autre que cette main autour de cette gorge se serrant de plus en plus, de ce visage dont les yeux exorbités regardaient dans ceux de Markhal avec un effroi croissant au même rythme que sa poigne… L’odeur de la peur encensa vite la prison. L’odeur de la peur mélangée à l’urine que l’elfe venait de relâcher, non sans larmes de honte. Il allait bientôt mourir et voilà qu’il s’inquiétait de ses robes souillées… Quelque part, il n’avait pas tort de s’inquiéter : mourir après avoir pissé dans son froc n’était pas une des meilleures façons de quitter ce monde. Sans oublier le souvenir cuisant qu’on laissait derrière soi. Le demi-humain n’allait pas manquer de rappeler de temps en temps à ses gardiens comment était pitoyablement mort le magicien elfe Azur.

Il sentait Ill’ dans sa prison. Après tout c’était son territoire, son terrain de jeu. Il connaissait le son que faisait chaque dalle, l’odeur qu’avait chaque parcelle… Conscient de son approche et pourtant ignorant tout à fait sa présence, Markhal restait absorbé par son… tête-à-tête avec l’elfe. Qu’il vienne… s’il l’osait. Conformément à ses attentes et ses espoirs, l’incube ne fit pas que venir. Markhal ne bougea pas d’un pouce alors que ses épaules étaient bloquées par les bras du démon et que sa lame se positionna contre la gorge de son confrère… Ou alors le terme exact était-il « demi-confrère » ? Mais trêves de débat protocolaire à ce sujet. Ce n’était ni la place, ni le moment, même si cela aurait profondément amusé Markhal d’en parler avec un expert dans le domaine. Lilou, par exemple, aurait su lui donner une réponse…

« Au moindre mouvement, je te tranche la tête... À moins que tu ne relâches le mage. »

Markhal se demanda s’il allait obéir ou pas. La mort… Il l’avait tellement désirée et depuis si longtemps… C’était presque trop beau pour être vrai. Un mouvement, une mort jouissive et puis la sienne qui suivrait juste après. La délivrance. La fin de tous ses soucis. Il resserra sa prise sur la nuque de l’elfe qui poussa un petit cri. Dans le même mouvement il se mit en peu avant, caressant la lame de sa peau. La morsure de l’acier ne provoqua même pas un frémissement dans son corps. Il restait stoïque face à la soudaine douleur, pas si forte que ça en fait. Ce serait tellement facile de finir le boulot. Ou même de laisser Ill’ s’en charger. À lui les emmerdes pour expliquer après à Leonis pourquoi son prisonnier préféré était mort et pourquoi l’honneur de l’achever ne lui avait pas été accordé. Excellente idée. Plus de problèmes, plus de quoi se préoccuper. Juste attendre et fermer les yeux.

L’instant d’après, il se rendit compte de la proximité du corps du démon. Il était près, trop près… Son corps était puissant, musclé et le tenait dans une étreinte qui aurait pu être intime si on excluait l’épée. À moins que l’on considère que les étreintes d’Ill’ étaient mortellement dangereuses que ce soit avec ou sans la rapière. C’était une véritable torture. Markhal commençait déjà à contenir à grand peine ses tremblements. Il se sentait fragile. Fragile à la proximité d’un homme qui le dominait à cet instant. Il se revoyait à douze ans, son corps malingre écrasé sous le poids d’un corps tout aussi musclé, hurlant dans son esprit que tout devint prendre fin, que sa mère ne l’avait pas abandonné pour qu’il se fasse violé dans l’endroit où elle le croyait en sécurité, qu'il n'était pas une poupée qu'on pouvait utiliser ! Il revivait ce moment avec effarement, ses pupilles dilatées, grandes ouvertes sous le choc, complètement traumatisé. Il était content que personne ne voie son visage à cet instant, pas même l’homme qu’il tenait sous sa merci, quasiment inconscient, mais pas encore mort. Malheureusement pour lui…

« Prenez votre temps pour vous décider... La situation m'est plaisante... »

Il sentit son souffle chaud dans sa nuque, écartant de son souffle les quelques mèches qui la parsemaient. Les écailles qui s’y trouvaient, caressées par la brise, frémirent, comme mues de leur propre volonté. Markhal se retint de rendre le peu de choses qu’il avait avalé. La nausée attaqua viscéralement son estomac et il lutta contre elle jusqu’à retrouver toute sa contenance. Ça s’était passé il y avait trente-sept ans. C’était ridicule d’être encore concerné par ce genre de bêtises… Mais même encouragé par cette pensée, le roi ne parvenait pas à se convaincre. Xandar n’avait pas été le seul à essayer, mais au moins avait été le seul à parvenir aussi loin. Quand il l’avait caressé, Markhal n’avait même pas réagi comme l’aurait fait n’importe quel enfant abusé, non, il s’était lascivement tortillé comme la succube qu’il était à moitié. Pas l’incube. Non. La succube. Comme la pire des traînées de bas-étage qu’on pouvait avoir pour un sou. Et encore, ce genre de femmes était prêt à le faire gratuitement. Xandar avait alors ri et ravagé d’autant plus son cou. C’est alors que Markhal lui avait arraché le lobe de l’oreille. Il l’avait fait pour se dégager et s’enfuir, d’accord… Mais l’autre partie de lui, sa partie démoniaque ne l’avait fait que pour connaître le goût de sa chair et sentir son sang couler au fond de sa gorge…L’horreur qui avait suivi cette compréhension, ainsi que le dégoût de sa partie humaine pour le goût du sang l’avait poussé à vomir dans les jardins et puis à sangloter pendant des heures dans ce même endroit. Le souvenir était resté. Ainsi que la peur de voir sa partie succube se réveiller. Krynn ! merci que Ryltha ne soit pas là pour le voir dans cet état ! Nul doute qu’en quelques instants, certains de ses secrets ne l’auraient plus été pour sa si talentueuse chef des espions…

Il finit alors par relâcher Azur le magicien, non sans lui jeter un regard froid. Il s’était affaissé dans sa propre urine et restait inconscient. Mais il vivrait. Peut-être aurait-il une commotion suite au choc contre le mur de briques, mais les guérisseurs sauraient s’occuper de son cas. S’il méritait de vivre… Dès que Markhal eut libéré sa victime, il resta droit, silencieux, fier. Il cacha la peur qu’Ill’ était trop proche derrière un masque impassible. Le métis tentait d’oublier que le guerrier était toujours contre lui, que son sang coulait toujours de son front – même si c’était beaucoup moins qu’avant, que sa nuque lacérée par la lame était blessée et qu’il venait de rater l’occasion unique de quitter cet enfer. Il savait qu’à côté de ce que Krynn lui avait réservé après sa mort, ce n’était qu’une délicieuse sucrerie… Mais il s’en fichait. Au moins, en enfer, ils seraient deux à brûler. Son fidèle gardien serait là et ensemble ils traverseraient les siècles de torture promis en raison de leur échec. Il remercia le ciel que la douleur l’empêche de sombrer à nouveau dans la folie.

« Ill’… Relâche-moi. Maintenant. »

C’aurait pu être un ordre si sa voix n’avait pas été aussi rauque que celle du démon un peu plus tôt. Mais cette fois-ci, ce n’avait pas été à cause du désir, mais plutôt du dégoût, mélangé à une petite pointe de terreur que Markhal ne put camoufler malgré tous ses efforts. S’il réussissait à contrôler son corps, il avait encore à travailler sur ses cordes vocales. Il regardait devant lui, concentré sur la brique, excluant tout le reste. Surtout ne pas penser au démon contre lui. Surtout garder son calme et tout se passerait bien. Maudite soit sa mère pour ne lui avoir rien appris à ce sujet ! Si sa fierté lui servait pour l’instant de rempart, s’il craquait, il ne savait pas comment il réussirait à tenir. Durant ce moment, il se sentit obligé de dire quelque chose, comme une simple remarque, mais sonnant comme un avertissement, poussé d'une voix basse pour que personne d'autre ne l'entende.

« Tuer le prisonnier ne t’apporterait que des ennuis… Tout comme l’aider… »

Tentative de justification ? Voulait-il expliquer pourquoi il n’avait pas dit « oui, vas-y ! Fais-moi souffrir, fais-moi mal ! Aide-moi Illéam’m Nazed’d ! » Peut-être. On ne pouvait jamais être certain de quelque chose quand il s’agissait du Traître. Cependant son corps n’indiquait pas une once de relâchement, comme s’il était prêt à se jeter sur Ill’, à lui éclater le crâne et ensuite à faire de même avec l’elfe. Et à vrai dire, c’était le cas. Mais il se retenait. Il ne se retenait pas parce qu’il était menacé de la rapière – comme si ce genre de choses pouvait le stopper, mais plutôt en l’honneur du passé. Un passé qu’il aurait pu vivre avec Illéam’m si celui-ci avait adhéré à sa cause. Certes, le démon se serait retrouvé poursuivi par des gens comme lui – quoique… il n’y avait qu’un Illéam’m Nazed’d après tout, et aurait dû fuir, mais Markhal savait qu’il aurait pu trouver en l’incube un… ami ?

Difficile à croire, d’accord. Mais avec leurs histoires semblables, leur arrogance, leur même façon de penser… Il aurait fait un excellent second. Oh, il n’aurait jamais pu dépasser ce que le métis partageait avec Lilou, cela va de soi, mais Markhal et lui auraient pu s’entendre sur tellement d’autres choses… Ill’ l’aurait rejoint pour l’aider à accomplir sa vengeance puisque la sienne était comblée. Belles conneries. Le démon l’avait dédaigné et se trouvait maintenant à cet endroit, dix ans plus tard, à le menacer d’une épée à sa gorge et… qui sait ce qu’il se passait plus bas. Markhal aurait été le dernier à croire, à cette époque, qu’une telle chose se produirait.

** Dix ans plus tôt**

Hypnotisé. Markhal était hypnotisé par le combat qui se déroulait devant ses yeux. Ainsi voilà à quoi ressemblait un combat entre deux êtres qui s’haïssaient plus que tout au monde. Voilà à quoi aurait ressemblé le duel contre son propre père. C’était époustouflant. La magnificence des assauts tenait aussi beaucoup du talent des deux adversaires. Ils ne laissaient pas la foule les déconcentrer. Chaque coup était porté avec précision dans le seul but de blesser, de toucher, d’affaiblir… d’achever. Markhal suivait les coups de son œil d’expert, constatant qu’il en était de même de Lilou et d’Alectö, son chef des guerriers, assis sur les marches depuis le début du combat pour avoir une meilleure vue. Même à cet instant, il était encore impossible de déterminer le cours de la bataille tant les probabilités étaient brouillées et transgressées pour être inversées puis de nouveau modifiées. C’était le genre de combat qui faisait brailler les imbéciles et excitait les connaisseurs.

Quand Illéam’m fut obligé de changer de main pour sa lame principale, celle avec laquelle il attaquait et parait le plus, Markhal se pencha en avant. Immédiatement, il se rendit compte que depuis le début, le démon état gaucher ! Éclatant d’un petit rire, il posa son coude nonchalamment et déposa sa tête dans sa main. Les gens voyaient que Markhal s’amusait comme un petit fou, malgré le fait qu’il cachait aussi vite ses émotions qu’elles apparaissaient… Et cela ne faisait que les encourager d’autant plus à observer le combat et apprendre. Il voulait comprendre ce que le roi de Soras appréciait tant dans cette joute ; certains pour faire de même afin de lui plaire, d’autres parce qu’il savait que le métis était le meilleur pour reconnaître quand quelqu’un était fort et que c’était le parfait moment pour prendre connaissance des techniques guerrières les plus efficaces.

Ill’ n’avait pas le dessus. Son corps était couvert d’estafilades qui lui cachaient la vue et le ralentissaient. Mais au sourire qui transperçait son visage, la douleur ne faisait que le rendre plus fort. Plus acharné. Encore plus avide du sang de celui qui l’avait fait souffrir toutes ses années. Markhal n’avait jamais eu qu’une fois une telle soif de sang comme la sienne. Cette nuit-là il s’était enfui du Château. Cette nuit-là, plus de trente Chevaliers étaient morts sous sa lame. Il n’en n’avait laissé qu’un seul derrière lui. Il se demandait comment se portait Leonis Ourha… Était-il mort ? Était-il vivant ? Qui savait… Il n’était après tout que le caprice d’un semi-démon qui en avait soudainement eu assez de tuer… Pourtant, au fond de lui, le semi-démon savait qu’il était encore en vie et qu’ils se reverraient un jour. Il attendait cette rencontre avec impatience.

Le cours du combat s’inversa. L’incube, après réussi à s’éloigner de l’arme de son père, avait repris ses esprits pour mieux profiter des sensations qui traversaient son corps… avant d’y retourner à nouveau, encore plus acharné qu’avant. Il usait de toutes les astuces, toutes les rues pour trouver l’endroit non protégé qu’il touchait avant de s’amuser à ridiculiser Zorill’ tentant de reprendre le dessus. Markhal ne pouvait détacher ses yeux de cet homme qui dansait… Une danse mortelle et dangereuse, pleine de haine et de rage, pleine d’amour et de tristesse, prête à son pas final pour en mettre plein la vue et marquer à jamais tous les esprits… Ses épées n’étaient plus de simples armes, elles étaient devenues l’extension de son être dans ce moment de symbiose totale et parfaite. Dommage que cela ne devait pas durer…

La rapière le transperça de part en part, sans véritable effort. Il avait suffi d’un instant, d’une seconde pour que la bataille reprenne un autre sens. Markhal vit l’incube reculer pour quitter l’épée du démon supérieur, à la recherche d’un peu d’air pour reprendre le contrôle de son corps. Mais il ne le reprendrait pas. Car son poumon était touché et que l’autre était trop sollicité pour fonctionner convenablement. Zorill’, vainqueur, se tournait vers le public pour la reconnaissance, pour la gloire. Finalement, la mort était pour son fils. Dommage… Markhal avait fini par commencer à l’apprécier dans son arrogance et son style de combat beau à couper le souffle. Tombé sur les genoux, le roi constata que l’incube commençait à lutter pour respirer, encore plus qu’avant. Mais soudainement, Markhal se raidit, étonné. Non. Il était plutôt ravi.

« Il n’aura finalement pas gagné la vengeance qu’il méritait… Dommage, c’était un excellent bretteur, il aurait été un très bon élément pour Soras… » poussa Alectö dans un soupir ennuyé. Son chef des guerriers n’avait jamais aimé quand on gâchait la bonne marchandise…
« Tu te trompes, Alectö… Il va non seulement avoir sa vengeance, mais aussi la gloire qu’il mérite. »

La lueur qui brillait dans le regard de l’incube n’avait pas trompé le roi. Il n’abandonnerait pas. Jamais. Il suivit des yeux le fils qui prenait un médaillon, le regardant un instant d’un air à la fois tendre et triste. Certainement un souvenir de sa mère. Mais quand il le fendit en deux, le roi resta estomaqué. D’autant plus quand il plaça le morceau dans sa blessure à la poitrine. S’il n’avait pas été assis, Markhal serait tombé sur le cul d’étonnement. Puis avec un sourire amusé caché derrière sa main, il commenta pour Lilou derrière lui :

« Il semble que les démons soient toujours pleins de ressources… et celui-ci a l’air de nous réserver encore beaucoup d’autres surprises. »

Maintenant, Markhal était certain de ce qui allait arriver. Ill’ serait sien. D’ici quelquesminutes, ce féroce combattant rejoindrait son armée.

Mien.

**Présent**


« Mais je suis certain que si tu avais envie de la première option, la seconde ne t’est jamais venue à l’esprit, n’est-ce pas ? »

Il voulait cacher sa faiblesse derrière une remarque ironique, comme toujours. Il voulait rendre Illéam’m incertain, le forcer à douter de la possibilité que Markhal ait un jour été humain. Car il l’avait été, croyez-moi. Il avait aimé, même si cela avait été la mauvaise personne. Il avait pleuré, même si peu de gens avaient pu voir ses larmes. Il avait ri, même si cela n’avait été sincère qu’avec elle. Il avait même eu des enfants. Des jumeaux. L’un d’eux avait été tué de sa propre lame, Markhal étant terrifié qu’il connaisse la même histoire que lui, élevé par la même nourrice qui l’avait vu grandir. L’autre… était devenue une magnifique jeune fille qui avait conquis le cœur de celui qui, à l’époque, n’était encore que le Prince Robin. Ils avaient même été officiellement fiancés avant qu’ils ne partent pour la Bataille du Dragon… où elle perdit la vie. Markhal ne l’avait rencontré que peu de fois et jamais elle n’avait été au courant de ses origines ou de qui il était. Elle avait un magnifique sourire… et des yeux qui feraient fondre le cœur le plus glacé. Markhal s’était laissé faire face à cette candeur qui l’habitait. Qui l’aurait cru ? Le traître ! L’assassin de son propre père ! De la femme qui l’avait accueilli et aimé comme son fils ! Sur le point de tuer sans aucun état d’âme celle qu’il avait aimé et appelé petite sœur… réduit à néant devant les yeux mauves de sa fille. Mauves… grâce au mélange des deux yeux de Markhal. Qui aurait cru qu’il pourrait ressentir un quelconque élan paternel ?

« Il faudrait que tu sortes ton repas d’ici avant qu’il ne refroidisse… » lança-t-il sur un ton ironique.

Traduction : Fais sortir Azur-que-tu-as-envie-de-sauter avant qu’il ne meure pour de bon d’hémorragie ou d’un rhume après avoir macéré dans ses besoins sur le sol froid des cachots de Markhal. Il en avait assez de l’incube. Il voulait le voir disparaître. Ou tout de moins qu’il sorte de chez lui et qu’il ne lui adresse plus la parole pour la journée. Amusant, il pensait à penser à sa cellule comme « chez lui ». Il espérait que cela n’allait pas devenir une habitude…

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Illéam'm Nazed'd
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Lun 30 Aoû - 1:02

Un relent d'urine vint désagréablement chatouillé les narines sensibles de l'incube. Il n'eut aucune compassion pour l'elfe dont la terreur l'avait poussé à se soulager. Et il n'eut que du mépris pour les larmes de hontes qui roulaient sur ses joues blanches d'effroi. Markhal, don la prise ne se desserrait pas d'un pouce, semblait être du même avis que l'incube. Ill' le supposait grâce à la contraction des muscles du monarque. Muscles si proches... Seulement distant de deux épaisseur de tissu. Tellement proche. Mais en même temps, si bien façonné pour tuer un homme... Surtout si celui-ci relâchait sa garde comme en ce moment. Rhhaa !! Décidément, il n'aurait jamais du entrer dans cette cellule ! Cependant, la prise de l'Ombre-chevalier était restée toujours aussi ferme. Au moindre mouvement du prisonnier, celui-ci serait soulagé du poids de sa tête. Ill' s'y était préparé. Il endurerait toutes les sentences prononcées. Même s'il espérait qu'elles ne seraient pas trop importantes... Car après tout, il tuerait un prisonnier dangereux, empêchant à l'occasion le meurtre par le dit prisonnier d'un magicien elfe... Qui était entré dans la cellule sur son ordre... Après qu'Illéam'm Nazed'd ait fait perdre la tête au Fléau de Krynn... Qui n'attendait qu'un seul faux mouvement, qu'une seule erreur afin de faire savoir qu'il était toujours dangereux... Donc sa mort n'apporterait qu'un sentiment de libération ! Conclusion imparable ! Qui aurait de la compassion envers ce Roi déchu qui avait mit l'Empire à feu et à sang ? Et qui en voudrait à l'Ombre-chevalier ?

Un nom lui vint tout de suite en tête : Léonis Ourha... Lui, il lui en voudrait... Car Ill' se serait octroyé le droit que le chef des Chevaliers s'était attribué : tuer Markhal... De ses propres mains... Et lentement si possible... Très lentement... Pire encore ! Ill' lui volerait sa vengeance, et ce, en son absence... Donc Ourha n'aurait même pas pu profiter des derniers instants du Traître. Inimaginable ! Passible de haute trahison ? Possible ! Surtout si Léonis était le seul juge. Et qu'en dirais Robin ? Le jeune monarque le connaissait, si ce n'est intimement, au moins par sa réputation. Ill' n'était pas connu pour exécuter les ordres à la lettre... Les quelques rumeurs issues de son comportement pendant la bataille du Dragon en attestaient ! Rien de bien méchant. Il avait juste désobéis à un ordre pour se battre contre un démon, qui maniait lui aussi deux épées, désertant momentanément son poste, mettant ainsi en danger le reste du bataillon... Rien de bien dramatique car il lui avait réglé son compte rapidement (Il était moins talentueux qu'Ill' avait pensé...) et avait par la même occasion tué une vingtaine de personne aller, une vingtaine au retour, qui aurait foncé sur le bataillon en question... Et oui, Ill' avait aussi refusé de partir dans la même direction que ses camarades de combat car son attention s'était portée sur une magnifique incube blessée qu'il avait chevaleresquement secourue... Et aussi... Non, arrêtons là... En ayant ces quelques « incidents » en mémoire, Robin ne lui aurait jamais proposé de devenir un Chevalier du Dragon s'il ne s'était pas douté que Ill' finirait à n'en faire qu'à sa tête ? Si ? C'était à espérer que non... Car l'Ombre-chevalier allait avoir d'un soutient inébranlable pour résister à la fureur de Léonis Ourha...

Bref... Où en était-il dans le fil de ses pensées ? Ah oui ! Si Markhal persistait à étouffer l'elfe, il n'hésiterais pas !... Sinon, de toute façon, il était foutu !

Mais, il eut quand même un instant de doute. Pas de doute pour le mouvement instinctif qu'il ferait au moindre geste de Markhal, mais un doute sur Markhal... Car ce dernier s'était « amusé » à appuyer son cou contre la lame de la rapière, faisant ainsi couler un filet de sang. L'odeur mit Ill' dans un état proche de ce qu'on pourrait appeler l'euphorie. Déjà que l'odeur du sang était omniprésent après le coup de folie du seigneur de Soras, sentir sa lame souillée par le liquide visqueux était un vrai bonheur. Ill' sentait avec délectation quelques gouttes tièdes tomber régulièrement sur ses avant-bras... Une fois sortit de la cellule (s'il en sortait vivant), il ne pourra pas se retenir bien longtemps... Peu lui importait qu'il montre sa soif de sang devant les autres chevaliers... Après tout, il était un incube, et cela était connu de tous ! Bref... Il avait craint que Markhal voie en cette scène l'occasion de ne plus souffrir... Jamais... Donc qu'il ne tue l'elfe, avec un plaisir non dissimulé, pour ensuite être libéré. Définitivement...

Ce n'était pas la seule réaction de Markhal laissait l'incube perplexe. en réponse à son élan de faiblesse (une voix rauque et une remarque pour le moins déplacée...) face à cette scène pour le moins érotique dans l'esprit de l'incube Ill' s'était attendu de la part du Roi une autre réaction. Par exemple, après s'être volontairement tailladé le cou sur sa rapière, il n'aurait pas était étonné d'avoir le droit à un sourire moqueur, un feulement dédaigneux, une remarque ironique comme « tu n'as pas ce qu'il faut pour me combler... », ou un haussement d'épaule... Non, réflexion faite, le mouvement était trop dangereux, vu la position dans laquelle ils se trouvaient... Mais non, rien de tout cela... Seulement un tension aussi inattendue que surprenante. Tous ses muscles s'étaient raidis d'un seul coup. Et sa proximité avec l'ancien souverain lui permettait de sentir les tremblements qu'il tentait de refouler. L'odeur qui se dégageait de Markhal complétait à merveille celle d'Azur... La peur ? De quoi avait-il peur ? Peur de mourir ? Peur de lui ? Ce n'était pas logique... Pourtant, le souffle du métis s'était fait plus lourd... Plus irrégulier aussi ? Ou ce n'était que le résultat de son imagination ?

Ill' vit avec satisfaction la prise mortelle se desserrer. L'ancien monarque venait de relâcher l'elfe. Il était temps. Un peu plus et le chevalier n'aurait sortit de la cellule qu'un cadavre... Et le corps qu'il avait devant lui, recroquevillé sur lui même, était parcouru de spasme tant l'effort qu'il faisait pour respirer devait être douloureux. Bonne chose pour le magicien : il était inconscient. Cela lui empêcherait de trop souffrir. Et de se rappeler qu'il macérait dans sa propre urine... Ill' eut soudain une pensée qui le fit sourire... Une pensée qui lui servirait de dicton : entre un magicien et un guerrier, il vaut mieux craindre le guerrier... Car si le magicien peut vous tuer par des mots, et ce de la manière la plus atroce qu'il soit, il ne pourra jamais garder son sang froid... Alors que le guerrier, même dans la pire des situations se demande toujours quel objet dans la salle sera sa prochaine arme pour vous achever dans un moment d'inattention...


« Ill’… Relâche-moi. Maintenant. »

Ill' entendit avec satisfaction la voix rauque de Markhal. Ainsi donc, le monarque n'était pas insensible à leur corps à corps ? Mais il le savait, cela sonnait faux. Le ton de la voix n'était pas rauque de plaisir comme l'avait été la sienne... Non... Mais le chevalier ne pouvait pas appeler ça un ordre. Une supplique non plus, même si le ton pouvait y faire penser. Markhal détestait les hommes à ce point ? Au point de ne pas supporter en avoir un dans le dos ? Pourtant, l'incube avait pu voir que le corps du métis réagissait autrement. Il avait vu le frémissement des écailles lorsqu'il les avait caressé de son souffle. Il avait sentit la chaleur un peu plus intense qu'elles avaient dégagée. Ainsi, le corps et l'esprit agissait de manière diamétralement opposé ? Bon à savoir !... Quoiqu'il ne fallait pas se faire d'illusion. Si Ill' pouvait espérer s'amuser avec Kelrar et Azur, il n'avait rien à attendre en ce qui concernait le monarque. D'ailleurs, cela aurait été trop dangereux. À coup sur, sa séduction ne marcherait pas sur l'ancien roi. Et Ill' n'allait pas se risquer à mener un assaut face à un roi redoutable et non consentent...

« Tuer le prisonnier ne t’apporterait que des ennuis… Tout comme l’aider… Mais je suis certain que si tu avais envie de la première option, la seconde ne t’est jamais venue à l’esprit, n’est-ce pas ? »

Menace ? Conseil ? Ill' se retint de remercier Markhal d'avoir fait sa remarque à voix basse. En entrant dans la cellule, et en observant l'attaque de l'ancien monarque, Ill' s'était préparé à l'affronter et avait accepté l'idée qu'il pourrait ne pas en ressortir vivant. Mais apparemment, l'ex-Roi ne comptait pas réagir. Il ne comptait pas user de sa force pour bloquer la main d'Ill, le projeter par dessus son épaule pour l'envoyer dans le mur. Il était prêt à le faire. Tous ses muscles en attestaient. Mais quelque chose, l'envie ? N'y était pas. Ill' ne voulait pas l'admettre, mais il respectait ce roi. Il respectait cet être, bien qu'il soit immonde et monstrueux, car en dépit de son enfance, ou plutôt en dépit de son ascendance, qu'il n'avait certainement pas choisit, en dépit des humiliations, des tromperies, des assassinats, et de toutes les actions malhonnêtes qu'il avait subi, il n'avait jamais baissé les bras. Il s'était toujours battu. Pas pour les bonnes raisons. En ne faisant pas les bons choix. Mais il s'était toujours défendu. Il n'avait jamais renoncé. Même quand tout semblait perdu d'avance... Comme lui....




**Dix ans plus tôt**


Il venait d'enfoncer son poing, serré autour d'un fragment de son médaillon, dans la plaie de sa poitrine. C'était son dernier espoir. Mais il n'était pas sur de survivre. Malgré sa détermination, il n'était pas sur de vouloir survivre à cette torture. Car cette action venait de vider le peu d'air que son poumon avait réussi à avaler. Il manquait d'oxygène. Sa souffrance le menait au bord de la folie. Tout se mélangeait... Un sursaut. Sa volonté en était responsable. Respire. L'air rentre à nouveau dans son poumon. Une nausée encore plus violente le secoue. Contre laquelle il ne put lutter. Et il sombra dans la démence. La douleur le balaya. Et soudain plus rien...

Rien.

Rien qu'une brûlure intense.

La lave du médaillon vient d'entrer en fusion, au contact de son sang. Son sang s'échauffe, le brûle. Son coeur palpite, rate un battement pour repartir plus violemment, déchiré par la souffrance de ce sang trop chaud. La lave dévore sa chair... Tout se mélange. Il a vingt ans. Il est dans le puit de lave... Non, il en a cinquante six, et son rein vient d'être transpercé par un carreau d'arbalète... A moins qu'il en ait quatre-vingt-deux et qu'il n'ait été traversé de part en part par une claymore maniée par un ange déchu. La lave se répand dans la plaie. Il hurle. Comme jamais il n'a hurlé. Puis sa voix se brise. Le liquide incandescent cautérise sa plaie de la manière la plus affreuse qu'il soit. Son corps est parcouru de tremblements incontrôlable, de spasmes qui raidissent son corps avant de le laisser retomber mollement sur le sol. Que ça finisse. C'est son seul souhait. Qu'il meure. Qu'il soit libéré de cette torture. Au diable sa vengeance ! Rien ne vaut ce qu'il endure ! Dans le brouillard de son esprit tourmenté, il voit que son père s'approche, près à mettre fin à sa vie, dans un éclair de lucidité. Car il le sait. Maintenant ou jamais. Zorill' se retrouve incapable de bouger face à l'être qui se tient devant lui. Et son instinct le pousse à reculer d'un pas.

Ce n'est pas un incube qu'il a devant lui. C'est une bête. Une bête blessée. Les yeux exorbités, la respiration sifflante. Un son gutturale, comme un râle, s'échappe d'entre ses lèvres. Un rien ferait de cette chose un cadavre. Sa main droite est crispée sur le sol, secouée par des mouvements incontrôlables et désordonnés, battant la mesure de la douleur qui se fait de plus en plus intense. Pourtant, l'autre serre toujours son épée. Il n'a pas abandonner. Il lutte. Ses genoux frappent les dalles, suivant les spasmes qui secouent le corps du chevalier. Le spectacle est terrible, mais sublime. Zorill' reprend ses esprits et fait taire son instinct. Il avance d'un pas. Aussitôt, un grondement sourd lui répond. N'en tenant pas compte, il avance. Le désespoir. C'est ça qui le fait se mouvoir. Sa main droite s'arrête. Elle soutient son poids lorsqu'il se jette en avant, sa lame décrivant un arc de cercle parfait. Qui fauche le genou de son père. Celui-ci s'éloigne dans un rugissement. La force de son fils... Il vient de lui briser les os.

Il crache du sang. Et tout à coup, sa respiration reprend. Elle n'est plus sifflante. Elle est loin d'être calme. Mais il respire. Une fois... Deux fois... Son sang qui était en ebullition revient petit à petit à une température normale. Il pleure. Ses muscles tremblent. Il hurle. Mais cette fois, cela marque sa libération. Il a survécu. Pour quel prix ? Pour la gloire !

Il se relève. Vacille. Prend appuis sur la seule lame qu'il a encore en main. Où est l'autre ? Aucune importance. Il fixe son père. Qui lui n'esquisse plus aucun mouvement. Est-il vraiment conscient de ses actes ? Non. Car la douleur a enveloppé son esprit pour l'amener loin de son corps. Et c'est une bête blessée qui se dresse. Tremble. Tangue. Chute et se relève à nouveau. Il reprend ses esprits.

Il ne voit pas grand chose. Tout est blanc. Aveuglant. Flou. Sauf lui.

Aucun bruit. Juste un sifflement. Aigu. Désagréable. Et un grognement. Le sien.

Ill' se voit lécher son propre sang sur son avant-bras. En dessous, plus rien. La longue estafilade a disparut.

Il se sent près. Il retire son poids de son épée, puis se redresse. Droit. Du moins, autant qu'il le peux. Il s'avance vers son père qui se tient sur une seule jambe. Ses yeux fixant se fils. Qui aurait du mourir. Qui devrait déjà être mort depuis une centaine d'année ! Est-ce son destin de ne pouvoir tuer sa propre descendance ? Une terreur indescriptible s'insinue en lui. Il va mourir...


*Notre dernier coup...*

Alors que tout son corps tremble, sa main serre sereinement la poignée de sa rapière. Alors qu'il est au bord de la folie, il sait quel coup il donnera. Alors qu'il voulait mourir, il sait qu'il va vivre.

Son père ne bouge pas. Il n'a pas à le faire.

Ill' s'avance vers lui. Calme. Déterminé.

Son père serre douloureusement la garde de son arme.

Ill' lève la sienne, pour le coup final.

Et tranche. De la base du cou jusqu'au coeur.

Finalement, Zorill' n'aura même pas levé son épée...


« Voyez, démon, ce n'est pas mon fantôme que vous avez pourfendu. Mais c'est la chair de votre chair qui triomphe de vous ! »

Yeux dans les yeux. Ill' savoura le dernier souffle de son père. Puis d'un geste sec et précis, il lui enfonça sa lame dans la poitrine puis plongea sa main dans la plaie. Sans hésiter, il la ressortit, arrachant le coeur encore palpitant. Et mordit dedans. Le sang chaud ruissela. Dans sa main, sur ses lèvres, son menton et son torse. Dans sa bouche et jusqu'au fond de sa gorge. La chaleur et le goût du sang chassèrent les ténèbres encore présentes dans son esprit. Il arracha un morceau avec ses canines et l'avala sans plus de cérémonie.




**Présent**



« Il faudrait que tu sortes ton repas d’ici avant qu’il ne refroidisse…
-Je n'ai pas le droit de vous sortir d'ici... 
»

Traduction : Je préférerais que « mon repas » soit plus à mon goût... Mais il avait fait sa remarque dans un chuchotement seulement audible par le principal intéressé. Cependant, il fit un signe de tête à Dän. Celui-ci en fit un à Kelrar.

« Tu te fous de moi ? J'entre pas là-dedans !
-Il n'y a que moi qui ai la clef en main.
-Je ne promet pas de ne pas lâcher notre cher prisonnier quand tu ramassera le mage...
ne put s'empêcher de dire Ill' d'un ton neutre.
-Ordure... »

Kelrar s'avança tout de même. Dän lui ouvrit la porte, et la referma précautionneusement derrière le démon. Ce dernier ne put réprimer un déglutissement particulièrement bruyant. Il se pencha sur Azur, non sans réprimer une grimace à cause de l'odeur d'ammoniac, qu'il prit sous les bras. Il sortit en marche arrière, traînant le pauvre elfe dont la tête dodelinait au moindre pas. Voilà le moment que Ill' redoutait. Car bien qu'il soit conscient que Markhal ne se formaliserait pas de la lame qu'il avait au niveau du cou si l'envie le prenait de le tuer, Ill' se sentait quand même plus en sécurité en était en position de force. S'il retirait sa rapière et qu'il lâchait l'ancien souverain, il serait beaucoup plus vulnérable.

Pourtant, il retira la main de sa lame, pour ensuite enlever complètement son bras. Il fit ensuite glisser sa lame le long du cou, puis le long du torse, suivant les courbes du corps, pour dégager son autre bras. Après quoi il se dirigea, à reculons, vers la porte de la cellule. Sous aucun prétexte, il n'aurait tourné le dos au métis. Lorsqu'il parvint à la grille, il n'espéra qu'une chose... Que Dän lui ouvre...
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Markhal
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Mar 31 Aoû - 1:34

« Je n'ai pas le droit de vous sortir d'ici... »

Markhal tressaillit. Ce… n’était pas drôle du tout. Il n’avait pas besoin qu’un démon l’allume au fond de sa cellule après cinq ans d’abstinence. Certes, une abstinence non-volontaire, je vous l’assure. Après tout, le roi avait été connu dans sa jeunesse comme dans son propre château plus tard, pour collectionner des aventures d’un soir… Les seules femmes qui avaient réussi à gagner son attention plus ténue étaient des exceptions. L’une était morte en donnant naissance à ses enfants. L’autre ne savait probablement même pas qu’elle était dans l’esprit du roi un peu trop souvent à son goût. Mais elle et lui, lui et elle, semblables et différents, avaient la même tendance à se tourner vers des proies plus modestes, ou tout du moins plus modestes que leur véritable gibier, et de les chasser pour oublier un instant que ce qu’ils ont attrapé n’est pas ce qu’ils ont réellement désiré…

Alors qu’Ill’ se tournait pour faire un signe à Dän, qui délégua la tâche à son tour à Kelrar, Markhal sentait son corps se détendre un moment contre l’incube… Jusqu’à ce qu’il l’oblige à se remettre en tension. Le semi-démon ne relâchait pas son attention, de peur qu’une seule seconde ne lui fasse perdre ses moyens et qu’elle sorte. Sa partie succube n’avait jamais été qu’un lot de problèmes dans son quotidien lorsqu’il avait été à la Cour Impériale. Les hommes se retrouvaient toujours inexplicablement attirés par lui, les femmes, quant à elles, le jalousaient sans savoir exactement pourquoi. Markhal n’avait entrevu les possibilités de son héritage que lorsqu’il commença à coucher à gauche et à droite. Comme l’incube, la succube avait d’extraordinaires capacités de séduction… et le potentiel de transformer n’importe quel toucher aussi brûlant que la lave, frissonnant que le péché… Les années avaient transformé sa partie démone en arme et instrument, et non plus en inconvénient, sans oublier la capacité de s’en faire un bouclier contre la séduction de ses autres confrères. Pourtant il avait toujours évité de se trouver à proximité de certaines personnes, de crainte qu’il ne les trouve un peu trop à son goût. Il y avait par exemple eu Amsel, ou Gueule d’ange, un de ses assassins au visage si beau et si parfait qu’on l’aurait cru taillé dans la pierre. Les rumeurs avaient longtemps couru sur leur compte, même si tout le monde savait que si le Traître et le petit démon avaient réellement eu une histoire, l’assassin n’aurait plus été là pour en témoigner. Mais cela excitait les esprits d’imaginer le corps musclé et puissant du roi dominant un autre homme… ou se faisant dominer.

« Dommage… »

Quand il se rendit compte qu’il avait lâché cette phrase d’un murmure amusé et séducteur, Markhal se mordit la lèvre. Il était vraiment le temps qu’Illéam’m arrête de le toucher et s’en aille. À la fin, cette salle allait finir non seulement par puer l’urine, le sang, mais aussi la luxure… Et Markhal n’avait pas envie que sa cellule pue comme le Palais Impérial. Les orgies, il n’avait jamais aimé ça. Pas plus que les cérémonies officielles d’ailleurs. Les premières avaient signé la rencontre de ses parents. Les deuxièmes… tous les malheurs qui en avaient découlé. S’il devait supporter cette odeur encore longtemps, là, Markhal allait vraiment devenir fou. Et vu le stade où la douce folie l’avait conduit, croyez-moi, vous n’avez pas envie de connaître à quoi pourrait ressembler la vraie folie. À méditer. Son nez ne l’empêcha pas de suivre cependant la conversation qui se déroulait à son propos hors de la cellule.

« Tu te fous de moi ? J'entre pas là-dedans ! *Pour une fois qu’il fait preuve d’esprit, celui-là…*
- Il n'y a que moi qui ai la clef en main. *Si même Dän s’y met, je vais finir par en être flatté de toute cette bagarre pour ne pas entrer dans ma cellule…*
- Je ne promets pas de ne pas lâcher notre cher prisonnier quand tu ramasseras le mage... *Si ça peut te rassurer, Kelrar, je ne promets pas de ne pas être sage…ou de l’être… Mais après tout qui en a à foutre de mes promesses ? Tout le monde sait qu’elles ne valent pas grand-chose, si ce n’est rien…*
- Ordure...
- A ton avis, c’est toi, Dän, Azur ou moi qu’il vient d’insulter ? » murmura Markhal à Ill’, plutôt ironique, juste assez fort pour que Kelrar l’entende, mais pas assez pour que ce fut le cas de Dän. Comme réponse, Kelrar ne fit que lui jeter un regard noir auquel Markhal répondit par un reniflement amusé.

Pour la deuxième fois de la journée, la porte fut ouverte. Markhal ne put s’empêcher de voir un horripilant sourire dédaigneux sur ses lèvres quand Kelrar montra les premiers signes de stress. D’habitude, le démon attendait que Markhal fasse semblant de dormir pour venir commencer à le torturer. Il ne se rendait même pas compte qu’il n’avait été que manipulé par le roi et qu’il ne faisait souffrir que parce que Markhal le permettait. Ce n’étaient ni des chaînes, ni une épée contre son cou qui l’empêcherait de tuer – ou d’essayer – s’il le désirait. Ce n’étaient que des moyens de pimenter la chose, de la rendre plus difficile, plus… excitante. Nul doute que si Markhal s’attaquait à Dän ou à Ill’, son plaisir n’en serait que décuplé. Il avait toujours aimé les défis. Ses plus grandes fiertés étaient au nombre de deux : la première était d’avoir su arracher des informations de la bouche d’un prisonnier que même la torture de Lilou n’avait su découdre – incroyable, mais vrai, cela fut cependant le seul et unique échec de sa conseillère, depuis ses techniques n’en avaient été qu’améliorées et Markhal avait fini par n’être plus qu’un simple spectateur devant le talent de la succube – et la deuxième était d’avoir surpris son chef des assassins. Facile, me direz-vous ? Que nenni ! L’exploit réside non seulement dans le fait de l’avoir surprise, mais aussi d’avoir survécu à l’instant suivant. Rien que d’y penser, Markhal avait des sueurs froides. Il n’y avait que quand son Gardien était mort que Markhal était passé aussi prêt de la mort. Il aurait aimé avoir un exploit à citer à propos de son chef des espions, mais… elle était définitivement trop énigmatique et distante pour qu’il espère même un jour la dépasser dans son domaine. Ce qui avait le don de l’agacer, évidemment.

Quand le corps du pitoyable elfe fut enfin soulevé du sol et écarté de devant ses yeux, Markhal se sentit enfin débarrassé d’un poids. La vue de cet être faible lui donnait des envies de meurtres. Il fallait aussi dire que le fait qu’Illéam’m se frotte contre lui ne suscitait pas des envies de jardinerie… Ou alors la pelle servirait à creuser leurs tombes. Dans sa tête, Markhal compta les secondes, n’attendant qu’une et une seule chose : que l’incube s’éloigne de lui, qu’il le relâche enfin pour que toute cette mascarade ridicule prenne fin. Il sentit presque l’hésitation d’Ill’ quand celui-ci se rendit compte que le moment était venu : il ne pouvait pas garder indéfiniment son épée contre le cou de Markhal, son corps contre le sien… Surtout que le ri en question était sur le point d’exploser. Que ce soit de se jeter sur Ill’ pour le déchiqueter ou juste pour déchirer ses vêtements, là était la question. Mais vu le peu d’influence qu’avait le charme incube sur lui, Markhal penchait évidemment pour la première option. Du moins l’imaginait-il dans son esprit pour éloigner toute autre idée incongrue. Notamment celle où il ne subsistait que peu de vêtements à la fin du scénario.

Finalement, une première main se détacha du sabre et quitta son corps, en même temps que la lame qui le caressa tout du long qu’Illéam’m l’enlevait. Quand la sensation de l’incube contre lui disparut, Markhal sentit la tension quitter en partie ses épaules. Il avait presque fini par oublier où s’arrêtait son corps et commençait celui du démon. C’était rassurant de se retrouver de nouveau tranquillement dans sa tête, sans pensée parasite pour déranger ses pensées… déjà assez dérangées ainsi, avouons-le. Markhal se tourna vers l’incube qui progressait vers l’arrière, ses yeux toujours tournés vers lui, l’épée pointée vers le haut, mais dont la position ne laissait aucun doute sur sa véritable cible. Finalement, le dos de l’incube toucha les barreaux. Le roi crut voir Ill’ tressaillit de surprise. Hé oui, sa cage n’était pas si grande qu’elle ne le semblait aux premiers abords. Du moins elle ne l’était pas lorsque Markhal avait cette lueur dans les yeux, la lueur d’un prédateur qui posait les yeux sur sa proie.

Soudain, ce fut comme un déclic. Ce fut comme si soudainement plus personne ne savait bouger en dehors de la cellule de Markhal. Dän avait suspendu son geste alors qu’il s’apprêtait à ouvrir la porte de la prison, estimant Markhal à une distance suffisante. Mais maintenant, il ne savait plus bouger et ne pouvait que fixer un regard empli de terreur à Ill’ encore enfermé dans la prison. Kelrar était penché sur Azur et lui vidait les poches tant qu’il était inconscient, même si l’odeur avait de quoi repousser plus d’un, mais le voilà maintenant immobile, le nez dans les robes souillées, obligé de respirer l’odeur sous la pression d’une force inconnue. Mais tout deux avaient la capacité de voir la bête qui se mouvât vers Illéam’m.

Markhal fit un pas vers l’incube. Puis un autre. Il avançait d’une démarche féline, dangereuse, mais intense, comme si la terre allait s’ouvrir sous ses pieds, juste par sa volonté. Il marchait sans crainte, même si l’épée du démon faisait encore barrage entre lui et l’incube. Il n’avait pas peur d’être blessé, il l’était déjà après tout. Ses yeux étaient plantés dans ceux d’Ill’. Dans ceux-ci on pouvait lire toute la sauvagerie qui s’y disputait, toute la douleur qui s’y était accumulée, toute la cruauté qui y avait grandi, toute la tristesse qui s’y était nichée… Toute la luxure mêlée à sa folie. Ses mouvements de guerriers, d’animal, ne parvenaient pas à se défaire d’une certaine séduction, comme si tous les muscles n’appelaient qu’à être tendrement caressés ou gentiment mordillés. Il n’y avait plus aucun doute : la succube s’était éveillée.

En un mouvement rapide, Markhal esquiva la lame vers la gauche, sachant Ill’ gaucher et que son mouvement de prédilection serait vers la droite, même si on ne pouvait jamais être sûr avec un gaucher devenu ambidextre. Pour un œil non exercé, c’était comme s’il avait disparu quelques secondes pour apparaître soudainement face au démon. Mais nul doute qu’Illéam’m avait vu ce qui allait arriver… malheureusement trop tard. Ou alors se laissait-il faire pour une mystérieuse raison… Qu’importe, Markhal profita de la situation. Se jetant de tout son poids sur l’incube, le semi-démon se plaqua contre lui, emprisonnant en même temps ses deux poignets, serrant à le casser celui qui tenait la rapière, maintenant l’autre au-dessus de la tête de l’incube pour l’empêcher de faire des bêtises. Si quelqu’un d’autre avait été à sa place, Illéam’m aurait pu maitriser à son tour l’impudent. Mais Markhal avait plusieurs points de son côté : il était plus lourd, plus grand et diablement plus enragé. Même si la rage qui l’animait à cet instant était des plus particulières…

« Tu croyais que ce serait aussi facile, Ill’ ? » susurra le roi d’un air qui aurait pu être mauvais si le ton n’était pas amusé. Juste pour le plaisir, il appuya un peu plus le démon contre la grille, profitant des éléments du décor à son avantage. Décidément, son chez lui avait plus à lui offrir qu’il le croyait…
« Tu ne veux même pas une petite goutte avant de partir ? N’as-tu jamais entendu les rumeurs à propos du sang métis ? Le nom de la « Putain aux Deux Yeux » ne te dit rien ? » continua-t-il au creux de son oreille.

Markhal faisait référence à un de ses surnoms qui avait longtemps fait fureur dan la Cour Impériale. Il lui avait été attribué après qu’on ait fait courir les rumeurs qu’il avait couché avec certains de ses professeurs pour obtenir de meilleures notes. L’histoire était d’autant plus intéressante que les notes obtenues étaient assez impressionnantes pour imaginer les prouesses dont il devait faire preuve au lit. Tout cela avait commencé à cause d’un de ses maîtres qu’on prétendait avoir vu entrer dans sa chambre une nuit. La vérité était tout autre, évidemment. Ce professeur n’était qu’un homme comme les autres qui avait accepté de discuter un peu avec lui à propos d’un livre qu’ils avaient tous deux lu. Mais il avait suivi d’une petite exagération, puis d’une autre pour que tout s’amplifie et que Markhal finisse à la tête du harem scolaire. L’humiliation avait été atroce. Il avait été plusieurs fois tenté à cette époque d’écraser tous ces imbéciles sous sa botte. Quand un de ses tourmenteurs, un incube justement, l’avait provoqué en l’appelant ainsi devant toute la classe des nobles. Markhal le retrouva après les cours pour l’étriper. Dans la bagarre, l’incube le mordit profondément, assez fort pour que sa langue puisse toucher les premières gouttes du sang impérial. Puis, sans plus aucune raison, le démon arrêta de se battre avec lui et s’enfuit, sans demander son reste. Ce n’est que plus tard que Markhal apprit son départ pour sa patrie d’origine dans la terre des Démons. Apparemment, il avait juste dit avant de partir que quelque chose d’aussi bon ne pouvait pas exister chez une telle erreur de la nature. Depuis, le mythe de la Putain aux Deux Yeux et de son délicieux sang était resté. Des années plus tard cet incube mourra insatisfait. Jusqu’à la fin, le meilleur qu’il ait pu jamais goûter fut au cou de l’être qui le répugnait le plus au monde.

La succube s’amusait follement. Elle sentait la répugnance de Markhal à se tenir si près de quelqu’un d’autre, surtout de quelqu’un qui venait de le menacer mortellement, mais elle, ne voyait que l’occasion de se rapprocher de l’un de ses confrères. Un diablement intéressant, d’ailleurs. Le roi se pencha légèrement pour aller sensuellement taquiner la ligne du menton, puis le lobe de l’oreille du démon du bout de sa langue. Quand il revint vers le haut, des yeux mutins se plantèrent dans les prunelles sanguines d’Illéam’m. « Putain aux Deux Yeux »… Il le portait bien ce nom à l’instant, pensa furieusement Markhal. Mais lui-même ne pouvait s’empêcher d’apprécier cette position. Dominer Ill’ était un moment de pure extase. Au moins de ce côté-là, lui et la succube étaient-ils d’accord. Il eut une pensée fugace pour Lilou. Y avait-il un côté d’elle aussi pervers et vulgaire en elle ? Ou était-ce juste dans son caractère, comme une partie inhérente d’elle qui ne dissociait plus de sa personnalité pour devenir des traits plus raisonnables dans leur décadence ? Ou bien était-il le seul à sentir une telle différence entre lui et cette partie succubale qu’il n’arrivait pas à gérer ? Avec une mine moqueuse, Markhal récolta d’une main, celle qui tenait auparavant le bras au-dessus de la tête d’Ill’ qu’il bloquait à présent grâce à son avant-bras, quelques gouttes de son sang à la gorge qu’il déposa d’un air presque tendre, mais certainement dominateur sur les lèvres du démon.

« Bois, Ill’… Après cela, tu seras mien… »

L’instant d’après, Markhal se trouvait à l’endroit exact où Ill’ l’avait abandonné quand il l’avait relâché et avait reculé jusqu’à la grille. Comme si cet instant n’avait jamais existé, la porte fut ouverte par Dän qui attendit que l’incube sorte pour la refermer aussi vite, Kelrar rangeait dans ses propres poches ses nouveaux larcins et Azur émit un gémissement qui prouvait qu’il était encore malheureusement en vie. Le temps semblait avoir repris son cours et rien ne l’avait détourné de sa course. Tout s’était produit comme dans un rêve. Un rêve ? Peut-être pas, vu les quelques gouttes qui maculaient encore la lèvre inférieure de l’incube. Peut-être bien vu le fait que les trois autres agissaient comme si de rien n’était. L’air ambiant était plein de folie, après tout…

Markhal baissa les yeux sur l’urine sur son sol et alla jusqu’à son atelier d’écritoire, c’est-à-dire le coin dans lequel il avait retiré les dalles pour écrire dans le sol avec sa dague quand les gardes ne le surveillaient pas plus que cela, et en préleva de la terre qu’il jeta sur le sol avec l’urine. Il répéta l’opération plusieurs fois jusqu’à ce que le liquide soit enterré sous un amas de boue. Ensuite il racla le tout de son pied et le poussa jusqu’à son trou qu’il reboucha en aplanissant la terre ensuite. Cela avait eu l’avantage de faire disparaître le liquide jaunâtre. Quant à l’odeur d’ammoniac, si elle n’avait pas disparu, son intensité avait eu le mérité de baissé de moitié grâce à l’opération de Markhal. Il ignorait les regards des soldats à l’extérieur sur lui. Il s’en fichait. Ils ne savaient pas par quoi il était passé. Les écuries de ce château n’avaient plus de secret pour lui depuis des années. Finalement, ramasser du crottin pendant des semaines lui servait enfin à quelque chose. Dommage que cela soit le cas plus de six pieds sous terre et à cause de quelqu’un qui avait uriné de peur dans les quelques mètres carrés qui lui servaient de cellule.

Semblant décidé à ne plus adresser la parole aux gardiens, encore moins à Ill’, Markhal se dirigea vers le broc d’eau qu’on avait mis à sa disposition, seul luxe dans ce monde souterrain, et regarda sa face dans l’eau. À part son front, rien n’était blessé. Un miracle compte tenu des derniers événements. Il retira sa chemise, la trempa dans l’eau et entreprit de nettoyer ses plaies avec le tissu. Pas besoin d’utiliser un torchon quand ses propres vêtements ressemblaient à des serpillères… Sa guérisseuse attitrée, Lilou bien évidemment, lui aurait certainement lâché dédaigneusement quelque chose comme : « Vous croyez qu’un massage à base de serviettes mouillées guérira quoi que ce soit ? » si elle avait été là. Elle avait déjà dit quelque chose qui y ressemblait fort, il y avait quelques années, à une jeune fille qui avait essayé de nettoyer ses plaies de la mauvaise façon selon elle. Mais les souvenirs qui le troublaient pour l’instant ne remontaient pas à cette époque. Non, ils dataient de bien avant…


** Dix ans plus tôt**

Pris par le spectacle, Markhal ne pouvait détourner les yeux. Il vit dans les yeux de l’incube qu’il n’y avait plus rien dans son corps, plus d’oxygène pour nourrir ses cellules… Il ne restait plus que cette volonté inébranlable et cette haine qui le poussait à vivre. Suffiraient-elles ? L’instant d’après son corps se contracta, comme sous le coup d’une douleur ignoble. Puis un cri déchira l’air. Un cri ? Non, un hurlement. Un hurlement d’agonie, à moins que ce ne soit un hurlement de rage ? La curiosité de Markhal vira au morbide quand il aperçut de son trône l’éclat brillant rouge au niveau de la poitrine du succube. Qui se calma l’instant d’après dans un bruit de grésillement atroce, laissant derrière lui juste une odeur désagréable de chair grillée… À la place de la lumière se dessinait une cicatrice affreuse, mais qui avait bouché le trou et qui permettait apparemment à Illéam’m de respirer. L’incube se laissa alors tomber à terre, comme un pantin dont on aurait coupé les fils. Désarticulé. Sans vie. Mort ? Pas du tout, car voilà son père qui approchait pour le mettre à mort.

Le métis ne fut qu’à moitié surpris quand un son lugubre dépasse les lèvres de l’incube, destiné à Zorill’. Mais le démon n’abandonna pas, le fou ! Markhal, lui, avait reconnu le bruit qui venait de se produire. Ce n’était pas un son humain. C’était le cri d’un animal poussé jusqu’au dernier rempart de sa vie, prêt à tout, puisque proche de n’être plus rien… Et c’était cela qui faisait sa force. La douleur, la souffrance du démon était à la fois magnifique et horrible. Markhal laissa son esprit s’imprégner de chacune de ces images, ne voulant absolument pas oublier ce moment qui mêlait désespoir, haine, mort et douleur de si belle façon… Soudain, Zorill’ s’éloigne sur une jambe, l’autre anéantie par la lame dans la main droite encore tremblante de son fils, mais néanmoins puissante.

L’incube réussit à respirer, Markhal vit son torse se relever avec difficulté, puis se rabaisser pour un spasme alors qu’il toussait et rendait du sang. Un deuxième cri résonna dans la salle, faisant trembler tous les spectateurs. Était-il devenu fou ? Non, constata le roi de Soras d’un sourire, au contraire il était vivant. À nouveau. Il se releva. Utilisa son arme comme béquille. Abandonna l’espoir de trouver l’autre, la vue apparemment encore embrouillée. Markhal jeta un regard sur son père, un peu plus loin, tétanisé. Le démon ne semblait pas comprendre ce qui se passait, essayait justement de voir ce qui avait cloché dans ce qu’il avait bien pu faire pour en arriver là. Son fils qui tombait et se relevait. Approchait. Grognait à son encontre. Où s’était-il trompé, nom de Krynn ?!

« Tu l’as laissé en vie, voilà ton erreur, Zorill’… Ton orgueil a toujours été ton pire défaut… »

Il aurait voulu regarder le roi qui semblait lui avoir murmuré ses paroles à l’oreille, mais Zorill’ était hypnotisé par sa descendance qui venait vers lui. Le raclement de l’épée sonnait comme une mélopée funèbre dont les pas de son fils marquent le rythme. L’épée se leva. Le démon ne bougea pas. Peur. Désespoir. Il allait mourir. Des mains de son propre fils… Pathétique. La lame trancha parfaitement. La poitrine était ouverte proprement, si on excluait le sang dont le visage d’Ill’ était maculé. Tout le monde resta silencieux, abasourdi devant le résultat que nul n’avait prédit… à part les quelques personnages un peu en hauteur, dirigeant chacun Soras à leur manière, un regard calculateur posé sur l’incube qui venait d’ouvrir son père.

« Voyez, démon, ce n'est pas mon fantôme que vous avez pourfendu. Mais c'est la chair de votre chair qui triomphe de vous ! »

La main dans la plaie, le fils en sortit le cœur de son père, battant pour encore quelques secondes, dégoulinant de sang. Mais ce n’était rien à ce qui tomba lorsque ses dents s’enfoncèrent dans la chair. Il y en eut partout. La peau diaphane de l’incube n’était qu’un souvenir sous le rouge chatoyant de son père. Markhal nota dans le public quelques-uns qui se détournèrent et d’autres qui vomirent sans plus d’autre cérémonie. Mais un frisson d’horreur et de respect traversa la salle lorsqu’Ill’ planta à nouveau ses dent dans le cœur et se mit à en avaler un morceau. Le silence perdura. Nul n’osait faire un geste de peur d’être la prochaine cible de ce démon complètement fou. Soudain on entendit le bruit d’une chope frapper la pierre. Les regards se tournèrent vers le trône où Markhal recommença le geste. Bientôt, tous l’imitèrent, un à un, contaminant la salle jusqu’à devenir ce qui était l’applaudissement sorassien, l’ovation de la victoire d’Illéam’m.

« Voilà un combat dont on parlera pendant des siècles, n’es-tu pas d’accord, Alectö ? »
« Un peu trop de sang à mon goût, mais ce n’était pas trop mal »
concéda le chef des guerriers. Alectö était décidément bien difficile… Jamais content, celui-là.

Quand l’incube avait l’air d’avoir fini sa sinistre besogne, Markhal descendit les escaliers qui le séparaient de l’arène et s’approcha à pas lents de son nouveau champion.

« Illéam’m Nazed’d, Ombre-Chevalier… Tu as gagné pour la gloire et la connaîtra pour les années à venir... Rejoins-moi. Ensemble, nous pourrons faire de grandes choses… »

Dans un même mouvement, il avait invité une guérisseuse à s’occuper de l’incube. Sous le regard du roi, plus ou moins bienveillant, la jeune femme s’approcha du jeune homme pour prendre soin de ses blessures. Tout se passait pour le mieux. Un empêcheur de tourner en rond venait de trouver la mort. Un excellent guerrier allait entrer sous ses ordres. Finalement, ce n’était pas une si mauvaise chose qu’Aram ait eu envie de rat, ce matin. Dire qu’il aurait pu manquer ça !

Mien, grogna de nouveau son instint.
Bientôt, murmura son esprit.

Quoique…

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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Sam 11 Sep - 22:15

« A ton avis, c’est toi, Dän, Azur ou moi qu’il vient d’insulter ? »

Le murmure lui tira un sourire sarcastique. Qui s'agrandit à la vue du regard noir que le démon lança au seigneur. Peu lui importait... Le destinataire pouvait tout aussi bien être l'Empereur en personne, l'insulte n'était pas bien grave. Cela lui rappelait quelques souvenirs, quand il était encore avec sa mère et qu'il servait d'esclave pour l'armée de son père. Un jeune elfe noir l'avait pris comme souffre-douleur. Rien d'étonnant à cela puisqu'Ill' était le bouc émissaire de la majorité des soudards de Zorill'. Mais ce jeune blanc-bec ne perdait jamais une occasion pour humilier le jeune incube et aussi lui faire mordre la poussière. Seulement, les injures utilisées étaient aussi insultantes que les balbutiements d'un bébé face à toutes les atrocités dites par les vrais guerriers. Comment comparer un « ordure » à des mots qui auraient fait frémir un bataillon entier de gros durs à cuire... Il y avait deux types d'insultes qui atteignait profondément Ill' : les premières concernaient son honneur. Il avait déjà tué plus d'un après de telles bassesses. Les deuxièmes concernaient sa mère. Un « fils de... » ou « je suis certain que ta mère... » le mettait dans une rage folle, mais froide. Terriblement froide. Impressionnante. Et mortelle... Mais surtout, avant la mise à mort, une rage affreusement douloureuse. Il y a de ça cinquante ans, il avait torturé un homme, qui avait insinué que sa mère était bien pire qu’une catin, pendant une bonne semaine avant de la mettre à mort, comme un chien. L’exploit de le garder en vie pendant sept jours venait d’une drogue qu’il avait ramassé sur des marchands d’esclaves. Pour les faire travailler encore plus longtemps dans des conditions atroces telle qu’à l’intérieur des mines de diamants, ils utilisaient une substance supprimant une partie de la douleur et donnant la dopamine suffisante pour que le cœur battent. Elle avait deux avantages : En ne sentant pas a douleur, il ne s’arrêtait pas. Et les marchands d’esclaves « fidélisaient » le client. Car il fallait une dose quotidienne de drogue sinon le sujet venait à se suicider ou à mourir par effet de manque… Bref, revenons au pauvre type qui avait eu le malheur d’insulter l’Ombre-Chevalier. Ill’ avait détruit ce qui faisait de lui un homme, avait piétiné sa fierté, craché sur son honneur. Il avait même torturé le magnifique aigle qui était son gardien. Lui arrachant plumes par plumes... Brisant os pas os… Et finalement, au bout de sept jours, il l'avait roué de coups jusqu'à ce que mort s'en suive. Il l'avait ensuite pendu par les pieds à un arbre, attachant avec lui les différentes parties de son anatomie qu'il lui avait coupé ou arraché pendant ses supplices. Langue, testicules, œil... Lambeaux de chairs... Il avait vraiment sombré dans la démence cette fois-ci... Un jour, il n'aura plus jamais la chance de s'en sortir. Il le savait. Sa raison abandonnerait son esprit et ce pour de bon. Car ce sacrifice l'avait calmé. Mais d'autres avaient suivi. Moins décadents car il avait lutté contre cela, mais toujours aussi sanglants et morbides. Mais ce qui le rassurait, c'est qu'après ses « crises » il pouvait passer plusieurs mois sans incidents. À croire que sa soif de sang était étanchée. Jusqu'à la prochaine insulte... Parfois, il arrivait à gérer le conflit comme un gentilhomme. Mettre un soufflet avec son gant, tiré son épée et faire ça classe. Sans trop de sang. Sortir vainqueur en tout honneur. Mais c'était rare. Car ceux qui l'insultait était rarement des gentlemen...

Après s'être séparé du monarque, il ne s'attendait pas à heurter aussi vite les barreaux. Ill' fit le tour de ses options... Et arriva rapidement à une conclusion : Si Dän ne lui ouvrait pas très vite, la confrontation serait inévitable. Une sueur froide coula le long de son dos. Il raffermit sa prise sur sa lame. Il entendit le chevalier introduire la clé dans la serrure mais suspendre son geste... Ainsi que sa respiration par la même occasion... Il entendait aussi vaguement un bruit provenant de plus loin. Sans doute Kelrar en train de s'occuper du mage...


*Mais qu'est ce qu'il attends !*

Son attention était focalisée sur Markhal. Lequel fixait l'Ombre-chevalier de ses yeux vairons. Était-ce juste une impression ou Ill' voyait bien une lueur d'intense sauvagerie dans les prunelles bicolores du Fléau de Krynn ? Un pas... Félin, arrogant et sauvage. Deux pas... S'il avait eu des doutes sur les intentions de l'ex-seigneur de Soras, ils s'étaient volatilisés depuis… environ deux pas... C'est étonnant combien une démarche peut vous en apprendre autant. La démarche mais aussi ce regard envoûtant et terrifiant suspendu au sien... Et dont il ne pouvait pas se détourner. Intense, bestial, sauvage... Si le chevalier n'avait pas cru sa fin si proche, il aurait était immédiatement conquis. Mais, en l'instant présent, il luttait pour déglutir. Ses poils s'étaient hérissés, ses muscles s'étaient tendus, prêt à la confrontation et il n'avait pu réprimer un frisson... Que dis-je ! Un tremblement ! de se répandre le long de son échine.

Se jeter sur le métis aurait pour unique conséquence de raccourcir sa vie, dont la fin semblait déjà radicalement trop proche. C'est pourquoi Ill' attendait le bon moment. Encore un pas, et le monarque serait à la limite de sa portée d'épée. C'est à dire, qu'un pas de plus ferait utiliser à Ill' la garde de sa rapière et non sa lame. Ce que beaucoup de guerriers sous-estimait. Car bien porté, un tel coup pouvait tuer un homme en lui défonçant le crâne. Ou tout du moins sonner n’importe quel gaillard normalement constitué. Fort de ce plan, il esquissa un léger pas de côté pour le mettre dans une position optimale, guettant le pas de son adversaire. Mais rien ne se passa comme prévu. L’attaque vive le prit au dépourvu. L’ancien monarque se glissa sur son côté faible, puis avec une vitesse et une dextérité incroyable il se déplaça face à l’incube pour le plaquer contre les barreaux. Ill’ avait décrypté chacun de ces mouvements. Mais le seul geste qu’il avait tenté de faire avait était stoppé par la poigne de Markhal qui l’avait immobilisé. La charge du métis l’avait projeté contre la grille, lui vidant ainsi l’air qu’il avait dans les poumons. Un léger craquement au niveau de plusieurs côtes lui parut des plus mauvais augures. Ill’ détestait avoir des côtes cassées ou fêlées. Sa tête frappa durement contre les barres de métal, lesquels lui rentraient douloureusement dans les dos et avaient sans doute fissuré son omoplate gauche qui avait subi le choc en premier. L’air pénétra à nouveau ses poumons. Mais la situation n’était vraiment pas en sa faveur. Les deux mains bloquées, son poignet gauche prêt à se briser sous l’étreinte, le corps bloqué par celui plus lourd et plus puissant de l’ex-dirigeant de Soras… Bref. Il était à sa merci. Et dire qu’il y a à peine une minute, les rôles étaient inversés !


« Tu croyais que ce serait aussi facile, Ill’ ? »

La voix était caressante. Enfin… aussi sensuelle que possible venant d’un homme qui allait certainement le tuer dans la minute… Ill’, qui luttait déjà pour respirer, eut une grimace de douleur lorsque Markhal le pressa d’avantage contre la grille. Un craquement au niveau de son omoplate lui apporta une confirmation : la simple fêlure s’était transformée en une belle fracture. Il serra les dents à s’en faire mal à la mâchoire pour éviter de hurler. Ce qui lui compliqua la tâche pour respirer. Aussi ce força t’il à faire le vide, se concentrant le plus possible sur sa respiration. Malgré ses efforts, ses yeux s’humidifièrent sous le coup de la douleur. Se sentant ridicule, il ne put s’empêcher de sourire devant sa propre faiblesse !

« Tu ne veux même pas une petite goutte avant de partir ? N’as-tu jamais entendu les rumeurs à propos du sang métis ? Le nom de la « Putain aux Deux Yeux » ne te dit rien ? »

Le roi avait murmurer au creux de son oreille. En d’autres circonstances, Ill’ l’aurait pris pour un signe, son corps se serrait mit à bouillir, son esprit à divaguer vers son penchant de luxure naturelle. Mais au vue de la situation, il ne pouvait pas se le permettre. Et de toute façon, avec la question de Markhal, il ne se le serait pas permis… Alors tout ceci était vrai ? La « Putain aux Deux Yeux » n’était pas une légende de plus que l’on avait associé au nom du seigneur de Soras ? Ce métis avait réellement un sang si divinement (ou machiavéliquement ?) bon qu’il était ensuite impossible de se satisfaire de nul autre sang ? Ill’ se figea. Son teint vira au livide. Ses yeux s’écarquillèrent pour se planter dans ceux de Markhal. Disait-il vrai ou cherchait-il seulement à lui faire croire que la rumeur était fondée ?

Soudain, le chevalier retint sa respiration sans même s’en rendre compte. Le prisonnier s’était encore rapproché de lui, ce qui bientôt serait un exploit car ils ne pourraient vraiment pas être plus près… Avec une lenteur toute particulière… Ill’ en eut des sueurs froides… Markhal se pencha vers lui. L’Ombre-chevalier ne savait pas ce qu’il avait en tête, mais il sentait sa dernière heure approcher… Les sueurs froides se muèrent en une fièvre incontrôlable lorsqu’Illéam’m sentit le langue du seigneur des lieu parcourir la ligne de son menton. Il se souviendrais toute sa vie de ce moment… Dans ses rêves, ses cauchemars ou ses fantasmes ? La question pouvait se poser, mais le chevalier n’était pas sûr de trouver la réponse… Se souvenant d’un coup que l’oxygène était indispensable à sa vie et qu’il ne respirait plus depuis un certain temps, il avala une grande bouffée d’air… Mauvaise idée. Car cette opération ne servit qu’à diminuer le peu d’emprise qu’il conservait depuis le début de la « torture »… Tout avait l’odeur de ce seigneur. Pas une once de parfum comme chez les aristos ! Non ! Qu’une odeur virile, de sueur, de sang… Ill’ faillit lâcher son épée lorsqu’il titilla son lobe. Sa confusion s’arrêta brusquement lorsque Markhal planta ses yeux dans les siens. Il prenait manifestement son pied, mais pas de la même façon que l’Ombre-chevalier… Ou plutôt, une partie de lui prenait son pied comme un incube l’aurait fait, et l’autre semblait s’amuser du fait qu’Ill’ ne pouvait nier qu’il était un incube. Déroutant ! Et terriblement gênant ! Et d’une faiblesse montrée au grand jour à quelqu’un qui s’en servirait dès que l’occasion se présenterait ! Markhal changea de position. Il maintenait le bras droit d’Ill’ par son avant-bras. Ill’ fit une brève tentative pour se libérer qui se solda par un échec prévu d’avance. L’ombre-chevalier suivit le mouvement de la main. Laquelle alla jusqu’à la gorge du prisonnier puis jusqu’au lèvre d’Ill’. Pas de doute, l’ancien monarque venait de déposer quelques gouttes de son sang sur ses lèvres. Et l’incube dut réprimer le mouvement instinctif de sa langue qui ne souhaitait que récolter le sang si alléchant.


« Bois, Ill’… Après cela, tu seras mien…
- Je ne serais jamais vôtre.»

Ill’ savait en ce moment que rien ne pouvait être moins sure. Il avait dit ça pour s’en convaincre, pour faire le bravache, mais il mettait toute sa volonté pour empêcher sa langue de passer sur ses lèvres et de goutter ce sang qu’il rêvait tout à l’heure de lécher une fois sorti de la cellule. Puis tout se termina comme tout avait commencé ! En vitesse et sans que le chevalier puisse réagir. Le monarque avait reculé. Dän en profita pour ouvrir la cellule. Ce fut une phrase pressante qui fit réagir Ill’ de nouveau. Il se décolla de la grille et sortit du lieu de vie du prisonnier. Se rendant compte qu’il devait afficher un regard hagard, l’Ombre-chevalier se recomposa bien vite un masque impénétrable. Une erreur, car s’il avait affiché un air arrogant, cela aurait plus collé avec sa personnalité ! Son regard fit rapidement le tour. Dän le regardait, comme surpris de le voir encore en vie. Kelrar rangeait quelque chose de sa poche et Azur gémissait, roulé en boule sur le sol. Rapidement, il tourna son regard carmin vers Markhal. Lequel après avoir fixé le sang vermeille sur ses lèvres s’était mit à nettoyer avec soin sa cellule.

Mais Ill’ était plongé dans un affreux dilemme. Quel goût avait donc ce sang ? Lui résisterait-il ? C’était comme si le liquide précieux le brûlait. Ce jour là, il en avait était de même…

* Dix ans plus tôt *

Ill’ reprenait peu à peu ses esprits en dévorant le cœur de Zorill’. Pourquoi avait-il senti qu’il était nécessaire pour lui de la faire ? Peut être parce qu’en tuant sa mère, il avait anéanti le cœur de son fils. Et que maintenant ce dernier le récupérait. Œil pour œil, dent pour dent, cœur pour cœur. Ça semblait cohérent. Et c’était si bon ! Il avait déjà dégusté des sangs, tous différents. Il n’avait pas trouvé mieux que le sang d’ange. Sucré, suave. Mais il regrettait de ne jamais l’avoir obtenu après une nuit de plaisir… Celui de succube était plus acide, il laissait un goût inimitable sur les lèvres. Ce n’était pas pour lui déplaire… Pour les elfes, c’était entre les deux. Les humains avaient un goût plus âcre, contrebalancé par une saveur métallique qui était moins prononcé chez les autres races. Les démons… C’était plus amer. Et âpre. Généralement, il en gardait la langue râpeuse pendant quelques jours. Et si le sang de son père était en effet amer, âpre et en même temps acide, il prenait plaisir à s’en rassasier. Surtout que son contact sur son visage, son avant-bras et la majeure partie de sa poitrine le brûlait, lui procurant une chaleur qui le remettait petit à petit d’aplomb.

Pendant qu’il dévorait le muscle qui ne palpitait plus depuis qu’il avait planté ses canines dedans, il entendit un bruit étrange. Il fit un effort pour focaliser sa vue sur l’origine de ce bruit. Le roi. Il frappa derechef son trône avec sa choppe. Et les soldats l’imitèrent. Enfin, ceux qui ne s’était pas détournés pour vomir ce qu’il venait d’ingurgiter… Il n’eut qu’un regard méprisant pour eux. Et ça se prétendait soldat ? S’il n’avait pas eut un morceau de cœur dans la bouche et si tout son corps n’avait pas été aussi douloureux, il aurait éclaté de rire. Alors ces pleutres, ces petites natures constituaient l’armée de Soras ? Comment une telle armée pouvait autant gêner les chevaliers impériaux en étant composée de soudards qui perdaient leur moyen devant du sang ? Avalant le dernier morceau, il résista à l’envie de lécher le reste du liquide vermeille qui coulait le long de son avant-bras jusqu’au coude. Il gouttait d’ailleurs jusqu’au sol. Ill’ s’aperçut que son repas avait formé une magnifique flaque carmin à ses pieds. S’il n’utilisait pas toute sa volonté pour tenir debout, il aurait levé les bras en signe de victoire ! Il aurait essayé de se faire acclamer le plus longtemps possible. Ses ovations étaient pour sa gloire. La sienne… Ce combat sera graver dans les mémoires de ces soldats. Ils raconteraient comment ce sont battu le père et le fils. Comment il s’était relevé pour mettre à terre son père. Sa légende allait s’écrire à partir de maintenant !

Un autre mouvement attira son attention. Le Roi venait de se lever. Son griffon le suivit lorsqu’il descendit majestueusement les marches. L’incube ne savait que penser. Le monarque lui avait donné sa permission pour lancer son défi. Il avait retenu ses guerrier avant le combat. Il avait remis son père à sa place, l’avait humilié et l’avait poussé à accepter le défi. Mais maintenant ? Maintenant que Zorill’ était mort, allait-il le tuer ? Il serra la poignée de sa rapière. Son héritage… Il parcourut la lame de ses yeux. Elle était imbibée de sang, il ne put donc pas en savoir plus sur son état. S’il devait être mis à mort, il lutterait encore ! Il emporterait le plus grand nombre de Sorasiens dans sa chute ! Ses doutes s’amplifièrent lorsque Markhal fit un signe. Mais en voyant que seule une jeune femme, non armée, se dirigeait vers lui, il se décontracta… Un petit peu…


« Illéam’m Nazed’d, Ombre-Chevalier… Tu as gagné pour la gloire et la connaîtra pour les années à venir... Rejoins-moi. Ensemble, nous pourrons faire de grandes choses… »

Son souffle se bloqua dans sa poitrine. Que répondre… Le fait que sa tête reste ou non sur ses épaules dépendaient de sa réponse. Car Illéam’m se doutait que le dirigeant de Soras, le bâtard de l’empire, n’était pas une personne à qui on pouvait refuser quelque chose. Le « non » devait être exclu du vocabulaire des soudards du métis. Suivant les consignes pressantes de la ravissante guérisseuse, un homme apporta une chaise sur laquelle la demoiselle ordonna à Ill’ de s’asseoir après avoir retiré son armure. L’idée ne l’enchantait guère, mais le « non » semblait aussi être proscrit avec la dame… Le regard de l’incube alla de la jeune femme au seigneur des lieux… Du monarque à la chaise… De la chaise à son armure… De son armure à sa rapière… De sa rapière à son père…

* Dans quel guêpier tu t’es fourré, Illéam’m Nazed’d ? Et maintenant je fais quoi ?*

« Seigneur… » * Par où commencer…* « Me faire soigner est obligatoire au vue de mon état. » Ill’ marqua une légère pause, cherchant ses mots… « Accepter de vous rejoindre me semble obligatoire pour ne pas abréger ma vie… Pourtant, je dois être fou, car je refuse de me joindre à vous. » L’ombre-chevalier ne put s’empêcher de rajouter d’un ton blasé : « Et comme je suppose que vous ne l’êtes pas, vous n’allez pas m’accorder de soin, ou plutôt m’achever pour me soulager de mes blessures. Je vous en serez presque reconnaissant. »

L’incube avait sourit dans sa dernière phrase. Pourquoi ne pas s’empaler directement sur son épée pendant qu’il y était ? Il pourrait faire ça propre, pour sectionner l’endroit qu’il faut et mourir sans trop de souffrance. Pratique. Et s’il le proposait ? Pendant ce temps, la jeune femme s’était penchée sur son genou. Il mettait la majorité de son poids sur l’autre jambe, car il s’était aperçut qu’elle tremblait violemment. Sans attendre qu’il soit assis, elle commença à nettoyer les plaies. Ill’ lut la surprise sur son visage. Si la plus profonde de ses blessures laissait encore échapper le liquide vital, bien moins qu’elle ne le faisait avant qu’il ne s’enfonce le morceau de lave dans la poitrine, les deux autres, beaucoup plus superficielle s’était refermée, laissant juste deux cicatrices qui s’effaceraient d’ici quelques jours. S’il vivait encore quelques jours…

Ill’ essuya sa rapière sur son pantalon. D’après son poids, le dit vêtement était déjà imbibé de sang, donc un peu plus ou un peu moins… Il laissa son regard parcourir la lame, recherchant les dommages éventuels dus au combat. A sa grande satisfaction, il n’en repéra aucun. Cette inspection n’avait qu’un but. Ne pas regarder le seigneur dans les yeux. Car, Ill’ aimant fanfaronner, il ne put s’empêcher d’ajouter :


« Je ferais bien plus de dégâts dans votre armée que dans celle d’en face ! Si je la rejoins ce qui n’est pas dit ! » s’empressa t’il d’ajouter, ne voulant pas non plus s’enfoncer… « Car les victoires sont dans votre camp en ce moment. Alors que si je vous rejoint, je côtoierais les soldats de Zorill’ tous les jours. Et figurez vous que j’ai des comptes à régler avec chacun d’entre eux. J’ai la rancune tenace comme vous avez pu le constater. Mon père comptait une troupe de quarante deux soldats lorsque j’étais jeune. Donc, s’ils sont avec vous, vous aurez déjà quarante deux soldats de moins, pour un soldat de plus. Et un piètre soldat qui plus est car je ne pense qu’à moi. Et je n’obéis pas aux ordres. Enfin je n’obéis pas à ce que je n’approuve pas… »

Ill’ lécha par réflexe le sang qui maculait sa main. Autant profiter de choses agréables pendant le peu de temps qu’il lui restait à vivre. Car, il ne savait pas ce qui allait se passer ensuite. Le visage qui lui faisait face était indéchiffrable. Et quand bien même il ne l’aurait pas été, le chevalier était nul à ce petit jeu. Deviner les intentions d’un bretteur était d’une facilité déconcertante. Mais connaître les sentiments des gens qui lui faisait face, ça c’était hors de ses capacités…

Mais depuis, il s’était amélioré …

* Présent *


« Je n’ai jamais compris pourquoi j’avais pu sortir vivant du château d’Ebène il y a de cela dix ans. Maintenant, je vais sans cesse me demander comment j’ai pu sortir vivant, aujourd’hui, de cette cellule. Non pas que je ne sois pas fier de réitérer l’exploit de vous avoir survécu, mais je ne peux m’empêcher de m’interroger… »

Pendant qu’il parlait, il avait rengainé sa rapière. Sa fidèle compagne était toujours à ses côtés. Et il payait de très grosses sommes pour qu’elle soit toujours sans défauts. Ce simple geste lui rappela son omoplate brisé. De sa main droite, il alla tâter le derrière de son crâne, et refoula une grimace quand elle rentra en contact avec un liquide chaud et poisseux. Un rapide examen lui apprit que la blessure était superficielle, mais comme toute plaie à la tête, elle saignait beaucoup. Son poignet gauche était encore douloureux, et une légère marque attestait de la force du prisonnier. Mais à ce niveau, il n’avait rien de cassé. Il réprima encore une fois le mouvement de sa langue vers ses lèvres. Puis, fort de ses souvenirs, il essuya le sang avec sa cape. Il avait refusé de le rejoindre une fois, alors qu’il pensait mourir dans les minutes qui suivraient, ce n’était pas pour céder maintenant. Surtout pour rejoindre un Roi sans trône, sans liberté, et responsable de groupes de soudards qui sillonnaient le pays, terrorisant ses habitants, dans l’attente du retour de cet homme.

« Vous savez, je vous suis reconnaissant de votre clémence. Actuelle ou passée. » Il avait dit tout cela en fixant le monarque, puis il se détourna avant d’ajouter : « Au pire, si vous me tuez dans les mois qui viennent à cause de mon manque d’attention, je pourrais quand même entrer dans la légende. Je suis le seul à vous avoir survécu deux fois, même Léonis Ourha ne peut pas s’en vanter. Et je suis aussi le seul à avoir refuser de me joindre à vous deux fois. »

Il avait dit ses derniers mots d’un ton badin, mais pourtant, il s’était éloigné de la cellule. Pas question de baisser sa garde maintenant. Ce serait bête de mourir maintenant. Et dépourvu de toute gloire. Il s’avança vers l’alcôve des gardes, mais se ravisa et attrapa Kelrar par le col. L’Ombre-chevalier se retint de grimacer. Son épaule se rappelait douloureusement à son bon souvenir. Il le souleva quand même, utilisant de préférence son bras sain et défiant le démon du regard. Etant certain d’avoir obtenu son attention, sa totale obéissance et sa docilité (le souvenir de leur dernier affrontement était encore trop présent) Ill’ articula d’un ton froid et sans appel :

« Qu’est ce que tu fais encore là ? Tu devrais être allé cherché les mages pour soigner la chose qui gît à nos pieds depuis que tu es sortit de la cellule. Parce que je ne pense pas que tu aies eu l’intention de me venir en aide pendant que j’y étais encore…
- Tu me le payeras !
- Toi comme moi le savons très bien. Ta défaite de tout à l’heure sera la seule que tu connaîtra car tu es incapable de faire quoi que ce soit envers moi…
- Je ne suis pas à tes ordres, connard. »
- Illéam’m s’esclaffa avant de rajouter : « Tu le seras tant que tu ne pourras pas t’opposer à moi. Maintenant va chercher ses satanés soigneurs ! »

Le démon lui jeta un regard noir de haine, pourtant il partit chercher les autres mages. S’il n’y avait eu qu’Azur, Ill’ n’aurait probablement pas pesté autant. Mon son épaule et quelques côtes étaient encore douloureuses. En plus, il ne voulait pas que Markhal meurent bêtement d’une commotion cérébrale. Même s’il était prêt à parier que cela serait impossible. Il alla donc dans le recoin des gardes et attrapa un deuxième broc d’eau. Il laissa couler l’eau sur son avant-bras, pour se débarrasser d’un maximum de sang. Puis il utilisa sa cape pour enlever le reste avant qu’il ne sèche. Enfin, il termina la cruche en buvant de longues gorgées.

Lorsqu’il retourna à son poste, il vit que Dän ne le lâchait pas des yeux.


« Tu as quelque chose à dire ? »
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Markhal
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MessageSujet: Re: La Vie est un Théâtre   Lun 20 Sep - 0:17

« Je ne serai jamais vôtre.»

Pure bravade ou promesse ? À cet instant, Markhal pouvait encore décider que tout se passe comme il le décide. Il lui suffirait de glisser sa langue entre les lèvres de l’incube, récoltant au passage les quelques gouttes de son sang et les insérant de force dans la bouche d’Illéam’m… L’incube n’aurait d’autre choix que de goûter au sang du roi, confirmant ou contredisant alors les rumeurs qui avaient couru sur son compte des années plus tôt. Un instant, le roi se laissa bercer par cette séduisante idée. D’autant plus séduisante par la position dans laquelle ils se trouvaient. Ill’ devait avoir au moins une ou deux côtes fêlées, sans oublier la clavicule que le roi avait malmené sans état d’âme en le plaquant contre les barreaux. Il avait également particulièrement apprécié la tentative (ratée) du guerrier pour se soutirer à sa poigne. Il ne s’était pas rendu compte qu’à cet instant, son corps s’était courbé comme il l’aurait fait sous l’assaut du désir, frôlant lascivement le corps devenu bien trop sensible du prisonnier. La succube prenait beaucoup de plaisir à cet échange des plus… inégaux. Markhal, lui, ne fit que sourire d’un air mystérieux. Ses yeux vairons semblèrent répondre silencieusement à la provocation d’Ill’. Oh vraiment ? Nous verrons bien.

Quand l’incube quitta sa cellule, le prisonnier ne lui accorda plus un regard. À la limite jeta-t-il fugitivement un coup d’oeil aux quelques gouttes sur les lèvres du guerrier avant de se détourner et d’arranger un peu sa cellule. Il avait croisé le regard vaguement interrogateur de celui qui l’avait renié des années plus tôt, mais avait décidé de ne pas y répondre. Markhal ne souhaitait pas qu’Ill’ oublie leur petit entretien, loin de lui cette idée. Il voulait plutôt que l’incube macère un peu dans ses questions, qu’il soit troublé et surtout qu’il le laisse un peu tranquille. Il en avait assez de ses gardiens. Il en avait assez de cette prison. Se murant dans le silence, Markhal se contenta de machinalement nettoyer sa prison, sachant pertinemment que s’il ne le faisait pas lui-même, personne ne le ferait. Jusqu’à ce que l’odeur incommode trop les chevaliers pour les obliger à faire quelque chose. Mais d’ici là, le prisonnier aurait le temps de s’empoisonner les poumons à l’ammoniac. Certains chevaliers avaient une résistance aux odeurs, comme le prouvaient celles qu’ils dégageaient…

« Je n’ai jamais compris pourquoi j’avais pu sortir vivant du château d’Ebène il y a de cela dix ans. Maintenant, je vais sans cesse me demander comment j’ai pu sortir vivant, aujourd’hui de cette cellule. Non pas que je ne sois pas fière de réitérer l’exploit de vous avoir survécu, mais je ne peux m’empêcher de m’interroger… »

Ill’ semblait avoir décidé de ne pas le laisser tranquille. S’en tenant à un simple mépris amusé, Markhal planta quelques secondes son regard dans celui du démon. Ah bon, il croyait avoir survécu ? Qu’il s’interroge ! Mais qu’il n’attende pas de la part du prisonnier une quelconque réponse à ses questions. Survécu… Mais pourquoi ? Pour devenir le chevalier à la réputation toute relative, gardien du cachot de l’homme qui l’avait épargné des années plus tôt ? La belle affaire ! La gloire ! En voila des raisons d’être fier d’avoir survécu. Survécu… Mais dans quel état ? Quelles cicatrices lui étaient-elles restées de son affrontement à Soras ? Des quelques minutes durant lesquelles ils étaient restés enlacés contre les barreaux de la cage du roi ? Markhal ne parlait pas du trou qu’il avait eu au niveau de son poumon, ou même du poignet légèrement douloureux, mais d’autres marques. Les marques que de telles expériences pouvaient avoir laissé sur son esprit. Markhal savait que de ce côté-là, certaines blessures restaient à jamais saignantes et ouvertes… Ill’ pouvait-il affirmer être intact de ce point de vue ? Oserait-il affirmer qu’il avait vécu de son plein gré, et non parce que cela avait été la décision un peu irraisonnée d’un homme qui en fit le soudain caprice ?

Le sang sur les lèvres de l’incube disparut, essuyé par la cape de celui-ci. Cependant, rien dans l’attitude du prisonnier ne montra de la colère ou du dépit. Ainsi il refusait de nouveau de goûter à ce qui aurait pu être une alliance avec le roi. Quitte à être son ennemi, Illéam’m voulait certainement poser les limites, établir la frontière qui existait maintenant entre lui, habitant libre de l’Empire et Markhal, roi prisonnier de Soras. Mais ce geste que le guerrier avait voulu de révolte, de césure entre lui et ce passé qui le liait au prisonnier n’attira sur les lèvres du semi-démon un sourire vipérin. Alors comme ça, il pensait en avoir fini avec lui ? Malheureusement pour son nouveau gardien, il constaterait très vite que Markhal avait bien d’autres ressources à son actif. Il ne lui faudra pas bien longtemps pour trouver une nouvelle façon de torturer l’incube, de le pousser à tester sa loyauté vers cet Empire qui n’avait rien trouvé de mieux à lui offrir que des journées sombres, sous terre, à côté d’un homme à moitié fou et pourtant dangereux.

« Crois-moi, Ill’… Il ne te mérite pas » avait-il dit dans un murmure, trop bas pour que quelqu’un ait pu l’entendre, pas même le principal concerné.

« Il » était l’Empire. C’était Robin. C’étaient toutes ses personnes qui se jugeaient justes, ou trop bonnes pour être au même niveau que Markhal. Le roi se sentait bien au-dessus de cette justice hypocrite qu’offraient tous ces magistrats bouffons. Il avait beaucoup plus à donner : la vérité. Une vérité cruelle, mais toute simple, nue, facile à comprendre et à appliquer. Sa vision de l’Empire pouvait sembler barbare, mais au moins avait-elle le mérite de reposer sur un système plus égalitaire, où chaque rang était gagné à la sueur de son front ou par ses compétences véritables. Jamais Markhal n’avait accepté quelqu’un à un poste parce qu’il était le fils de ou le cousin de. Il était entouré des meilleurs, parce qu’il ne devait rien à personne et que personne n’aurait jamais osé rien lui demander. L’offre que Markhal avait fait à l’époque à Illéam’m avait été sincère : il ne prenait jamais que els meilleurs. Et à ce temps-là il n’avait pas seulement considéré Ill’ comme un guerrier extraordinaire, mais comme un frère qui avait vécu une histoire similaire à la sienne… Mais tout cela n’avait plus d’importance maintenant. Tout cela était une affaire vieille de dix ans…


** Dix ans plus tôt**
Le roi notait l’hésitation de l’incube, pourtant il la mit sur le compte de la surprise après son combat. Après tout Ill’ était encore affaibli par sa joute et il avait perdu assez de sang pour en avoir la tête toute retournée. Il était tout à fait normal qu’il soit pris au dépourvu par la demande du roi. Mais Markhal n’avait su attendre pour rejoindre le démon. Impatient ? Bien sûr. C’était tellement rare d’avoir de si bonnes recrues. Mais ce n’était pas la seule raison. Illéam’m était de ces hommes faits pour le combat. Pour les hauts faits qui font les histoires et construisent la légende d’un royaume. Il venait de poser les premiers jalons en tuant son père en combat singulier, au milieu de la salle des Banquets du Château Ébène, mordant le muscle qui alimentait le corps de son ennemi quelques instants auparavant. L’effet sur les soldats de Soras avait été saisissant. Alors que le premier moment certains avaient été horrifiés ou dégoûtés, par la simple intervention du roi, ils avaient vu le véritable spectacle auquel ils assistaient : la vengeance d’un fils sur son père, accomplie par le fer et le sang. Passant du dégoût à l’exaltation, ils avaient ovationné cet homme qui baignait dans un sang qui n’était pas le sien, hurlaient leur admiration… Mais Markhal leur avait montré bien plus que ça. Dans leur esprit, ils venaient d’avoir un présage : le fils gagnant contre son père… Le bâtard gagnant contre l’Empire ? Il ne fallait qu’un pas pour caresser ce qui n’était plus une utopie, mais le but qui ralliaient tous ces hommes à la cause de Soras. Ils n’applaudissaient pas seulement l’incube, mais le symbole qu’il représentait.

Markhal remarqua du coin de l’œil la chaise apportée pour son invité, mais à l’étonnement du roi, celui-ci semblait ne pas vouloir s’asseoir pour le moment. Voulait-il éviter de montrer sa faiblesse en public ? C’était une bonne chose, surtout dans un repaire comme Soras. Mais après un tel duel, il était évident que le souvenir qu’il avait laissé chez les soldats resterait assez longtemps pour que personne ne s’attaque à lui avant un bon mois. Mais si tel était son choix, Markhal ne pouvait pas l’en empêcher. Au contraire, il était certainement le premier à cautionner ce genre de fierté mal placée… Au grand dam de Lilou, d’ailleurs. Mais Markhal perdit son sourire discret dès que le regard du démon se posa un peu partout dans la pièce. Avant même qu’Illéam’m ne prononce quoique ce soit, le roi sentait un poinçon glacé s’enfoncer dans son cœur.

« Seigneur… Me faire soigner est obligatoire au vu de mon état. » * Ne dis rien de plus, démon… Ne dis rien…*
« Accepter de vous rejoindre me semble obligatoire pour ne pas abréger ma vie… Pourtant, je dois être fou, car je refuse de me joindre à vous. » Le roi ne dit rien, ses yeux vairons fixant Ill’, majestueux et autoritaire dans son silence. « Et comme je suppose que vous ne l’êtes pas, vous n’allez pas m’accorder de soin, ou plutôt m’achever pour me soulager de mes blessures. Je vous en serai presque reconnaissant. »

Le semi-humain restait silencieux, comme tétanisé. Mais il ne dégageait aucune émotion, ne montrait rien qui aurait pu indiquer ses pensées du moment. Personne n’avait entendu les paroles du démon, trop occupé à se soûler pour fêter sa victoire, bien qu’ils n’aient aucun mérite dans cette affaire. Personne, sauf la guérisseuse qui jeta un regard incertain à son souverain. Il ne lui accorda qu’un bref regard pour lui désigner d’un signe du menton le genou du blessé. La jeune femme s’attela immédiatement à la tâche, heureuse d’avoir une excuse pour ne pas croiser le regard de son roi. Markhal se sentait étrangement vide, incapable de réagir. Ce n’était même pas qu’il ne ressentait rien, mais il ne savait pas quoi dire ou quoi faire pour faire avancer la conversation, répondre à l’insolence – mais en était-ce vraiment ? – de l’incube. Sûr de sa victoire, le roi n’avait même pas prévu cette situation. Même lui pouvait être pris au dépourvu.

Le démon s’occupait de son épée, la nettoyait, l’inspectait. Tout cela sous le regard inquisiteur de Markhal, cherchant toujours dans son être la réponse à ce cas. Il se sentait désappointé, déçu même. Il n’était pas habitué à ce genre d’émotions. Et à ces sentiments s’ajoutaient la colère et l’amertume. Alors ce clampin croyait qu’on allait lui accorder une mort rapide ?! Non, monseigneur ! Markhal allait s’assurer que tous comprennent qu’une fois qu’on s’aventurait sur le territoire de métis, du bâtard, on ne pouvait pas le mépriser ou rejeter une offre de sa part. Mais l’instant d’après, la colère disparut. Pourquoi s’énerver ? Pourquoi se fâcher sur un simple guerrier ? Non ! Pas la peine de se voiler la face : Markhal avait désiré l’homme pour son usage personnel. Effacez toutes pensées perverses de vos esprits, car le roi n’entendait pas du tout ce genre de choses avec un homme. Mais il avait vu dans l’incube, bien plus qu’un simple soldat. Il avait vu le destin qui lui offrait un homme à l’histoire semblable à la sienne, capable de le comprendre, quelqu’un avec qui il pourrait discuter et se défaire d’histoires qu’il ne pourrait conter à n’importe qui d’autre, même pas sa plus fidèle conseillère. Il avait vu en Ill’ un cadeau de Krynn.

Un cadeau bien cruel.

L’incube essaya de retrouver contenance en expliquant qu’il en découdrait avec tous les nouveaux soldats de feu Zorill’, ayant un compte à régler avec chacun d’eux. Markhal sentit son cœur se serrer imperceptiblement dans sa poitrine. Juste imaginer Ill’ dans le camp ennemi lui faisait mal. Pourtant, face aux arguments quelque peu loufoques que lui présentait le guerrier, une chaleur naquit tout aussi près. Il ne comprenait pas pourquoi le guerrier ne voulait vraiment pas se joindre à lui. Il ne connaissait pas les véritables raisons qui se cachaient derrière son refus. Aram battit des ailes, amusé par le trouble de son alter ego. Si ça n’avait tenu qu’à lui, cela aurait fait déjà trois phrases qu’il se serait attaqué à l’impudent incube. Mais Markhal ne l’entendait pas de cette oreille. Non, il semblait entrevoir une histoire derrière le « non » d’Illéam’m, considérant de temps à autre le corps de Zorill’, la compréhension frayant à une vitesse impressionnante un chemin jusqu’aux rouages de son esprit. Finalement le guerrier se tut, léchant par réflexe le sang sur sa main, essayant de deviner les intentions de Markhal. Mais alors qu’il croyait certainement sa dernière heure venue, le visage de Markhal se fendit d’un sourire. N’importe qui aurait pu croire cette marque de mauvaise augure, mais celui qui regardait une deuxième fois aurait put voir dans ce sourire une certaine ironie.

« Je suis certain que nos routes se recroiseront… » dit-il d’un air étrangement assuré, avec le regard de ceux qui ont connu des choses dont ils ne peuvent parler.

Un moment, il sentit que lui et le guerrier avaient compris, ils avaient compris qu’un passé commun les liait. Mais ensuite, cette compréhension mutuelle disparut alors que le roi se détournait laissant faire la guérisseuse faire un dernier bandage aux blessures les plus dangereuses de son patient. Markhal marcha jusqu’au corps de Zorill’, contemplant la grimace affreuse qui barait son visage dans la mort. Soudain, il dégaina l’une de ses cimeterres et dans un mouvement dépourvu de gestes superflus, il trancha parfaitement la tête de celui qui fut pendant quelques semaines un de ses soldats. Ce fut le seul geste de colère qu’il s’autorisa, profitant du fait que personne ne pouvait voir son visage à part Lilou et Alectö qui choisirent de faire comme si de rien n’était. Il savait qu’il avait bien choisi les gens qui l’entouraient. Se retournant il poussa d’un coup de pied la tête de Zorill’, la faisant rouler jusqu’aux pieds de son fils. Sans accorder un regard à Illéam’m, il se tourna vers la guérisseuse, lui intimant silencieusement quelque chose. Il fit de même avec les gardes postés à la porte de la salle des Banquets. Le silence le suivait depuis que sa lame avait sifflé dans l’air et toute l’attention était tournée vers lui et sa cimeterre qui était à peine salie de sang, tant la coupure avait été nette et aussi parce que le démon avait perdu beaucoup de sang suite au déjeuner de son fils. Et ainsi, il quitta la salle des Banquets, suivi par son gardien resplendissant d’orgueil. Les portes se fermèrent derrière lui dans un silence religieux. Et soudain toute la salle fut en émoi, comme si tout le monde avait retenu son souffle jusqu’ici.

« Voici des onguents pour vos blessures, Monseigneur. Mais vu votre rapidité de cicatrisation, elles ne devraient plus être nécessaires d’ici une semaine. Néanmoins, ils vous seront très utiles pour éviter les infections, surtout si vous voyagez dans les contrées de Soras. » La guérisseuse donna à Illéam’m deux petits pots. Puis, profitant du brouhaha général, elle glissa discrètement à l’incube : « Partez d’ici tant que vous en avez l’occasion. La protection du roi est absolue, mais elle ne dure pas longtemps. Ou au moins elle dure le temps qu’ils ne cuvent leur bière… »

La guérisseuse jetait un regard aux soldats aux alentours, plus particulièrement à certains des anciens soldats de Zorill’ qui reprenaient leurs esprits face à la mort de leur maître et qui comprenaient peu à peu qu’Illéam’m avait refusé les faveurs du roi, ce qui le laissait en mauvaise posture. Néanmoins, l’incube bénéficiait de la protection du roi jusqu’aux portes de la Salle du Banquet à qui Markhal avait ordonné qu’un regard qu’ils veillent à ce que l’incube puisse sortir sans encombre de son château. Plus loin, il serait livré à lui-même. Selon les lois cruelles de Soras.

De son côté, Markhal était resté pendant quelques minutes silencieux, la tête appuyée contre le chambranle de la porte qui menait vers la salle des banquets, profitant des ténèbres du couloir pour se laisser aller à son désarroi. Ses pas le guidèrent tout naturellement vers le lieu le plus élevé de son château. Pas une seule fois il hésita : après tout chaque pierre avait été transporté par ses soins, par ses larmes et par son sang jusqu’à la place bien précise qui lui avait été attribuée, tout cela sous le regard plus ou moins malveillant du dragon. Il était ici chez lui. L’ébène des murs n’étaient pas que due à l’origine des pierres qui les composaient. Elle était le reflet du cœur du maître des lieux. Et à ce jour, alors que celui qui aurait pu soulager celui-ci quittait l’endroit pour une contrée plus favorable, il semblait à Markhal que les ténèbres se resserraient autour de lui. Quand il parvint au sommet de la tour, son regard se perdit dans le paysage désolé de Soras.

Il ne sut combien de temps il resta là, à contempler les environs. Toujours est-il qu’il crut apercevoir à un moment la silhouette d’un homme à cheval, dont il devinait à la chevelure albâtre que c’était Illéam’m qui s’éloignait de lui et de son château. Son âme se glaça à cette vision. Puis, dans le même réflexe qui avait poussé Ill’ à lécher le sang sur sa propre main, Markhal porta l’épée à sa bouche et lécha le sang qui s’y trouvait.

Amer.
Tout comme ma vie.

Nous nous reverrons… Illéam’m Nazed’d. Sois-en certain.


**Présent**

« Vous savez, je vous suis reconnaissant de votre clémence. Actuelle ou passée. Au pire, si vous me tuez dans les mois qui viennent à cause de mon manque d’attention, je pourrais quand même entrer dans la légende. Je suis le seul à vous avoir survécu deux fois, même Léonis Ourha ne peut pas s’en vanter. Et je suis aussi le seul à avoir refusé de me joindre à vous deux fois. »
« Tu es le seul que j’ai autorisé à vivre après m’avoir déçu deux fois… »
ajouta laconiquement Markhal, mais ce fut comme s’il n’avait rien dit, entièrement concentré sur le nettoyage de son coin de cellule. On n’aurait même pu douter à cet instant qu’il avait même seulement écouté les paroles d’Ill’ à son encontre. Il ne semblait juste plus concerné par quoique ce soit qui se déroulait hors de sa prison.

C’est pour cela qu’il ne réagit pas du tout et ne tourna même pas la tête lorsque l’incube s’attaqua à Kelrar. Il commençait juste à retirer sa chemise pour la plonger dans le broc d’eau. Néanmoins, s’il semblait présenter le désintérêt le plus total, il n’en restait pas moins attentif à toute parole échangée, restant alerte malgré son apparente apathie. Il accueillit la demande de soigneurs de la part d’Ill’ avec un stoïcisme bien difficile. Un sourire narquois menaçait à chaque instant d’éclater sur ses lèvres. Il savait très bien que les soigneurs n’étaient pas destinés à Azur et encore moins à lui. Finalement, le démon avait peut-être quelques blessures de plus que ce qu’avait pu supposer le premier temps Markhal. Était-ce une faille à exploiter ? Pas tout de suite. Et puis il avait le temps de se rendre présentable si de vieilles connaissances s’ajoutaient à l’agréable petite réunion des anciens devant la cage du roi.

Quand il réussit à enlever la plupart du sang qui maculait son visage, son cou, ainsi que sa cicatrice au torse, grâce à la température véritablement glacée de l’eau qu’on lui fournissait, Markhal entendit que de son côté Illéam’m faisait de même. Même si cela demeurait un son faible, le roi était habitué à se concentrer sur des infimes bruits pour imaginer ce qui se passait dans le couloir, à quelques pas de lui ou même quand il avait les yeux fermés et qu’il dormait dans un semi-sommeil, toujours prêt aux attaques lâches de certains gardiens de peu de foi. Lorsqu’Ill’ revint, Markhal s’était installé sur son lit, assis de sa façon si particulière, une jambe pliée, sur le genou de laquelle il déposait son coude, et l’autre pendant dans le vide, son dos et sa tête contre le mur. Il avait les yeux fermés, le visage vaguement tourné vers le haut, comme s’il contemplait jusque là le ciel et qu’il avait fini par être vaincu par la fatigue. Sa face semblait fermée, impassible, indéchiffrable. Même au repos, il restait l’homme qu’il était en alerte : une énigme.

De l’autre côté des barreaux, le scène était beaucoup moins empreinte de sérénité ou de calme. Surpris le regard fixé sur Ill’, Dän secoua lentement la tête, moins pour répondre à l’incube que pour montrer sa confusion. Mais finalement, le démon en face de lui ne tint plus, l’agressant quasiment verbalement.
« Tu as quelque chose à dire ? »
« C’est la deuxième fois que je vois quelqu’un qui agit ainsi avec lui sortir vivant de sa cellule. »
Dän contempla l’incube en silence quelques instants.
Dän avait toujours été un être simple. Dans la chevalerie, il avait trouvé un code strict et rigoureux qui lui avait permis de donner un but à sa vie et l’avait rempli d’honneur et de moralité. S’il savait que de nombreux chevaliers profitaient de leur position pour faire souffrir le traître, il n’avait jamais tenté quoique ce soit, croyant au sacré de sa mission. Markhal l’avait provoqué une fois, mais après s’être énervé sur lui, Dän avait compris que c’avait été le but du prisonnier depuis le début. Il avait vu la vérité dans le regard fou de métis : une existence non voulue depuis toujours, une existence qui avait fini par se détester elle-même, une existence devenue inutile depuis qu’elle avait été déchirée de toute part. Depuis ce moment-là, Dän n’avait que rarement adressé la parole au roi, de peur de montrer sa pitié à cet être qui la méritait… tout en ne la méritant pas à la fois. Qui était Ill’ pour avoir suscité chez le roi tant de réactions ? La seule autre personne qui l’avait fait était…

« Je vous avais dit que je ne voulais pas revenir avant au moins deux jours ! Est-ce juste une incapacité à comprendre ou êtes-vous incapable de vous retenir ?! »

L’être qui venait d’adresser la parole au prisonnier à travers les barreaux de sa cage, le regard furibond, les mains sur les hanches et s’invectivant avec verve semblait de totue évidence être un elfe vu ses oreilles légèrement pointues. Son allure de vieille pomme ridée et sa taille avoisinant le mètre soixante démentait l’âge avancé du vieil homme qui se déplaçait cependant avec la grâce et l’énergie d’un jeune homme. Kelrar le suivit de peu, essoufflé par le rythme du vieillard un peu trop en forme à son goût. Markhal ouvrit les yeux et sans regarder l’elfe eut un sourire. Quand on parlait de vieilles connaissances…

« Quel plaisir de te revoir Jangua… Et sache que je comprends tout à fait, que ma retenue n’a aucun problème, mais que toute la source réside en l’incapacité de mes gardiens à rester en un seul morceau. »
« Plaisir non partagé, imbécile ! Est-ce que je vous ai demandé de répondre à mes questions rhétoriques, hein ?! Non ! Alors taisez-vous ! »

Markhal obéit avec un sourire amusé. Il y a certaines choses inscrites dans son âme qu’on ne pouvait briser. Jangua avait été le médecin de l’Empereur quand son âge ne lui permit plus de se tenir sur le champ de bataille. Il avait quasiment élevé le fils bâtard de celui-ci quand le bambin était arrivé au palais. Même s’il avait passé la plupart de son temps à lui hurler dessus et à le traiter d’idiot, Jangua avait apprécié l’enfant et sa vivacité d’esprit, enfant qu’il avait souvent aidé dans ses études quand l’adolescence vint toquer à sa porte. Il n’avait pas été étonné quand on vint lui apprendre la traîtrise de celui qu’il considérait comme un de ses meilleurs élèves. Il lui avait semblé naturel de devenir le guérisseur attitré de sa prison, même si on ne le lui avait pas proposé. Finalement, la présence de l’excentrique semblait avoir un effet apaisant sur le roi. Jangua restait une des seules personnes qui avaient provoqué le roi et s’en était sorti vivant. En l’occurrence, Illéam’m était la deuxième. Après un court examen du mage Azur, Jangua se redressa et planta son regard acier sur Kelrar qui reprenait son souffle.

« Ne reste pas planté comme un navet dans son champ ! Transporte cet idiot jusqu’à l’extérieur ! » tout cela ponctué d’un claquement agacé de sa langue. Finalement il approcha d’Illéam’m dont il palpa les côtes tandis que Kelrar prenait Azur par les épaules pour commencer à le traîner vers le couloir. « Mais ?! Tu es stupide, ma parole ! Toi, » fit-il en pointant son doigt noué sur Dän « va aider ce gros balourd à transporter l’elfe jusque dehors ! » Puis retournant à l’examen de l’incube, il murmura dans son giron : « Ah, vilain garnement, vous les abimez vraiment ces soldats… Que vous ont-ils donc fait, mon garçon ? » Ne recevant aucune réponse, il se tourna vers Markhal, l’air interrogateur. Haussant les épaules, le prisonnier répondit d’un air sarcastique.
« Tu ne m’as pas demandé de répondre à ta question rhétorique que je le sache. »
« Petit salopiaud ! Vous n’avez qu’à souffrir dans votre cellule puisque c’est vraisemblablement ce que vous désirez ! »


Alors qu’il se penchait de plus près sur les blessures d’Illéam’m, le guérisseur retint un instant son souffle, jetant un regard incertain à Markhal avant de revenir au chevalier-Ombre.

« Comment… ? Comment avez-vous fait pour… ? » murmura à l’intention de l’incube le vieil elfe.

La question était tout à fait évidente : comment avait-il fait pour survivre alors que Markhal tuait chacun des gardiens qui avaient osé poser le pied dans son territoire dès qu’il en avait la possibilité. Mais à cette question, le guérisseur semblait résigné à ne pas recevoir de réponse.

« C’était un si gentil… si gentil garçon… Il adorait les friandises que je lui donnais… Je me demande même s’il se rappelle de leur goût… » délira le pauvre vieil homme sénile. Mais si son discours avait tout du délire, ses gestes, eux, étaient empreints de la technique acquise par l’expérience. Et grâce à son matériel de couture, en quelques points rapides, appuyé par une incantation qu’il chatonnait derrière ses lèvres, les plaies à l’arrière de la tête d’Ill’ furent vite recousues.

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